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Solveig Fenet-Chantereau, la foi en Suède

  • 29 avr.
  • 6 min de lecture


Avec un tel prénom, Solveig pourrait être d’origine scandinave. Pas du tout : sa mère aimait simplement les prénoms nordiques. En revanche, son mari est franco-suédois - il s’appelle Pierre-Emil. Depuis plusieurs années, ils habitent à Örbyhus, dans l’est de la Suède, avec leurs trois enfants.


Dans ce pays majoritairement protestant, avec seulement 1 % de catholiques, la paroisse la plus proche est à Uppsala, à 40 minutes de voiture. Et comme Solveig et son mari ont récemment traversé d’importantes difficultés financières, ils n’ont pas pu toujours effectuer le trajet pour aller à la messe le dimanche.


Le rapport à la foi pour Solveig n’a pas été sans défis. « J’ai grandi dans une famille athéiste, et sinon païenne, raconte Solveig depuis son village suédois. J’ai pris connaissance de Dieu très tôt. Ma mère était schizophrène, et dans ses crises, elle parlait de Dieu. J’ai compris que Dieu était un être très puissant, et très bienveillant, ce qui était ambigu. »


Solveig a eu une histoire personnelle très sinueuse : elle a vécu en famille d’accueil, en foyer, avec sa fratrie de six enfants issus de plusieurs unions, séparés géographiquement.


« Lors d’une ultime crise de folie de ma mère à l’hôpital, je prie pour qu’elle guérisse, se souvient la trentenaire. Ma mère se donne la mort. À ce moment-là, la porte vers Dieu s’est fermée pour moi. Je vis un sentiment d’incompréhension et de trahison. Alors que je vis sous la garde de mes frères et sœurs plus âgés, mon grand frère se met en couple avec une femme catholique qui nous fait découvrir sa foi. Pour moi, elle est une porte ouverte vers la foi en Dieu. Je me sens accompagnée par Lui, mais je suis aussi dans une solitude profonde que rien ne comble. Je tombe dans un abîme de tristesse vraiment profonde. »


Solveig part alors étudier à Montréal au Canada, où elle suit une licence en sciences politiques. Ensuite elle fait un premier master en études européennes à la Sorbonne, qui lui permet de travailler avec le comité d’éthique de l’Inserm. En découvrant le monde de la bioéthique, Solveig reprend les études en parallèle de son travail, en suivant un deuxième master en éthique des sciences et de la santé à Paris-Sud.


Solveig et Pierre-Emil attendent leur premier enfant, alors qu’ils sont en couple depuis à peine 7 mois. « Nous avons vécu cet enfant comme un appel à nous unir », affirme-t-elle. Ils choisissent alors de déménager en Suède, où Solveig continue à distance ses missions à l’Inserm et ses études. « Mon mari avait vu la différence concernant l’accueil des enfants entre la Suède et la France. Surtout, il y a un an et demi de congé à se partager entre les parents. Même les grands-parents en ont ! En Suède, il est rare de laisser un bébé de moins d’un an dans une garderie ».


Solveig observe également que dans ce pays, tout la société est tournée vers la famille.

Avec un déménagement à l’étranger cumulé à sa nouvelle maternité, Solveig vit de grands bouleversements intérieurs. « Avec Pierre, nous nous retrouvons alors avec nos difficultés respectives – lui a aussi perdu sa mère, quand il avait 2 ans. Attendant notre deuxième enfant, une thérapie conjugale nous aide à initier un travail en couple. Nous ne le savions pas encore, mais la foi commençait doucement à germer en nous. »


Tandis que leur vie conjugale s’apaise, les difficultés financières commencent. Après avoir travaillé un an à l’Université d’Uppsala, Solveig ne retrouve pas de travail, mais reste active : elle chante à la chorale du village et s’engage dans l’Association des familles françaises d’Uppsala. Depuis trois ans, elle développe avec son mari Merlinstruction, « un programme pour soutenir les familles et les aider à travailler en équipe soudée et fonctionnelle ». « C’est d’ailleurs dans ce projet que notre couple se renforce davantage », raconte-t-elle.


Alors que jusqu’ici, Solveig ne trouvait pas de réponses dans la Bible à ses questionnements existentiels, elle vit des moments de lumière. « Un jour, dans un moment de désespoir, je me suis sentie accueillie dans un monde tout blanc, et rempli d’un amour profond, pendant une fraction de seconde ! »


Un autre jour, il y a deux ans, elle était lasse d’être en Suède, de porter le fardeau de son enfance et des problèmes financiers. « Dans la cuisine, j’ai crié intérieurement : "Dieu, prends tout cela !" J’ai vu Jésus se baisser vers moi en souriant, et dire "Je prends tout cela". Tout d’un coup, je me suis sentie légère et libérée. Je me suis dit : "Dieu est là, il attend que je fasse un pas vers lui." Depuis ce moment, j’embrasse la foi chaque jour et je cherche à la nourrir. »


En 2025, elle reçoit le baptême catholique avec son troisième enfant en porte-bébé. La  préparation à ce sacrement est un peu laborieuse, puisque les séances de préparation sont à trois quarts d’heure de chez elle et en suédois. Le prêtre lui propose de venir à quelques cours et de suivre un cycle de formation en ligne, qu’elle complète notamment par des podcasts en anglais.


« L’été après mon baptême, j’ai vu une annonce  informant que le Village Saint Joseph, qui accueille des  personnes fragiles, cherchait un couple responsable. Avec mon  mari, nous nous sommes posé la question de nous y engager,  car accueillir des personnes vulnérables nous parlait, et cela  coïncidait avec le désir de rentrer en France. Finalement, entre  nos problèmes financiers et nos projets d’entreprise, nous avions  déjà beaucoup à gérer, et nous avons décidé de ne pas poursuivre  la démarche. Mais nous avons pris conscience, à cette occasion  de ce qu’est l’Église domestique. Et nous avons décidé de faire  de notre maison une Église domestique. » 


Elle poursuit : « Nous faisions déjà des routines de  prière, la bénédiction avant le repas, la prière du soir. J’ai décidé  de faire du catéchisme à la maison. J’ai trouvé un parcours,  mais qui s’est avéré trop abstrait pour eux. Je ne trouvais pas de  contenu gratuit qui convienne. » 


Malgré des journées bien remplies - l’école suédoise  n’est ouverte que le matin -, Solveig se lance dans la  création d’une publication numérique hebdomadaire, La Gazette de l’Église domestique, pour « aider les familles à  transformer leur maison en petite Église ». Elle souhaitait au  départ la vendre pour pouvoir ainsi payer son loyer - la  gazette est finalement gratuite, avec une participation  financière possible.


Pour la partie catéchisme, elle utilise  un outil d’intelligence artificielle en se basant uniquement  sur les sources officielles de l’Église, et en vérifiant le résultat - elle serait aussi intéressée par la relecture d’une  personne ayant une formation théologique. Elle propose également des idées de missions pour les enfants et d’activités manuelles et de recettes en fonction du temps liturgique.  « Les images sont conçues avec intelligence artificielle mais  j’aimerais que des personnes m’en proposent des "vraies", ainsi  que des titres de musique, de films, des intentions de prière... »


Avec sa Gazette, Solveig a le désir d’aider les familles à faire vivre leur foi d’une manière concrète et joyeuse dans les petits moments du quotidien et de soutenir les nouveaux baptisés pour naviguer dans ce nouveau monde de la foi chrétienne.


Elle affirme : « Soutenir la Gazette, c’est aussi soutenir les familles qui vivent loin de leur paroisse, celles qui n’ont pas les moyens d’avoir des ressources pour nourrir leur foi, et c’est finalement soutenir la communauté catholique en Suède. » En effet, Solveig traduit la Gazette en suédois et la propose comme ressource au centre de communication pédagogique catholique de Stockholm. Solange Pinilla


Questionnaire de Proust revisité


Le principal trait de votre caractère ?

Le besoin de me sentir utile, de servir. J’aime profondément faire plaisir aux autres, et quand je ne peux pas ou alors que je ne trouve pas une place pour ça, je me sens mal.


Un défaut que vous avez ?

J’adore m’organiser, mais je confonds constamment les dates et les horaires, c’est devenu un gag dans ma famille !


Un paysage de votre enfance ?

La longue plage d’Hattainville du Cap de Carteret (dans la Manche).


Un aliment suédois que vous appréciez ?

Le semla (brioche fourrée à la pâte d’amande et à la crème, ndlr) qui se mange pour Mardi gras.


Ce qui vous touche le plus dans la foi catholique ?

La joie, l’amour et le pardon.


Une femme qui vous inspire ?

Marie pour son « oui » à Dieu, en confiance totale, sans savoir que ça impliquerait pour elle en tant que mère.


Un moment qui vous ressource ?

Le soir, me coucher aux côtés de mon mari et se dire un dernier je t’aime en se tenant la main avant de fermer les yeux pour la nuit.


Pour vous, Pâques, c’est...

Le rappel de mon baptême, le rappel de la vie éternelle et ne pas avoir peur de la mort.


Votre prière préférée ?

« Oh Jesus, I surrender myself, please take care of everything. » (Ô Jésus, je me remets à Toi, prends soin de tout.)




(Photo © Coll. particulière)

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