Arrêter l'alimentation de consolation

14/6/2019

 

 

Manger des biscuits, une glace ou des chips pour se réconforter a un nom : l’alimentation émotionnelle. L’impuissance devant la nourriture vient d’un sentiment d’impuissance devant certains aspects de notre vie. Explications.

 

 

Après s’être occupée de sa mère malade toute la journée, Alice n’en peut plus. Arrivée chez elle, elle ouvre le frigo et avale tout ce qui lui tombe sous la main, souhaitant combler sa frustration de n’avoir pas eu un moment à elle. Mais après avoir mangé comme quatre, elle se sent encore plus impuissante et coupable. Outre le fait de donner des kilos en trop, l’alimentation de consolation masque les émotions et les problèmes de l’existence, et empêche de résoudre ceux-ci.

 

Comme le montre le psychiatre et psychothérapeute américain Roger Gould dans Dites non à l’alimentation de consolation (J’ai lu), cette envie de manger irrépressible prend souvent sa source dans l’enfance, quand la nourriture était associée à l’affectif : « Quand je tombais et que je pleurais, on me donnait quelque chose à manger pour me consoler » ; « Le seul moment que je partageais avec ma mère, c’était à la table de la cuisine, devant le repas » ; « Quand je m’étais mal conduit, j’étais privé de dessert ».

 

La nourriture devient alors pour la personne un moyen de gérer ses émotions et de faire face à son sentiment d’impuissance. C’est une sorte de « tranquillisant vendu sans ordonnance », selon Roger Gould, qui parle même de « transe alimentaire » : ce moment où les soucis s’arrêtent, la nourriture est là, toujours disponible, et ne nous juge pas.


La faim émotionnelle – ou hyperphagie – apparaît soudainement, tandis que la faim organique – naturelle - se développe lentement. La faim émotionnelle réclame souvent un certain type de nourriture : des cookies, de la charcuterie ou des bonbons… Pas de carottes râpées, alors que lorsque l’on a réellement faim, même celles-ci paraissent appétissantes. Et lorsqu’on mange compulsivement, on ingurgite la nourriture frénétiquement et machinalement, en constatant soudain que l’on a englouti toute la tablette de chocolat sans s’en apercevoir. 


Selon Roger Gould, cette faim émotionnelle peut avoir cinq origines différentes. Pour chacune, il propose d’autres solutions que d’engloutir des gâteaux. La première cause réside dans les doutes sur soi-même. Par exemple, au travail, quelqu’un nous demande de faire quelque chose que l’on ne sait pas faire. On fait ce constat d’impuissance : « C’est que je suis stupide ». « Votre sentiment est terriblement dévastateur, affirme Roger Gould, mais vous n’avez pas à vous précipiter vers le distributeur automatique et à vous goinfrer pour éviter de vous sentir stupide. » Il est possible de répondre du tac au tac à cette voix critique intérieure, par exemple : « Il est normal de ne pas tout savoir. Ce n’est pas parce que je ne sais pas faire quelque chose que je ne sais rien faire ».


Deuxième source d’impuissance : la frustration. Certains de nos besoins – par exemple, le soutien, le contact physique ou encore le respect  – ne sont pas comblés. Au lieu de compenser avec un paquet de bonbons – qui, bizarrement, n’améliorera pas la situation -, mieux vaut s’interroger : quels sont nos vrais besoins ? Comment pouvons-nous les satisfaire ? Ou est-ce que ce besoin ne peut pas être satisfait et dans ce cas, nous allons l’accepter et trouver d’autres sources de satisfaction dans notre vie ?

 

Par exemple, si l’on est frustré car le comportement de nos enfants nous énerve et nous donne un sentiment d’impuissance, alors que nous avons besoin de calme et de partage, pourquoi ne pas les faire garder une heure par semaine, temps pendant lequel nous allons nous promener et téléphoner à une amie ?

 

Manger compulsivement peut être lié à un manque de sécurité intérieure. Il arrive que des personnes ayant subi des traumatismes pendant l’enfance ressentent un sentiment d’insécurité permanente. Certaines se mettent inconsciemment à manger de façon excessive car leur surpoids va les aider à écarter un agresseur potentiel. Roger Gould conseille d’interpréter la situation de façon réaliste : non seulement la nourriture ne protège pas, mais il vaut mieux voir exactement quels sont les domaines de la vie où l’on se sent vulnérable - finances, santé, conjoint, enfants... - et voir ce que l’on peut faire concrètement pour changer la situation. Bien sûr, en cas de grave traumatisme initial, une aide psychothérapeutique peut être nécessaire.


Pour certaines personnes, la nourriture émotionnelle est une façon inconsciente de se rebeller : elles préfèrent manger plutôt que de manifester leur colère. C’est d’ailleurs l’une des causes de l’alimentation de consolation : la phobie émotionnelle, c’est-à-dire la peur de se confronter à une émotion, par peur d’être submergée par elle. Par exemple, on préfère manger un paquet de biscuits plutôt que d’en venir à frapper ses enfants. Mieux vaudrait extérioriser la tension de colère (voir « La colère, émotion ou péché ? », Zélie n°35) en respirant et en verbalisant calmement son émotion dès le début.

 

Pour d’autres personnes, cette rébellion s’exprime par l’idée que « la nourriture est la seule chose agréable que j’ai dans la vie, je ne vais donc pas y renoncer » ou encore « Aime-moi d’abord, ensuite je perdrai du poids ». Dans ces différents cas, il est important de renforcer son estime du soi et de prendre le temps de ressentir l’amour de ses proches.


Enfin, il arrive qu’on l’on mange pour remplir son vide intérieur. Ce sentiment est souvent lié à un sentiment d’abandon éprouvé pendant l’enfance. Privé d’amour, on remplit son corps avec des morceaux de fromage ou de barres chocolatées, par peur d’un scénario catastrophe : je resterai seule toute ma vie, je ne serai jamais aimée inconditionnellement, je ne serai jamais en sécurité, je ne me réaliserai jamais, je serai paralysée par la peur ou la colère et je ne pourrai plus rien contrôler… On voit que ce vide est lié aux différents constats évoqués précédemment.


Donc, entre l’instant où l’on éprouve l’envie de manger et celui où l’on dirige sa main vers une friandise, on peut s’interroger : n’est-ce pas une faim émotionnelle ? Quel est mon besoin qui n’est pas satisfait ? Est-ce que je n’ai pas besoin de faire quelque chose de plus adapté : respirer, faire une sieste, sortir, marcher, chanter, discuter, écrire pour exprimer ses émotions et chercher des solutions, remercier, travailler, prier ?


Il apparaît bien qu’arrêter l’alimentation de consolation permet aussi de grandir en maturité, puisqu’on passe du stade du petit enfant qui n’a d’autre ressource que téter pour survivre et combler ses besoins, à celui de l’adulte qui éprouve à nouveau un sentiment de puissance, à regarder une situation de façon réaliste et à chercher des solutions.

 

On pourrait aussi ajouter que le péché de gourmandise, qui fait de la nourriture une entrave à l’amour de Dieu, des autres et de nous-même, peut faire son lit dans cette fragilité émotionnelle. La personne humaine étant une, on imagine bien que combattre le péché de gourmandise et l’alimentation émotionnelle peuvent aller de pair - même si Dieu seul qui sonde les reins et les cœurs peut démêler ce qui est péché et ce qui est fragilité psychique. Le secours de l’Esprit-Saint sera précieux pour remettre à leur juste place la nourriture, nous, et Dieu. Lui qui seul peut vraiment nous combler. Solange Pinilla

 

 

Lire le reste de Zélie n°42 - Juin 2019

 

Crédit photo : rawpixel.com CC

 

Please reload

Derniers articles
Please reload

  • Facebook
  • Instagram
  • Podcast Soundcloud

© 2015-2019 By Magazine Zélie