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5 pistes pour mieux aimer les personnes



Cet article est extrait de Zélie n°88 - Octobre 2023, à télécharger gratuitement.



« Voyez comme ils s’aiment », disait-on des chrétiens en les voyant vivre. Évidemment, ce n’est pas toujours le cas... Le Père Paul Dollié, riche de son expérience paroissiale, a remarqué que nos comportements peuvent barrer même l’accès à l’Évangile. Il a donc lancé le parcours « Vivre ensemble, mode d’emploi », qui propose des outils humains et spirituels pour s’aimer vraiment comme des frères.



« J'ai compris qu’avoir une relation saine avec mes proches est la première mission que Dieu m’invite à travailler pour rayonner de l’amour de Dieu », raconte le Père Paul Dollié dans Vivre nos relations dans la paix (EdB). Ce curé avait en effet remarqué que la communauté paroissiale - y compris lui-même -, par ses petits dysfonctionnements, faisait obstacle à la mission, en ne vivant pas la vie fraternelle qu’elle annonçait.


Paul Dollié s’appuie sur l’épître de Jacques pour évoquer les principales maladies autour de la relation à l’autre, que ce soit en famille, au travail, en Église ou ailleurs. Le parcours « Vivre ensemble, mode d’emploi » qu’il a lancé est disponible en ligne ; il peut être suivi sur un an par petit groupe, et existe sous forme de retraite. Nous avons extrait du livre de Paul Dollié quelques suggestions intéressantes pour tous.



1 Avant d’agir, regarder si l’on est en communion avec les autres


Mener de beaux projets, c’est bien. Mais il finiront tôt ou tard par échouer, si l’on n’est pas d’abord « ensemble ». « Ne partons pas trop vite sans vérifier que nous sommes bien en communion les uns avec les autres, souligne Paul Dollié. Vérifions, par un simple regard en soi, que nous sommes heureux d’être ensemble ; qu’il n’y a pas de perdants dans le groupe que nous formons, de personnes lésées, utilisées ; qu’il n’y a pas de non-dits entre nous, de pardons qui peinent à être donnés. »


Une comparaison parlante est celle de l’équipe de foot : une équipe soudée, avec des joueurs moyens, a bien plus de force qu’une équipe bonne techniquement, mais qui n’a pas le sens de la communion.


Dans l’Église du Christ, cette communion est d’autant plus nécessaire qu’elle est le « premier cercle » du Seigneur, ainsi qu’il le déclare le soir du Jeudi saint : « Je prie pour eux (les Douze) ; ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi. (...) Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi » (Jean 17, 9.21).


Quand on est la lumière du monde et le sel de la terre, on a une « sacrée » responsabilité. Car le « second cercle » bénéficie de l’unité qui existe entre les membres du premier cercle !



2 Entrer en relation avec l’autre sans l’utiliser


« Imaginez qu’en tant que curé de paroisse, à la fin de la messe, je prenne plus de temps sur le parvis avec ceux que j’imaginerais plus intéressants pour mon ministère, le denier de l’Église ou mon bien-être personnel », s’exclame Paul Dollié. Parfois, on entre en relation avec l’autre en raison de sa réputation, des biens matériels ou des services rendus qu’il nous procure, de l’écoute qu’il nous offre...


Un autre exemple de l’auteur de Vivre nos relations dans la paix : « Je pense à cette fleuriste bénévole en paroisse, qui était là depuis de nombreuses années et que, depuis mon arrivée, je n’avais pas rencontrée pour faire le point. Bref, je "l’utilisais", sans me poser beaucoup de questions. Un jour, sans me prévenir, elle vient me voir pour me dire : "J’arrête tout". Dans cet arrêt brutal, il y avait des années de petites difficultés non exprimées, de besoins non formulés, de paroles valorisantes absentes de ma bouche ». Dès lors, il est important de demander aux personnes avec lesquelles nous travaillons ou vivons : « Comment vis-tu tes missions ? »


Pour sortir des relations utilitaristes, il est précieux de s’interroger sur ses intentions véritables : si l’on demande un service à son enfant, est-ce pour l’éduquer, ou pour l’utiliser car on n’a pas envie de le faire ?


Dans Aimer sans utiliser - un livre très instructif sur ce sujet -, le Père Pascal Ide souligne que cela peut aussi arriver au sein du couple. De fait, si l’on a réparti les tâches domestiques avec son conjoint il y a longtemps, est-ce qu’on en reparle régulièrement pour vérifier que chacun est toujours d’accord, et qu’il ne se sent pas utilisé ?



3 Agir de manière décentrée de soi


Plutôt que rapporter souvent les choses à son propre intérêt, aimer en vérité consiste à les réaliser sans attendre de retour.


Agir pour recevoir de la reconnaissance n’est pas un acte d’amour véritable - mais on peut se féliciter soi-même ! Mieux vaut aussi écouter l’autre en s’intéressant vraiment à lui, et sans ajouter « Moi aussi, justement... ».


Paul Dollié cite ces autres pistes : au téléphone, écouter sans faire autre chose en même temps. Ramasser des déchets alors que personne ne me voit. Discuter avec une personne qui ne nous apportera rien a priori. Prier pour quelqu’un... D’ailleurs, confier au Seigneur quelqu’un qu’on apprécie peu nous aidera à l’aimer davantage, au-delà de ses seuls comportements, nous approchant ainsi de la façon dont Dieu lui-même l’aime.



4 Arrêter la médisance


Les paroles sont puissantes, en bien comme en mal ! Une parole fausse (calomnie) ou inappropriée sur quelqu’un (médisance) se propage à grande vitesse et on ne peut la maîtriser.


Pensons à l’adage : « Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose », et à saint Philippe Néri qui avait demandé à une femme ayant été médisante de disperser les plumes d’une poule à travers la ville, et d’ensuite essayer de toutes les récupérer... Impossible, à l’image d’une critique qui se diffuse de manière incontrôlable. Pierre Goursat, fondateur de la communauté de l’Emmanuel, avait proposé à celle-ci d’avoir une seule règle : « La non-critique, même en plaisantant ».


Mais alors, que faire quand le comportement d’une personne nous pose vraiment problème ? Au lieu d’en parler avec d’autres, mieux vaut en discuter directement avec celle-ci, ce qui demande parfois du courage. C’est ce à quoi invite Jésus : « Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins » (Mt 18, 15-16).


Parfois, l’autre ne se rend même pas compte du mal qu’il fait. L’aider à en prendre conscience et à progresser est en fait une façon de l’aimer. Bien sûr, c’est mieux si on a aussi l’habitude de lui faire des compliments. (D’ailleurs, on peut citer aussi la « méthode sandwich », utile par mail par exemple, même si l’idéal est de vive voix : un compliment, un reproche, un compliment.)


Et si la personne n’écoute pas, demander à une personne de confiance appréciée par les deux parties, ou à un médiateur professionnel dans certains cas - conflits au travail ou familiaux notamment -, peut permettre, autant qu’il est possible, de résoudre le conflit et de rétablir le lien.



5 Pratiquer avec délicatesse la correction fraternelle.


Saint Jacques y invite : « Si l’un de vous s’égare loin de la vérité et qu’un autre l’y ramène, alors, sachez-le : celui qui ramène un pécheur du chemin où il s’égarait sauvera son âme de la mort et couvrira une multitude de péchés » (Jc 5, 19-20). La correction fraternelle dépasse le champ de l’offense qui nous est faite ; elle doit être effectuée dans le but du bien de l’autre.


Bien sûr, mieux vaut le faire de manière subtile, car la vérité ne va pas sans la charité. Par exemple : « Est-ce que tu veux un retour sur ce que tu fais ? », « Si oui, à quel moment ? », « Je voudrais te parler d’une chose importante, quand serais-tu disponible ? ».


Il est également bon d’être soi-même disponible à la correction fraternelle, car « nous sommes souvent très lucides sur les défauts des autres et aveuglés sur notre propre personne (la paille et la poutre) », comme le rappelle Paul Dollié. On peut demander de quelle manière on est perçu, afin de pouvoir progresser et mieux aimer les autres. L’occasion de grandir dans une juste humilité, l’alliée de l’amour ! Solange Pinilla




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