Des relations plus apaisées
- 2 févr.
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Dernière mise à jour : il y a 3 minutes

Comment diminuer l’agressivité qui teinte régulièrement les relations familiales et sociales, et introduire davantage de douceur ? Essayer de comprendre le point de vue de l’autre est une piste majeure. Laetitia de Barbeyrac (en photo), formatrice et thérapeute familiale à Nantes, répond à nos questions.
Zélie : Qu’est-ce qui vous a amenée à vous former à la communication non violente, qui consiste notamment à formuler ses émotions, ses besoins et ses demandes, en respectant la liberté de chacun ?
Laetitia de Barbeyrac : J’ai lu le livre de Marshall Rosenberg, La communication non violente au quotidien, que j’ai trouvé très intéressant au niveau relationnel, mais difficile à mettre en œuvre. Exprimer correctement ses émotions, sans blesser l’autre, n’est pas simple.
Je voulais mettre de l’huile dans les rouages dans mes relations : avec moi-même, avec les autres, dans celles de mes enfants entre eux, mais aussi au sein du couple. Nous manquions alors de vocabulaire émotionnel à l’époque ; mon mari disait : « Ça ne va pas trop », sans pouvoir préciser davantage. Après avoir appris la communication non violente, nous avons eu davantage de compréhension de ce que chacun vivait.
Avec cette approche, je suis responsable de mes émotions, je peux prendre en charge mes besoins et je peux demander de l’aide. Or, on rend souvent l’autre responsable de ce l’on vit : « Si je suis en colère, c’est de ta faute. » A l’inverse, saint Jean Chrysostome affirme : « On ne peut pas blesser quelqu’un, si celui-ci ne veut pas être blessé. Ne dites pas : cette personne m’énerve ; dites plutôt : je m’énerve avec elle. »
Est-ce que vous vouliez mettre davantage de douceur dans vos relations ?
Je ne cherchais pas d’abord de la douceur dans ma manière d’interagir. Mon objectif était d’être en paix, grâce à la compréhension de ce qui se passait en moi et autour de moi, et ainsi de développer la paix autour de moi-même. Cependant, quand on porte la paix, de la douceur s’installe.
Vous vous êtes également formée à la méthode Faber et Mazlish, qui propose une approche de la communication entre adultes et enfants qui se fonde notamment sur l’écoute mutuelle et la recherche commune de solutions. Pourquoi cet intérêt ?
Après la communication non violente, j’ai étudié la psycho-caractérologie et je suis devenue thérapeute familiale. Un jour, lors d’une conférence que je donnais, quelqu’un m’a parlé de la méthode Faber et Mazlish. J’ai contacté Roseline Roy, qui a traduit les livres de Adele Faber et Elaine Mazlish en français, et je me suis lancée dans l’animation d’ateliers.
J’aime énormément cette approche, elle est très respectueuse de l’adulte et de l’enfant. Les relations sont plus paisibles. Des mamans qui ont suivi les ateliers affirment : « Je crie moins ». Cette approche apporte davantage de douceur dans les relations.
Dans les ateliers Faber et Mazlish, nous faisons des jeux de rôles, et nous nous demandons notamment : « Qu’est-ce que cela me fait, quand j’entends cette parole ? »
Dès lors, comment mettre davantage de douceur dans nos relations, notamment les relations dans une famille avec de jeunes enfants ?
Les conflits sont inévitables. Les enfants ont un cerveau immature, et des besoins affectifs intenses. Un enfant qui rentre de l’école a beaucoup de besoins : de la paix, de la douceur, de la chaleur affective. Quand on ressent de l’énervement face à un enfant, on peut se demander : pourquoi cela m’énerve ? Je crois que beaucoup de tensions viennent d’attentes irréalistes des parents.
Par exemple, un enfant n’a pas envie de s’habiller alors qu’il est l’heure de se préparer, parce que c’est difficile pour lui de quitter la chaleur de son pyjama et de partir dans le froid. De plus, il n’a pas la même notion du temps et de l’urgence qu’un adulte ; il vit le moment présent.
Au sujet d’un enfant qui n’a pas envie de faire ses devoirs, je demande aux parents : et vous, aviez-vous envie de faire vos devoirs quand vous étiez jeune ? On estime qu’un enfant sur 10 aime faire ses devoirs...
Il est important de comprendre pourquoi il veut rester en pyjama ou continuer à jouer, et reformuler cela. Ensuite, comme « être à l’heure » est un concept étranger pour un jeune enfant, mieux vaut lui dire : « Quand la musique est finie, tu t’habilles et tu descends ». Cela met de la douceur dans le quotidien !
Devant un collègue qui nous énerve, par exemple parce qu’il n’a pas terminé un travail qu’il devait faire, comment réagir avec douceur ?
La démarche est toujours la même : comprendre ce qui se passe en soi, comprendre ce qui se passe en l’autre. La colère que je ressens vient de mes croyances et mes valeurs : ce qu’il se passe, je le perçois comme de l’irrespect par exemple.
Puis on peut se demander ce qui se passe chez l’autre. Par exemple, cette semaine, j’ai discuté avec un courtier en banque qui a demandé des papiers à une personne. Au bout de 4 jours, il a rappelé celle-ci. Cette personne a raconté que son enfant avait eu une varicelle ; elle n’avait pas pu s’occuper des documents.
Regarder ce qui se passe en l’autre demande un déplacement intérieur. L’autre est un monde étranger, que je ne peux connaître que si je me demande : « Qu’est-ce qui fait que cette personne réagit comme cela ? Qu’est-ce qui s’est passé ? »
Justement, comment se mettre à la place de l’autre ?
Décider et choisir d’ouvrir ses oreilles et son cœur. Chacun ne voit qu’un côté de la pièce. Parfois, il est utile de changer de place. Un exercice intéressant est d’aller la nuit dans la rue et de fixer une fenêtre allumée, en se mettant à l’extrémité gauche. Puis, de se déplacer et de se mettre à l’extrémité droite. La pièce paraît complètement changée... Pourtant, c’est la même. Nous avons tous des normes, des croyances, des valeurs différentes.
Quand on se trouve face à une personne qui se montre agressive dans ses paroles, comment réagir ?
Mieux vaut rester calme, et respirer. Ensuite, ne pas prendre les choses de manière personnelle : son agressivité lui appartient, il est préférable de ne pas en être le miroir. Cela est possible si on est suffisamment bien en soi... Souvent, mieux vaut quitter la pièce que de mettre de l’huile sur le feu.
Cependant, dans notre vie sociale, il n’est pas bien accepté de partir au milieu d’une discussion !
En effet, la société valorise le rapport de force et la domination sur l’autre, une sorte de ping-pong. Une attitude d’accueil, d’écoute, de compréhension, et de bienveillance – qui consiste à vouloir le bien de l’autre serait préférable.
L’être humain est fait pour entrer en relation ! Il n’est pas bon que l’homme soit seul, comme dit Dieu dans la Genèse. Or, le péché originel a introduit des rapports de domination. Alors que la relation de confiance entre Dieu et l’être humain a été brisée – l’homme a eu peur de Dieu -, Dieu s’est fait tout petit et vulnérable.
Jésus est dans une démarche d’accueil et de service. Il dit : « Va, je ne te condamne pas ». Il se donne, il guérit sans prendre le pouvoir sur qui que ce soit. Dieu ne met pas la main sur l’autre.
Prendre le pouvoir sur l’autre, c’est l’inverse de l’évangélisation. A mon avis, si tous les couples chrétiens mariés avaient été des exemples d’écoute et de compréhension de l’autre, le mariage n’aurait pas été autant décrié.
Malgré tout, dans certaines situations, on ne peut pas s’en aller devant une personne énervée. Imaginons un accident de voiture, et l’autre conducteur qui arrive...
D’abord, un accident est un choc, donc mieux vaut attendre quelques minutes pour respirer et retrouver son calme. Ensuite, on peut dire à l’autre conducteur : « J’ai eu peur. Vous avez eu peur. » Cela fait retomber la tension. Mieux vaut mettre l’énergie dont on dispose non pas pour résoudre les problèmes de voiture, mais pour la relation, qui est prioritaire. Si la relation va bien, cela déclenche un désir de collaboration chez l’autre.
Comment être plus doux avec soi-même ?
Commencer par s’accueillir et se comprendre. On peut se demander : « Qu’est-ce que je ressens ? » Si je me sens jalouse, par exemple, cela me donne une information. L’émotion, accueillie, va circuler. Il s’agit d’un message.
Ensuite, je peux me demander ce que je peux faire, par exemple, pour dénouer le lien entre cette personne et moi. Si je reste à la pensée : « Je ne peux pas la supporter », ce petit caillou peut devenir une boule de neige ! Nos pensées parviennent bien à faire cela. Or, ce que nous pensons influence nos actions. Par exemple, si j’ai un préjugé sur une personne, je peux me dire : « Stop, je veux partir sur une nouvelle base. »
Après m’être formée à la communication non violente, lorsque j’allais dans un lieu où je n’étais pas très à l’aise, je me demandais : quelles sont les émotions de cette personne, quels sont ses besoins derrière ce qu’elle dit ? Qu’est-ce que ses paroles viennent toucher chez moi ?
Au sujet de l’écoute, de quelle façon favoriser cette écoute, en famille par exemple ?
Cela demande de se donner du temps pour le faire. Mieux vaut être dans la posture : « Là, je vais écouter. » Quand les enfants rentrent de l’école, ils ont souvent besoin d’être écoutés. Mais parfois, ce sera plus tard, quand la lumière de leur chambre sera éteinte. Il est bon de repérer ces moments.
à table, on peut utiliser un bâton de parole : chacun parle à son tour, sans que personne ne commente ce qu’il dit, puis passe le bâton à quelqu’un d’autre.
Entre personnes adultes, on peut écouter l’une d’elles 5 minutes sur un sujet, sans l’interrompre ni commenter ses paroles - hormis peut-être dire « mmh ». Puis chacun sera écouté 5 minutes sur un autre sujet. On peut ensuite passer à 10 minutes chacun.
Un jour, alors que je suivais un stage d’écoute, nous devions parler pendant 10 minutes de quelque chose nous préoccupait. On m’a écoutée pendant ces 10 minutes, puis une personne m’a dit : « Au bout de 8 minutes, j’avais envie de te dire telle chose. » En fait, cette idée, je l’ai dite à la fin des 10 minutes. Je l’avais trouvée toute seule ! Or, au bout de 8 minutes, je n’étais pas prête à entendre cela, je ne l’aurais pas accepté.
Écouter l’autre, c’est être attentif à l’autre et à son monde, parce qu’il est intéressant et qu’il est beau, comme on contemple une œuvre dans un musée, comme on écoute un concert : sans parler ni faire autre chose. La personne est un chef-d’œuvre de Dieu !
En famille, quand on écoute ses enfants, on voit leurs forces, on a davantage confiance en eux. Cela amène de la douceur. Un jour, quand ma fille était en CP, un garçon lui a donné un mot en lui disant qu’il voulait être son amoureux. Quand elle m’a dit cela, j’ai ressenti de l’inquiétude, puis j’ai décidé de calmer mon stress. Ensuite, je lui ai demandé : « Qu’est-ce que tu en penses ? » Elle m’a répondu : « Je ne veux pas d’amoureux. Je veux juste être son amie. Je vais le lui dire. » Depuis, je sais qu’elle saura gérer ce genre de situation.
Quand je me suis mise à son écoute, j’ai développé ma confiance en elle ; et par conséquent elle, sa confiance en soi.
Comment lâcher prise ?
Beaucoup de choses ne dépendent pas de nous. Parfois, nous le savons dans notre tête, mais le corps ne suit pas. Une piste est d’écrire les choses auxquelles on tient, puis les déposer dans une église, sous une statue Et ainsi se dire : « Ce n’est plus moi qui m’occupe de cela. »
Autre idée : serrer quelque chose dans sa main, sentir ce que cela produit dans notre corps de vouloir garder la main sur cette chose, puis quand nous en avons assez, desserrer lentement la main et laisser partir cette chose.
Pour finir, auriez-vous une idée d’action pour amener davantage de douceur dans nos vies ?
Passer du temps en prière avec Jésus. Dieu nous donne de la douceur. Car Dieu est patient. Il est très doux avec nous. Faisons l’expérience de la douceur de Dieu en nous-mêmes, et nous serons capables de mettre de la douceur dans la vie des autres.
Propos recueillis par Solange Pinilla
Contact > laetitia.sd@dbmail.com
Lire d'autres articles sur la douceur dans le numéro Zélie n°111 - Janvier 2026, à télécharger gratuitement.
Photo © Coll. particulière












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