Élisabeth de Miribel, résistante et âme libre
- 23 mai
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Dernière mise à jour : il y a 7 heures

Elle a tapé à la machine à écrire le discours du 18 juin 1940 du général de Gaulle. Cependant, à lire son autobiographie La liberté souffre violence, publiée en 1981, on découvre chez Élisabeth de Miribel bien plus qu’une secrétaire : elle fut résistante, correspondante de guerre, chef de l’information, diplomate, carmélite, écrivain, et surtout, une âme forte et libre, animée d’un grand amour pour son pays, et plus encore pour Dieu.
Élisabeth de Miribel voit le jour le 19 août 1915 à Commercy, en Lorraine. Son arrière-grand-père était le maréchal Patrice de Mac-Mahon, président de la République en 1873 et royaliste. Elle passe sa jeunesse dans l’hôtel particulier de celui-ci, au 70 rue de Bellechasse dans le 5e arrondissement de Paris. Elle est l’aînée de quatre filles et d’un garçon.
À l’âge de 18 ans, en 1934, ses parents l’envoient perfectionner son allemand en Autriche. « Je rencontre des étudiants tchèques, hongrois, autrichiens que la poussée du nazisme et de l’antisémitisme menacent dans leur vie familiale et inquiètent jusqu’à l’obsession », raconte Elisabeth. Confrontée à l’injustice, elle veut agir.
De retour en France, une amie lui fait connaître des médecins qui s’occupent d’enfants handicapés et de jeunes délinquants. Touchée, elle décide de partir à Genève étudier la psychologie auprès de Claparède et Piaget. Elle découvre un monde nouveau, celui de la fragilité psychique. « Cette expérience au pays des psychiatres a fait crouler [en moi] tout ce qui n’est pas l’essentiel. J’étais donc prête pour la dissidence. »
Lorsque la guerre éclate en septembre 1939, Élisabeth s’engage comme traductrice-rédactrice au ministère des Affaires étrangères. Elle aurait aimé devenir ambulancière sur le front, mais son père s’y oppose. Elle se rend donc au château de Langeais, en Touraine, où se trouve le ministère du Blocus. Cependant, elle veut en faire davantage. Grâce à un ami de ses parents, elle part pour Londres en janvier 1940, à la Mission française en Angleterre de guerre économique - qui fait le lien entre le ministère du Blocus et le Ministry of Economic Warfare.
En juin 1940, la France est envahie par l’Allemagne. Élisabeth a 24 ans. En visitant des blessés français le 17 juin 1940, rapatriés de Dunkerque et minés par la défaite, elle entend à la radio le maréchal Pétain annoncer la demande d’armistice.
Le même jour, l’aide de camp du général de Gaulle, Geoffroy de Courcel, demande à Élisabeth une liste de personnalités françaises se trouvant en mission dans la capitale britannique.
Elle rencontre de Gaulle ; et l’après-midi du 18 juin, elle accepte de recopier à la machine à écrire des feuilles manuscrites, qu’elle peine à déchiffrer. L’heure passe. « Il sera bientôt six heures du soir, narre-t-elle dans La liberté souffre violence. Ma tâche est terminée. Le Général fait appeler un taxi pour se rendre à la BBC avec Courcel. Ils me déposent en chemin devant ma porte, à Brompton square. Il fait encore clair, c’est la fin d’une belle journée. Je monte préparer mon dîner. Pendant ce temps, des paroles irrévocables s’envolent vers la France. Je n’ai pas entendu l’appel ce soir-là ! »
Résistante de la première heure, Élisabeth reste quelque temps à Londres dans l’équipe de la France libre du général de Gaulle, puis, désireuse ne pas « passer la guerre dans un bureau » - et sous-estimant, selon ses dires, les projets du général -, elle part le 29 juillet pour le Québec, afin de recueillir des fonds pour la France libre dans cette région francophone.
Pendant trois ans, jusqu’à l’été 1943, Élisabeth dépense beaucoup d’énergie pour faire connaître la France libre aux personnalités influentes et aux populations du Canada. Elle parle à la radio, donne des conférences, récolte de l’argent. Rencontrant de nombreux obstacles, parmi lesquels les intérêts personnels de partisans gaullistes eux-mêmes, elle gagne peu à peu de nombreuses personnes à lutte pour la victoire finale de la France.
Lors de voyages à New York, elle rencontre un prêtre dominicain qui la suivra pendant de nombreuses années, le père Marie-Alain Couturier, ainsi que l’écrivain Jacques Maritain, qui sera également un ami fidèle.
Élisabeth a une plume élégante, qui lui vaudra plus tard d’être nommée chevalier des Arts et des Lettres. Dans son autobiographie, elle raconte son séjour au Canada : « Le train m’emporte à travers un paysage de prairies indéfiniment renouvelées, un ciel immense les domine, la lumière y est plus forte que le poids de la terre. Un pays sans limites, dont seule la musique pourrait exprimer la symphonie des couleurs. La neige ruisselle au soleil. »
Mais Élisabeth veut être là où l’histoire s’écrit. « J’ai hâte de me rapprocher des lieux de l’action. L’aube commence à blanchir sur la France. Elle sort du cauchemar nazi. »
Le 27 juillet 1943, elle arrive en Angleterre, afin de se rendre à Alger - alors territoire français -, où de Gaulle a installé son quartier général. Elle s’occupe alors du service de presse du général, particulièrement auprès des journalistes étrangers ; elle organise notamment des rencontres entre ceux-ci et des résistants arrivés de France ou des officiers de l’armée Leclerc.
En avril 1944, elle se rend en Italie comme correspondante de guerre, et assiste à la bataille de Monte Cassino, qui oppose Alliés et Allemands. Elle décrit le travail des ambulancières qui roulent tous feux éteints sur des routes boueuses pour ramener les blessés.
Puis, avide d’assister au débarquement allié, elle demande au général Leclerc de l’accepter dans sa division comme correspondante de guerre. « Je ne tiens pas à m’encombrer de journalistes, moins encore de femmes, répond-il. Mais nous allons faire un pari : si vous réussissez à me rejoindre en France, alors je vous garde. »
A cause de difficultés administratives, Élisabeth ne parvient à rejoindre Leclerc en Normandie que début août - bien après le débarquement sur les côtes normandes du 6 juin. Leclerc lui sourit : « Pari gagné. » Avec une voiture prêtée par l’armée, Élisabeth suit alors au plus près la fameuse 2e DB dans son avancée vers Paris, au milieu des décombres, des populations à la fois abattues et fières.
Le 25 août, elle entre dans Paris, toujours à la suite de Leclerc, au milieu des habitants en liesse. Ceux-ci s’exclament : « Comme vous êtes courageux, on vous attend depuis quatre ans. » Elle retrouve également sa famille rue de Bellechasse, qu’elle n’a pas revue depuis septembre 1939 ! D’ailleurs, elle n’aura jamais vu la France occupée par les Allemands. Le lendemain, elle descend les Champs-Elysées, derrière de Gaulle et ses compagnons de lutte.
Après quelques semaines comme correspondante de guerre, Élisabeth (la photo ci-dessus date de cette période-là) accepte d’organiser le service de presse rattaché à la présidence du gouvernement provisoire.
Puis elle intègre le ministère des Affaires étrangères, et assiste notamment à la conférence de San Francisco, pendant laquelle l’ONU est créée. Elle manque le défilé de la victoire du 8 mai 1945.
Tout en travaillant aux Affaires étrangères - son attachement au rayonnement de la France et son intérêt pour les langues l’aidant sans doute à cela -, Élisabeth entend un appel particulier. « Tout d’un coup, tel passage de l’évangile que l’on avait lu souvent prend un ton irrésistible : "Jésus, l’ayant regardé, lui dit : Viens." » Après un temps de discernement - elle a alors 33 ans -, elle entre au carmel de Nogent, près de Paris, le 1er février 1949.
Cette expérience ne va pas se dérouler comme prévu. Le manque de sommeil et l’intransigeance de la mère supérieure l’épuisent fortement. Sans avoir fait de vœux définitifs, elle quitte le carmel en 1954. « Dieu est fidèle, s’il a permis cette épreuve c’est pour me faire prendre une autre route, affirme-t-elle. Le Carmel m’a délivrée de bien des attaches. »
Dans sa cellule, elle a écrit l’une des toutes premières biographies d’Edith Stein, juive et carmélite. Cet ouvrage est paru sous le nom Comme l’or purifié par le feu. Edith Stein 1891-1942. Elle publiera également par la suite une biographie du bienheureux Vladimir Ghika, prêtre roumain, et une autre du vénérable Giorgio La Pira, homme politique italien.
La carrière diplomatique d'Élisabeth la conduira des années 1950 aux années 1970 à Berne, Rabat, Santiago du Chili, et enfin Innsbruck et Florence, où elle sera consule générale.
Le 29 mars 2005, Élisabeth de Miribel meurt à Paris, à l’âge de 89 ans. Celle qui fut élevée au grade d’officier de la Légion d’honneur et reçut la médaille de la Résistance laisse un héritage de foi et de liberté, résumé notamment dans l’une de ses phrases : « L’essentiel, n’est-ce pas d’avoir cherché, consciemment ou non, à être qui l’on est ? » Solange Pinilla
Photo © Thérèse Bonney/ The Bancroft Library CC BY 4.0






















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