Vie professionnelle : les défis des débuts
- Zélie
- 19 sept.
- 8 min de lecture
Dernière mise à jour : 15 oct.

S’affirmer face à ses supérieurs hiérarchiques et ses collègues, comprendre les codes, répondre aux remarques, assumer sa foi… Il n’est pas toujours simple d’entrer dans le monde de l’entreprise. Entretien avec Sandrine Claret, coach professionnelle certifiée, qui a notamment été directrice des ressources humaines dans un cabinet d’avocats parisien.
Zélie : Quand on entre sur le marché du travail, faut-il chercher le poste « idéal », ou dire oui à un emploi qui ne nous enthousiasme pas beaucoup ?
Sandrine Claret : Il existe heureusement une marge entre un poste idéal et un poste peu enthousiasmant. Il me paraît important de se poser d’abord, et de se demander : « Quel sens je veux donner à ma vie professionnelle ? Qu’est-ce que je veux retrouver dans mon job ? » Si on ne se pose pas ces questions, elles risquent de revenir en boomerang plus tard.
Bien sûr, je ne parle pas ici des situations où l’on cherche en urgence un job alimentaire. Néanmoins, une fois que l’on a intégré son travail à un chemin de vie, on peut réfléchir de manière globale. Par exemple, peut-être que ce poste va me donner une bonne formation, parce que c’est une entreprise de référence.
Ensuite, quand on répond à une annonce, se renseigner sur l’entreprise permet de creuser des points importants en entretien d’embauche. Ces recherches peuvent notamment s’effectuer sur Linkedin et d’autres réseaux sociaux, auprès de personnes qui ont travaillé pour cette société et auxquelles on peut poser des questions ; ou encore sur le site Glassdoor, où l’on trouve des avis sur les entreprises, donnés par les salariés.
Comment s’affirmer de manière juste, en restant soi-même ?
Cela implique d’avoir une certaine confiance en soi et une estime de soi. Il est difficile de se faire respecter, si on ne se respecte pas soi-même. S’affirmer, c’est être fidèle à ses valeurs et à son éthique. C’est être humble et reconnaître sa propre insuffisance, mais ne pas « s’écraser ». C’est avoir des idées claires sur ce qu’on accepte, et ce qu’on n’accepte pas : « Je ne suis pas d’accord, pour telle raison. »
Quand on dit non, on peut proposer autre chose et prendre des initiatives. Si un collègue ou un supérieur hiérarchique propose quelque chose d’illégal ou qui ne nous semble pas juste, on peut dire non et suggérer une autre manière de faire. Il est important de poser des limites à bon escient, en mettant les formes. Dès le départ, on peut « border son territoire », en disant par exemple : « Je ne travaille pas le week-end, je pars à 19 heures et je suis efficace la journée. » En fait, une entreprise sait de quelle personne elle pourrait abuser ; ce n’est pas de celle qui a une posture claire et alignée.
J’ai rencontré plusieurs jeunes qui n’osaient pas poser de limite, qui se mettaient en « position basse ». Il y a souvent, derrière, la peur de ne pas plaire, peur du conflit, peur de ne pas être légitime... Même si on est jeune, on est un adulte ! Si l’on a été recruté, c’est que l’on a des choses à apporter à l’entreprise. Il est important de se faire respecter.
De quelle manière comprendre les codes de l’entreprise ?
Ces codes viennent d’une culture de l’entreprise qu’il est important de questionner avant d’intégrer celle-ci. Si on n’est pas d’accord avec ces codes, on peut se demander si on a sa place dans l’entreprise, car il faudra nous y adapter.
Ainsi, j’ai connu une société où on entrait en quelque sorte dans une famille, on connaissait les conjoints de ses collègues. Les collaborateurs et leurs conjoints se voyaient souvent le soir lors d’afterworks et de week-ends durant l’année auxquels il était impératif de participer. Mieux vaut adhérer sur le principe avant d’intégrer une telle entreprise !
Il est important d’être en observation : utilise-t-on le tutoiement ou le vouvoiement ? Les portes sont-elles ouvertes ou fermées ? Déjeune-t-on ensemble ou non ? Comment s’habille-t-on ? Y a-t-il une culture de l’écrit ou de l’oral ? Si on écrit un courrier électronique, met-on d’autres collègues en copie ? Il ne faut pas hésiter à poser des questions. Parfois, il existe un livret d’intégration ou une journée d’intégration qui permet d’acquérir des clés de compréhension.
Comment gérer son temps de travail, sans se disperser, ni se retrouver sous l’eau ?
Pour être rigoureux et organisé, on peut commencer par supprimer toutes les notifications non essentielles et les alertes d’arrivée de mail, car beaucoup de choses peuvent attendre, en réalité. De plus, ça permet de rester concentré.
Quand un travail nous est demandé, on peut solliciter un délai, et non le réaliser tout de suite ! Si ce délai nous semble très court, on peut demander pourquoi et négocier si besoin.
Anticiper et planifier vont permettre de ne pas répercuter sa désorganisation sur les autres. On peut utiliser la matrice d’Eisenhower, avec sa double entrée qui distingue l’urgent de l’important. Ce qui est urgent et important est à faire. Ce qui est important mais pas urgent peut être planifié. Ce qui est urgent mais pas important pourra éventuellement être délégué. Enfin, ce qui est ni urgent ni important n’a peut-être pas besoin d’être effectué - même si on l’a « toujours fait ».
Concernant les tâches qui nécessitent de la concentration, la méthode Pomodoro propose de se concentrer pendant 25 minutes, de faire une pause de 5 minutes pour se dégourdir les jambes, de travailler 25 minutes, puis une pause de 5 minutes, puis 25 minutes de travail, puis de s’arrêter 20 minutes ; et de recommencer. On est ainsi beaucoup plus concentré, structuré et organisé.
Aux personnes qui entrent dans notre bureau et nous interrompent dans notre tâche, on peut demander : « Excuse-moi, est-ce que c’est urgent ? Est ce qu’on peut en parler plus tard, ou se fixer un rendez-vous ? » C’est parfois difficile à dire, car on a peur de ne pas être aimé ou de donner une mauvaise image de soi. On a cependant besoin de se respecter les uns les autres, et d’exprimer ses besoins, avec les formes bien sûr.
Si l’on finit tous les soirs à 22 heures parce qu’il y a « urgence », c’est qu’il y a peut-être un problème d’organisation de l’entreprise. Dans ce cas, il est de notre responsabilité d’alerter le manager. On a le droit d’avoir une vie en dehors du travail ! Plus on dit les choses, plus on évite les incompréhensions.
Que faire si l’on reçoit des remarques négatives ou désagréables ?
J’invite la personne à s’interroger dans un premier temps, pour savoir si la remarque est fondée ou non. Si elle est justifiée, il est conseillé de demander des précisions : « Peux-tu m’expliquer ? », « Peux-tu donner des exemples ? » Une remarque constructive aide à comprendre et à progresser. Elle peut être prise comme un cadeau.
Il est préférable d’éviter de se justifier sur le moment sous le coup de l’émotion : souvent ça énerve davantage. Mieux vaut écouter, remercier pour le retour, et proposer d’en discuter pour trouver une solution.
Si la remarque est orale et qu’elle nous déstabilise, on peut prendre quelques secondes pour respirer avant de répondre. La respiration est un très bon moyen de garder son calme. Si la remarque nous est adressée par mail, il est conseillé de demander un rendez-vous pour échanger oralement sur le sujet. L’écrit devient vite source d’incompréhension.
Quand notre interlocuteur adopte un ton désagréable, j’invite à toujours rester calme et factuel. Notre posture pourra avoir un effet modélisant pour lui. S’il se montre très énervé, nous sommes en droit de lui proposer de nous revoir à un autre moment plus propice à la discussion.
Je sais que c’est parfois difficile à demander, mais gardons en tête que le responsable hiérarchique n’a pas tous les droits.
Et en cas de plaisanteries douteuses, misogynes par exemple ?
Je recommande de ne pas les laisser passer. Il est important de mettre un cadre dès son arrivée dans l’entreprise. Il y a plusieurs manières de réagir ; soit neutre et factuelle : « Je ne trouve pas ça drôle » ; soit en demander des comptes : « Tu peux m’expliquer ? Je n’ai pas compris. » Ces questions peuvent désarçonner notre interlocuteur. Ou bien ferme : « Je préfère qu’on évite ce genre de remarque. » Ou encore : « Ah, tu trouves ça drôle ? Moi pas. » L’idée est de faire comprendre clairement qu’on ne cautionne pas.
Si les plaisanteries se répètent, il faut en parler à la hiérarchie ou encore aux ressources humaines. Ce sont des sujets sérieux.
Comment assumer sa foi chrétienne de manière ajustée ?
La façon dont les uns et les autres vivent leur foi au travail est très personnelle. Je recommande évidemment d’être cohérent entre sa foi et ses actes. C’est à travers notre façon d’être que nous allons interpeller, ou pas.
Certains raconteront facilement qu’ils vont à la messe le dimanche ou qu’ils reviennent d’un pèlerinage, d’autres non. Pour ma part, je conseillerai de ne pas hésiter à dire que nous ne pouvons pas participer à l’afterwork le soir du mercredi des Cendres parce que nous allons à la messe. Sans faire de prosélytisme, il est juste d’exprimer que nous avons certains engagements.
Les gens n’hésitent pas à dire qu’ils reviennent d’une retraite de yoga, alors pourquoi pas assumer de revenir d’une retraite dans un monastère ou d’un pèlerinage, ou d’avoir fait baptiser son enfant le week-end précédent ?
Dans la majorité des cas, les personnes sont respectueuses, voire curieuses. Cela peut être une façon d’ouvrir la discussion avec des interlocuteurs qui seront heureux d’approfondir l’échange. Vous allez peut-être permettre ainsi de libérer la parole d’autres personnes, elles aussi pratiquantes et qui n’osaient pas le dire.
Récemment une de mes amies me racontait qu’une personne de son service s’était tournée vers elle pour lui demander des informations pour être baptisée, car elle la savait catholique.
Comme pour tout, tout est dans l’art et la manière de se positionner. Assumons d’être chrétien. Nous n’avons pas à en avoir honte, au contraire ! Propos recueillis par Solange Pinilla
Focus // Comment choisir un coach professionnel, dont les pratiques soient compatibles avec la foi chrétienne ?
Sandrine Claret donne son éclairage à ce sujet. « Rappelons la définition du coach professionnel : "Le coach professionnel est un accompagnateur du changement et du développement des personnes, des équipes et des organisations. Sa mission est d’aider le client à trouver ses propres solutions, en le rendant acteur et responsable de son évolution."
Le premier point à vérifier est sa certification. Dans le vocabulaire ambiant, le terme de coach veut tout dire et rien dire. Toute personne qui est en posture d’accompagnement se dit facilement coach. Or, le coaché offre toute sa vulnérabilité. Sans une éthique solide et éprouvée, il est facile de tomber dans la manipulation, consciente ou non.
Le coach certifié, pour exercer, doit respecter un certain nombre de règles. Il doit adhérer à une fédération (type EMCC, ICF, SF Coach) qui impose de respecter une déontologie du métier et notamment neutralité, respect des convictions du client et confidentialité. Il doit se former régulièrement dans sa pratique et être supervisé.
Une fois ces points validés - généralement lisibles sur le site Internet ou profil Linkedin -, lors du premier entretien, j’invite à demander au coach quelles sont ses méthodes et ses pratiques.
Voici quelques pratiques et méthodes compatibles avec la foi chrétienne et couramment rencontrées – la liste n’est pas exhaustive - : coaching humaniste, coaching existentiel, coaching systémique, coaching cognitif et comportemental, coaching narratif, coaching orienté solutions, logothérapie... Les mots clés associés seront : objectifs, ressources, valeurs, sens, liberté, responsabilité ou encore authenticité.
A ces méthodes peuvent être annexées tout un tas de pratiques plus ou moins ésotériques. On peut déceler des signaux d’alerte si le coach implique la personne dans des rituels, méditations guidées floues ou « spirituelles » imposées, prétend détenir un « savoir caché », propose des pratiques non expliquées, refuse de répondre sur ses méthodes, dit « Faites-moi confiance » sans transparence, recourt à un langage flou sur les esprits, guides, ancêtres, totems, ou encore fait référence à des guides spirituels.
Certains mots éventuels méritent d’être clarifiés : énergie, alignement cosmique, univers, guides spirituels, rites, esprits...
N’hésitons pas à demander des références avant de rencontrer un coach. Si nous avons le moindre doute, il est parfaitement légitime de dire "Je ne suis pas à l’aise avec vos pratiques" et de changer de coach. Le coaching repose sur la liberté et la confiance : si ce n’est pas respecté, il faut arrêter. » Sandrine Claret
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