Couple : sur le chemin de l'intimité




Que l’on souhaite raviver la flamme ou simplement enrichir sa relation de couple, prendre le temps de vivre l’intimité émotionnelle et physique est source de joie. Dans le respect de soi-même et de l’autre, un chemin existe, que l’on pourrait aussi comparer à des poupées russes : communication, tendresse, sensualité et union sexuelle.



« Parlez-moi d’amour, Redites-moi des choses tendres, Votre beau discours, Mon cœur n’est pas las de l’entendre », chantait Lucienne Boyer en 1930. Conseillère conjugale et sexologue, Marie-Aude Binet propose, dans Tendresse, amour et volupté (Quasar), un parcours d’un mois – un thème par semaine - pour renouveler l’intimité de son couple, et refaire de ce dernier une priorité.


Première étape : le dialogue. « Ni l’autre ni la relation ne sont acquis, prévient Marie-Aude Binet. La vie à deux a besoin de se réajuster sans cesse aux évolutions de chacun et de l’environnement. » Première communication à mener : celle avec soi-même (et avec Dieu), grâce au silence, à la méditation, à l’oraison, au moins 5 minutes par jour.


Pour écouter l’autre, il faut avoir à l’esprit l’image selon laquelle chacun est dans une tour, d’où il voit l’objet de la discussion différemment, en fonction de son expérience, de ses qualités ou encore de ses émotions. « Parfois, ce que l’autre dit ou ressent paraît illogique ; il s’agit juste de l’accepter là où il en est, dans sa réalité, non pas de l’approuver systématiquement » (lire aussi Zélie n°32, « L’art de l’écoute »).


Si précieux, les temps pris en couple selon une durée et un espace définis sont un moyen pour cultiver le dialogue et l’intimité : Marie-Aude Binet conseille 10 minutes par jour pour échanger sur un bon moment de la journée ; deux heures par semaine pour exprimer les éléments agréables ou désagréables de sa vie ; un week-end ou un voyage une fois par an. Pour éviter la tentation des « règlements de comptes », mieux vaut parler en commençant par « je » plutôt que par « tu ».


Deuxième étape sur ce chemin de l'intimité au quotidien : la tendresse. Cette forme d’affection et de considération bienveillante s’exprime dans les gestes, le toucher, la douceur, la délicatesse, l’attention, le regard, le sourire, la voix... « Oui mais sans la tendresse, L’amour ne serait rien », dit Bourvil dans la chanson. « Teintée parfois de pudeur, la tendresse vient dire concrètement ses sentiments et témoigne d’un désir ». Se donner la main, se sourire, envoyer un texto affectueux, échanger un câlin, offrir un cadeau, écrire une lettre pour exprimer sa gratitude et dire « Je t’aime »... A la suite du premier geste tendre qui a été échangé au début de la relation, la tendresse exprime avec spontanéité l’attachement à l’autre.


Plus difficile pour certains, se témoigner de la tendresse devant ses enfants ou en public, avec la mesure qu’il convient, signifie aussi « C’est bien toi que j’ai choisi et que je souhaite aimer encore et encore » et aux autres « C’est lui/elle que j’aime ».


Un autre défi est de ne pas attendre de l’autre qu’il comble tous nos besoins affectifs. Cela commence par prendre soin de soi-même, s’offrir un moment de plaisir, de ressourcement : une promenade, un livre, un bain chaud... Et partager avec son conjoint la joie de l’avoir fait. De même, encourager celui-ci à prendre soin de lui-même est une initiative fructueuse.


La troisième étape proposée est la sensualité, ou l’érotisme (expression de l’eros, du désir). « Celui-ci est prémices à la relation sexuelle et est déjà un don de soi aussi bien physique que psychique », explique Marie-Aude Binet. On peut ajouter que, notamment dans la mesure où le mariage chrétien inscrit le don de soi dans une alliance où Dieu s’est engagé, cette étape s’exprime pleinement dans la relation d’un couple marié.


La sensualité est séduction, douces caresses, passion - demeurant en-deça de l’orgasme. Elle implique un rapprochement physique, dans le respect et l’émerveillement devant le corps de l’autre, et peut s’exprimer concrètement par un massage, un bain, dormir en tenue d’Adam et Ève... C’est aussi l’occasion de se demander comment les sens sont mobilisés dans l’intimité du couple : est-ce que l’on est plus sensible au toucher, à l’odorat, au goût, à la vue, à l’ouïe, et de quelles façons ?


Lorsque la relation sexuelle est devenue difficile ou impossible, la sensualité peut entretenir l’intimité charnelle, selon les capacités de chacun ; cela peut être précieux en cas de grossesse, de maladie, de troubles sexuels, ou encore pendant la période dite fertile du couple pratiquant la régulation naturelle des naissances.


Passer par cette phase est important, car cela permet d’ouvrir, de ralentir, de goûter : « Elle est une douceur qui rend l’intimité possible et ouvre le corps et le cœur à l’autre, dans un désir de plénitude, précise l’auteur. L’absence ou la perte de cette sensibilité sont au contraire un frein à l’union ».


La quatrième étape est l’union sexuelle proprement dite, avec ses phases : le désir, l’excitation, le plateau, l’orgasme, la résolution, la période réfractaire. Cette union des corps, des cœurs et des esprits, et autant que possible une communion spirituelle dans le don mutuel, est un apprentissage constant : « Dans les premières étreintes enflammées, les jeunes couples pensent y être arrivés : néanmoins ils s’aperçoivent bien vite que les rouages se dérèglent, qu’il faut régulièrement rétablir leur harmonie... »


La conseillère conjugale invite à s’interroger sur le moment où l’on se sent le plus disponible à une relation sexuelle dans ses journées ou ses semaines, et que chaque conjoint en fasse part à l’autre. Il est important que chacun se demande s’il se sent respecté dans son rythme et ses envies, comment il vit la demande de l’autre, son oui, son non, et le couple peut en parler ensemble.


Marie-Aude Binet précise : « C’est parce que la femme connaît son corps et peut guider son conjoint qu’elle connaîtra le plaisir, voire la jouissance, et vice-versa ; chacun participe et contribue au plaisir de l’autre. Fini le diktat de la performance, passons juste au partage ».


Toujours dans le respect et la délicatesse, qui n’empêche pas la fougue et la passion, la relation sexuelle est « mélange des corps et de leurs fluides » et « ouverture à la vie ».


Enfin, si ce chemin d’intimité est difficile, notamment à cause de blessures personnelles ou de problèmes physiologiques, consulter un spécialiste - sexologue, thérapeute de couple, gynécologue - peut être d’une aide précieuse. « Vous construisez dans votre intimité quelque chose de plus grand que vous, qui peut rendre heureux votre entourage : votre amour », déclare l’auteur. Elise Tablé


A lire aussi. Zélie n°28, « Vivre la sexualité en tant que femme »


Lire le reste de Zélie n°70 - Février 2021


Photo Pexels CC


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