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Clara Ibled, le goût de la pâtisserie

  • 2 juin
  • 4 min de lecture


La vie est courte, mieux vaut ne pas reporter ses rêves les plus tenaces. Cette réalité apparaît à Clara Ibled quand elle voit son père, en coma artificiel à cause du Covid, manquer de mourir plusieurs fois en 2020.


Pourtant, elle a suivi des études en école de commerce et travaille, à ce moment-là, en contrôle de gestion chez Leroy Merlin. Confrontée à la fragilité de l’existence, elle décide donc de ne pas attendre la quarantaine pour réaliser un projet qui lui tient à cœur : fonder son entreprise de pâtisserie, tout en se rendant plus disponible pour sa famille. Elle a alors 30 ans.


« J’ai toujours aimé faire des gâteaux, se rappelle Clara. Ma grand-mère m’avait offert mes premiers emporte-pièces, mes premières poches à douille. Une fois maman, j’ai continué, notamment pendant les siestes de mes enfants... »


Clara apprend auprès de l’APEC (Association pour l’emploi des cadres) qu’elle peut bénéficier d’un congé de formation, et demander un financement pour celle-ci, tout en ayant son salaire habituel payé par la Région ! Son CAP Pâtisserie doit commencer en octobre 2020, au Centre de formation de Tourcoing - elle vit dans le Nord.


« En septembre, j’ai appris que j’étais enceinte - alors que mon deuxième enfant n’avait que quelques mois, se souvient-elle. J’ai eu un moment de panique, car j’avais été alitée à cause d’une menace d’accouchement prématuré pour mes premiers enfants. J’ai dit au Seigneur qu’en suivant le CAP, je ne pourrai pas me reposer... Et là, miracle, ma grossesse a été totalement normale ! »


En alternance pendant le CAP, Clara passe ses semaines en entreprise dans la boulangerie au coin de sa rue, mais se lève pour cela à 4 heures du matin... Le 15 avril, elle accouche, et en mai, elle passe ses examens avec succès.


Ensuite, elle prend un an pour consacrer du temps à ses enfants, âgés de seulement 1, 2 et 3 ans, et imaginer l’identité visuelle de son entreprise. Elle teste aussi des recettes. Sa fille de 18 mois veut goûter à tout, aussi Clara s’exclame-t-elle : « Tu es ma petite Gourmandita ! » Elle trouve ainsi le nom de sa marque : ce sera Gourmandita, qu’elle lance en avril 2022. Quatre ans plus tard, les commandes ne manquent pas.


Son atelier était situé au départ dans un incubateur à Lille. Elle a eu des difficultés à trouver ensuite son propre labo de pâtisserie. « Puis une maison nous est tombée dessus : elle avait un double accès et une dépendance, où j’ai installé mon atelier ! Je traverse le jardin, et dans ma tête, je suis arrivée au travail... »


Désireuse de garder le week-end pour sa famille, la pâtissière livre des biscuits - emballés par un Esat - pour des boutiques qui les revendent. Elle réalise des gâteaux d’anniversaire que des personnes ont commandés sur son site, et qu’ils retirent dans son atelier le samedi matin. Elle prépare également des biscuits pour des entreprises, en vue de leurs événements ou de leur communication.


Clara se fournit autant que possible avec un circuit court et local : la farine bio semi-complète vient des environs, le beurre est local, les œufs de poules élevées en plein air également.


Si aujourd’hui, le sucre est décrié par certains pour ses effets sur la santé, la pâtissière cherche à équilibrer ses gâteaux : par exemple, dans la pavlova, un de ses produits phares, la meringue est nécessairement sucrée - « sinon, elle ressemble à du chewing-gum » -, mais la crème est sans sucre. Clara développe actuellement une gamme de biscuits sportifs, enrichis en protéines végétales, qui ne contiennent peu ou pas de sucre.


Cependant, « un jour, j’avais oublié le sucre en faisant un brownie, et en le mangeant en famille, nous avons trouvé qu’il était très sec ! Je pense qu’il vaut mieux manger un morceau de gâteau qui soit petit, et se régaler, que quelque chose qui n’est pas très bon. Je suis la première à dire qu’il faut manger un peu de tout. À la maison, les enfants mangent parfois au goûter mes biscuits un peu trop cuits, mais avec un fruit. »


L’entrepreneuse aime la liberté d’être son propre chef, de lancer un produit : par exemple, en décembre dernier, elle a proposé une crèche de Noël en pain d’épices, à monter soi-même.

Être seule est aussi un défi : « On a toujours des joies, des questions, et pas forcément la possibilité de les partager. J’appelais beaucoup mon papa pour discuter avec lui de cela, puis il est mort en janvier 2026. Je ne veux pas parler de Gourmandita tout le temps à mon mari... J’ai déjà eu une alternante ou des stagiaires, mais pas d’alter ego. »


En effet, Clara a déjà traversé des difficultés : une boutique qui lui procurait la moitié de son chiffre d’affaires a fermé. Finalement, Clara a distribué ses biscuits dans plusieurs petites boutiques. Quand un imprévu arrive, tel que l’hospitalisation d’un enfant, il est compliqué de s’organiser, surtout quand les clients ont payé leurs commandes.


Pendant les vacances scolaires, la pâtissière travaille dans son atelier pendant la première semaine ; elle se lève plus tôt, travaille pendant la sieste et le soir, ou lorsque les enfants jouent devant elle dans le jardin. Seul le dernier, âgé de 18 mois, va alors à la crèche.


Clara trouve du sens dans son métier : « J’aime réaliser des gâteaux pour faire plaisir aux gens. Par exemple, une personne a fait un achat pour remercier ses parents venus garder ses enfants. » Les gâteaux symbolisent la fête familiale, le partage, le plaisir, le beau.


« Je prie aussi pour les personnes qui vont manger les gâteaux. Dans l’atelier, j’écoute des podcasts ou le chapelet en ligne. » Une de ses meilleures ventes est la croix en gâteau, pour des communions ou des baptêmes.


Parfois, Clara aimerait lancer d’autres produits, vendre davantage, être plus connue. « Puis je me rappelle que j’ai choisi cette reconversion d’abord pour être plus disponible pour ma famille. Cela a du sens pour moi. » Elise Tablé


Contact > gourmandita.fr




Photo © Gourmandita

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