Témoignages : « Merci à un enseignant »
- Zélie
- 2 oct.
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 15 oct.

Après un recueil de témoignages sur votre gratitude envers des soignants, des lectrices nous ont envoyé cette fois leurs récits sur des enseignants qui leur ont beaucoup apporté. Elles expriment dans ces lignes leur gratitude. Deux d’entre elles sont même devenues enseignantes, grâce à cette relation d’élève à professeur qui peut être si fructueuse.
Agnès : « Une maîtresse a changé ma vie »
« J’ai 63 ans. En CM2, une maîtresse a changé ma vie. N’étant pas du village, l’été précédant la rentrée, elle était venue se présenter à chaque famille. Je me souviens de mon père qui m’avait appelée dans la cour à cette occasion. Cette femme jeune, dans mon souvenir, revenait d’Afrique, et avait une approche tellement différente de ma précédente maîtresse qui m’avait traumatisée par sa rigidité.
Je me suis enfin sentie heureuse en classe. La classe avait été disposée en arc de cercle. On apprenait des chansons plutôt que des poésies. Je les sais encore toutes. On tricotait, en travaux manuels. Mademoiselle Lyoen, vous avez changé ma vie. (Ce n’était pas du tout l’avis de mes parents, qui ne la trouvaient pas assez sévère.) » Agnès
Jacynthe : « Elle me fit aimer les matières qu’elle enseignait »
« Je souhaite remercier Mère Marie de Saint Joseph, de l’institution Saint Pie X à Saint-Cloud, qui a profondément marqué mon enfance et ma jeunesse.
J’ai eu la chance de l’avoir comme professeur principale en 5ème. Elle fut vraiment mon meilleur professeur, douce, patiente, psychologue, pédagogue, intelligente tout en restant simple.
Elle me fit aimer les matières qu’elle enseignait : l’histoire, le français, l’instruction religieuse. Grâce à elle, je me passionnais pour l’histoire et progressais toujours plus en français, ma matière préférée. Pour le catéchisme elle ouvrit mon esprit et mon âme à l’instruction religieuse, à Jésus, aux saints. Ses qualités de professeur reconnues, sa grande pédagogie n’avaient d’égal que l’intérêt qu’elle portait à ses élèves.
Je venais d’une famille compliquée, et cadette d’une famille nombreuse, je n’avais pas l’habitude qu’un adulte s’intéresse à moi. Elle me parlait d’égal à égal, je me confiais souvent à elle de mes soucis d’enfant ou familiaux.
Quand elle quitta l’institution de Saint-Cloud où j’étais son élève, pour une autre école, en Bretagne, elle m’écrivit chaque année. Grâce à elle, je deviens la marraine d’un jeune enfant vietnamien, orphelin : Chong Siong, qui avait été recueilli et était éduqué par les religieuse en Bretagne et à qui j’écrivais et que je vis une fois.
Pendant plusieurs années, avec Mère Marie de Saint Joseph nous échangions par courrier, et lors d’un voyage d’études en 1ère en Bretagne, je pus la revoir. Ce fut la dernière fois, mais vraiment cette religieuse, pieuse, gentille et charitable a marqué mes années de collège.
Elle me félicita pour mon mariage, la naissance de mon fils. C’était pour moi comme une tante, ou une marraine, et elle me donna toujours de bons conseils, que ce soit pour mes études ensuite, mon travail, ou ma vie.
Un professeur, et une religieuse vraiment extraordinaire qui doit maintenant me protéger de Là-haut. Merci ma mère. » Jacynthe
Charlotte : « Merci à ma prof de maths »
« J’ai toujours eu des facilités en maths.
Au début du collège, je m’ennuyais souvent en classe. Un jour, j’ai tenté de réexpliquer la leçon sur les quadrilatères à ma voisine - peut-être avec un peu trop d’enthousiasme - et j’ai été prise sur le fait. Oui Madame, il ne faut pas bavarder en classe, je ne recommencerai plus (réponse sage, arrière-goût d’amertume).
L’année suivante, j’ai eu un autre professeur, un merveilleux professeur. Elle m’a permis de mieux me connaître en devinant mon mode de fonctionnement, que j’ignorais moi-même. Et elle a eu l’excellente idée de me confier une camarade pour qui les maths étaient comme une langue étrangère indéchiffrable. Nous étions voisines de classe, je lui réexpliquais patiemment tous les cours, ses progrès ont été aussi impressionnants que durables.
C’est ainsi que j’ai découvert que j’avais un talent pour enseigner les maths.
Depuis 15 ans, je suis moi aussi professeur de maths. » Charlotte
Aude : la confiance d’un professeur
« Une immense gratitude à ce professeur d’économie, en Terminale. Cette femme était le professeur principal de l’élève assez peu brillante en économie que j’étais.
Réunion parents-prof : "J’ai confiance... Aude fera son chemin et elle fera ce qu’elle veut faire." J’ai gardé ça en tête toutes mes études et effectivement, aujourd’hui je fait un métier qui me passionne. » Aude
Laure : « Grâce à ce professeur, lire est devenu une respiration »
« J’ai eu la chance de croiser de nombreux enseignants de qualité, capables d’avoir à la fois de solides compétences scolaires tout en nous traitant avec une humanité profonde. Alors, que monte en bouquet de mots ma gratitude.
Merci à mademoiselle L. de m’avoir enseigné qu’il n’y a qu’une seule écriture à hippopotame et que regarder sur la feuille d’à côté ne m’aiderait pas à l’apprendre. Merci de m’avoir fait confiance, de m’avoir regardée dans les yeux et m’avoir dit que mon 6 en dictée m’appartenait et que lorsque je maîtriserai mieux les choses, mes efforts et mon progrès m’appartiendraient aussi. Merci d’avoir laissé la petite fille de huit ans que j’étais admirer vos longs cheveux blonds et de ne pas avoir ri quand je vous demandais si vous étiez la belle qui jouait dans le film Peau d’âne.
Merci à madame M. d’avoir créé des îlots de tables, avec un animal totem chacun, en provoquant une émulation joyeuse par la notation de toutes nos bonnes réponses dans un grand cahier ! Notre totem figurait alors en bonne place sur le tableau de nos victoires – les sabliers de Poudlard avant l’heure. Merci de nous avoir emmenés cultiver la terre à la suite de nos leçons de science ou de nous avoir fait créer notre propre charbon pour comprendre vraiment ce qu’il se passe ! Merci d’avoir pu ramasser le fruit de nos efforts, nos ignames, notre coton ou cueillir nos papayes - je vivais alors en Afrique.
Merci d’avoir été féminine, robe, chapeau, coiffure, parapluie accordé si le temps l’exigeait... Merci d’avoir nourri notre curiosité avec une exigence heureuse. J’étais entrée terrifiée dans cette classe, réputation de sévérité de la maîtresse – mais quelle belle année ! Que j’ai pleuré en la quittant !
Merci à ces deux maîtresses pour toutes les poésies apprises qui m’ont fait chanter l’âme, non pas de ces textes stupides dans lesquels on cantonne les élèves sous prétexte de se mettre à la portée des enfants, mais des grands poètes, nourris de mots et de rythmes ! Quarante ans plus tard, je lis et j’apprends toujours de la poésie et je sais encore certains des vers appris jadis.
Et que dire du professeur de français que j’eus la chance d’avoir au collège pendant plusieurs années ? Français et latin. M. L. était un fidèle serviteur de la beauté de notre langue. L’été, il participait à des chantiers sur des sites antiques. Il nous a transmis sa passion du latin, malgré les déclinaisons piquantes et les traductions ardues. En français, quelle joie ! Tant de textes et de lectures, d’analyses et de réflexions ! Jongler avec les mots, plonger dans le dictionnaire, tomber amoureuse de l’étymologie, je le lui dois. Il nous prenait au sérieux et croyait en nous.
Un jour, il me proposa une liste de lecture complémentaire - trente puis quarante, puis cinquante livres. Il voyait ma soif et voulait m’aider, et toujours il trouvait le moyen de m’interroger dessus. Grâce à lui j’ai poursuivi le latin jusqu’au bac, grâce à lui j’ai persévéré dans l’écriture – parce que sur une copie, il avait mis : « C’est bien, il y a de l’idée, continuez ! » Grâce à lui, lire est une respiration. Il m’a donné les moyens de m’enrichir au quotidien.
Enfin, mademoiselle L. professeur de philosophie, et madame F, toutes deux au lycée, se rejoignaient pour aider au mieux leurs élèves. L’une m’a permis de grimper au plus haut de la réflexion, du questionnement, de l’ajustement de l’esprit, dans une bonne humeur renouvelée. Elle m’a amené progressivement à une pensée plus adulte, plus large, sans jamais me demander de renoncer à ce en quoi je croyais. Elle nous donnait à comprendre que les racines et la largeur de vue n’étaient pas incompatibles, bien au contraire.
Madame F. a accompli pour sa part un petit miracle : voyant mes notes de philo, elle est venue m’expliquer qu’il n’y avait aucune raison de ne pas évoluer en maths, la logique de l’une aidant l’autre. Elle me permit de balayer six ans de haine des maths, provoquée par un enseignant humiliant. Elle me remit sur les rails avec confiance, comprenant pourquoi je ne comprenais pas. Pragmatique, elle m’encouragea dans tous les domaines où je pouvais rattraper mon retard, écartant sans hésiter ce qui me demeurerait étranger.
En écrivant ces mots, je vois chacun de leurs visages. C’était il y a longtemps – certains sont peut-être au ciel. Néanmoins je n’oublie pas. Je ne les oublie pas. J’enseigne à mon tour – preuve s’il en est de tout ce qu’ils m’ont transmis, et peut-être le moyen le plus sûr de leur montrer ma reconnaissance, entrer à mon tour dans cette belle chaîne de la transmission ! » Laure
Textes recueillis par Solange Pinilla
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