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Cécile : « Je n’ai pas de smartphone, pour préserver mon espace mental »

  • 2 mars
  • 3 min de lecture


Cécile Coulomb, 33 ans, est diplômée de l’Essec et travaille dans la transition écologique des entreprises. Il y a douze ans, elle a pris la décision de ne pas avoir de téléphone connecté. Elle nous raconte ce choix qui ne laisse pas indifférent, et dont elle mesure de nombreux bénéfices.



« Il est fréquent qu’une personne me dise : "J’ai voulu t’ajouter sur WhatsApp, mais je ne t’ai pas trouvée." Je réponds alors : "C’est normal, je n’ai pas WhatsApp. En fait, je n’ai pas de smartphone."

Mon interlocuteur me regarde, ébahi. Il garde un silence gêné. C’est un peu comme si j’avais annoncé que je vivais sans eau courante, ni électricité.


Il répond enfin : "Mais comment fais-tu pour... ?" Il ne termine même pas sa phrase, perdu devant le nombre de situations où il se sert de son smartphone. Il arrive aux limites de son imagination. Comment une Parisienne de 33 ans, ayant grandi avec Internet et les réseaux sociaux, peut-elle décemment vivre sans smartphone ?


Je me souviens d’une phrase. En 2013, les smartphones sont en train d’apparaître en masse - entre 2012 et 2013, le taux d’équipement des Français pour les smartphones est passé de 39 % à 50 % ; il est de 91 % aujourd’hui. Mon maître de stage me dit, en montrant son iPhone : « Le problème de ces téléphones, c’est qu’une fois que tu en as un, tu ne sais plus vivre sans. »


Je me suis donc méfiée de ce qui me semblait être un point de non-retour. Ayant déjà bien du mal à éteindre mon ordinateur le soir, je savais que je ne saurais pas me maîtriser si j’avais accès à Internet depuis mon téléphone.


Possédant un téléphone basique, j’agis comme on vivait encore récemment, dans les années 2000. J’ai un agenda papier, où je note mes rendez-vous, l’adresse précise, si besoin le code et l’étage. Si je ne connais pas l’endroit, je consulte un plan avant de partir, je recopie mon itinéraire dans les grandes lignes si nécessaire. Quand je voyage, j’emporte mon appareil photo.


Aucune notification ne vient me déconcentrer, et je vis ma vie ici et maintenant, plutôt que de la relayer sur les réseaux sociaux. Je me souviens d’un soir de novembre. J’admirais un coucher de soleil sur la rade de Marseille, et personne ne l’a su, à cet instant précis. J’ai préféré profiter du spectacle. J’apprends à vivre l’instant présent, avec les personnes et le décor qui m’entourent. Je préfère demander mon chemin à un être humain plutôt qu’à Google, et sentir un élan de gratitude pour cet étranger qui a pris 30 secondes de son temps pour m’aider. Je regarde le sourire de mon voisin dans le métro plutôt qu’une photo sur Tinder.


Cependant, depuis quelques années, c’est devenu un réflexe pour beaucoup de monde de créer une conversation sur WhatsApp au moindre prétexte, comme pour un cadeau commun ou un covoiturage. En attendant que WhatsApp soit accessible avec une adresse mail et qui permettrait de l’utiliser sur ordinateur, j’ai accepté d’être parfois en marge de certaines décisions.


Des amis font l’effort de passer par Messenger - j’y ai accès sur ordinateur - ou de me transmettre les infos par SMS ; d’autres non, mais je ne leur en tiens pas rigueur, car j’assume ma décision et ses conséquences. Ayant déjà une vie sociale bien remplie, ça ne me manque pas, et je me dis que ça fait un tri naturel entre les relations qui comptent vraiment et les autres.


Au niveau spirituel, je vis l’absence de smartphone comme une ascèse, une privation volontaire en vue d’un dépassement de soi pour Dieu. L’objectif est de préserver ma liberté intérieure, mais aussi de faire de la place pour Dieu dans mon emploi du temps et dans mon esprit.


Cette contrainte volontaire est une forme de pauvreté, et cela me met en communion avec les Français qui n’ont pas de smartphone, et avec des personnes qui vivent d’autres formes de pauvreté.

Petite anecdote : au dernier Congrès Mission, il fallait un smartphone et des écouteurs pour suivre les tables rondes à Bercy. Je n’en avais pas, donc j’ai rejoint la cafétéria où j’ai retrouvé ceux qui, dans l’église, partagent cette pauvreté technologique : des frères franciscains ! » Propos recueillis par Solange Pinilla





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