Jeanne de France, reine et fondatrice d'ordre



Le roi Louis XI avait passé les 40 ans et voulait un fils. Avec son épouse, Charlotte de Savoie, ils avaient déjà eu à la princesse Anne, que l’histoire a retenu sous le nom d’Anne de Beaujeu, l’une de nos plus remarquables régentes. En ce mois d’avril 1464, au château de Nogent-le-Roi, ce fut une fille qui naquit, Jeanne.


Peu après sa naissance, son père la promit en mariage au duc Louis d’Orléans, deuxième dans l’ordre de succession pour l’heure, et guère plus âgé que la princesse. Ainsi, Louis XI s’attachait cette branche d’Orléans dont il se méfiait. Le mariage ne fut célébré que plus tard, en 1476, à l’occasion des 12 ans de Jeanne et contre l’avis du duc d’Orléans...


En attendant, celle-ci avait reçu de sa mère Charlotte de Savoie une éducation soignée et pieuse, avec sa sœur Anne, au château d’Amboise. Mais à 5 ans, Jeanne quitta sa mère pour être confiée à un cousin, le sire de Beaujeu, et à son épouse, restés sans enfant, dans le château de Lignières en Berry. Par ailleurs, Jeanne souffrait d’une malformation de la colonne vertébrale, lui donnant un air perpétuellement voûté.


Après les noces, Louis d’Orléans, de son côté, multiplia les infidélités, rejeta cette épouse imposée et ne la fréquenta qu’en présence du roi ou lorsque leurs devoirs l’exigeaient. Jeanne, pourtant, femme profonde et dévouée, ne ménagea pas ses prévenances pour cet époux qu’elle fut l’une des seules, par exemple, à visiter, après l’emprisonnement de celui-ci pendant trois ans, pour conspiration contre le roi Charles VIII, frère cadet de Jeanne. La jeune femme administra également au nom de son mari la totalité des biens de Louis d’Orléans.


La mort de Charles VIII, en 1498, allait faire basculer le destin de Jeanne. Son époux accédait au trône et devenait Louis XII. Devenue reine de France, elle savait sa situation périlleuse. Deux raisons poussaient Louis à demander la nullité de son union : il n’avait jamais accepté ce mariage forcé ; il devait épouser la duchesse Anne de Bretagne, veuve de son défunt cousin le roi Charles, afin, par mariage, de conserver le duché dans la dépendance française.


Dès août 1498, un procès en nullité fut ouvert à la demande du roi et contre l’avis de la reine Jeanne. La sentence fut rendue mi-décembre ; le mariage était déclaré nul. Jeanne, anéantie, se réfugia d’abord quelques temps à Amboise. Louis XII, en dédommagement, lui octroya le duché de Berry et une pension. Installée à Bourges, Jeanne se révéla une duchesse de Berry aussi avisée qu’elle l’avait été d’Orléans ; veillant à tout, administrant avec minutie, soutenant les pauvres, tenant elle-même sa justice.


Mais elle ne s’arrêta pas là et, fidèle à une intuition de jeunesse née dans la prière à la Vierge, elle songea, avec les encouragements de son confesseur le franciscain Gabriel-Maria, à fonder un ordre. Ce furent les sœurs de l’Ordre de l’annonciation de la Vierge Marie, dites sœurs de l’Annonciade, créées en 1500 et approuvées par le pape en 1502, à l’habit noir, blanc et rouge. Le monastère qu’elle leur fit bâtir voisinait avec son palais ducal. Elle-même prononça ses vœux en 1504, sans pour autant abandonner sa charge ducale. Sept monastères de moniales Annonciades existent encore aujourd'hui en France et à l’étranger.


Elle mourut en 1505 et Louis XII, peut-être repentant du mal causé, lui fit donner des funérailles dignes d’une fille de France. Malgré la multiplication précoce des miracles, la reconnaissance de l’Église ne vint cependant que plus tard, avec la béatification en 1742 et la canonisation en 1950. Gabriel Privat


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Crédit image : A. Pradão/Wikimedia commons CC

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