Matières et formes : des vêtements qui nous révèlent


Photos : Marque de mode © Héroïnes

Nous avons testé pour vous l’atelier « Matières et structures » des ateliers Illuminessence de Bénédicte Delvolvé. L’objectif : découvrir les matières textiles accordées à notre rythme intérieur, et les coupes qui soulignent l’architecture de notre corps. Reportage.

Il y a quelques mois, nous vous racontions l’atelier « Couleurs et rayonnement » des ateliers Illuminessence (voir Zélie n°44, pages 17 à 19). Le second rendez-vous s’appelle « Matières et structures » ; cette fois-ci, il s’est fait en individuel, même s’il est possible de le suivre en groupe restreint.

Par une après-midi de juin, nous retrouvons Bénédicte Delvolvé dans un appartement parisien. Les valeurs qui entourent cet atelier sont affichées au mur : « respect, bienveillance, confidentialité, lâcher-prise, ici et maintenant ». C’est en effet une ambiance calme et chaleureuse qui marque ce rendez-vous durant quatre heures.

Bénédicte rappelle que l’atelier de colorimétrie a permis de connaître la palette qui souligne le mieux le rayonnement de notre peau, en lien avec des qualités qui nous sont propres ; nous avions découvert que nos couleurs sont celles, froides, intenses et profondes, de l’Hiver, en lien avec une capacité à aller à l’essentiel, à la rigueur et à l’intensité. Cette approche, qui doit rester un outil et non enfermer, est apparue très pertinente au fil des mois, dans le choix de nos vêtements.

L’atelier présent, inspiré, comme pour les couleurs, de la méthode La Métamorphose, est consacré aux matières qui vont accompagner le mouvement du corps. Elles sont reliées quatre éléments respectivement : matières aériennes (air), fluides (eau), denses (terre) ou brillantes (feu). La seconde partie de l’atelier vise à révéler les formes qui valorisent notre structure corporelle : ligne, losange, cercle.

D’abord, les matières. « Elles vont souligner le mouvement de notre corps mais aussi notre rythme intérieur, affirme Bénédicte Delvolvé. Quand on sent le tissu sur notre peau, on peut expérimenter si notre corps l’accueille ou le rejette. »

Premier élément : l’air. C’est un mouvement léger, vaporeux, libre et pétillant. On le retrouve dans le voile de coton, qui, lorsqu’on le lance en l’air, flotte un instant avant de retomber. On peut retrouver ce mouvement dans des matières qui contiennent de l’air : toile de coton fine et légère, lainage aéré en angora, gaze, flanelle légère... Ce n’est pas tant la matière première qui compte, mais la manière dont la trame est tissée : le voile de coton a une texture très différente du coton des jeans. Selon cette approche, le mouvement rapide, délicat et aléatoire des matières air va souvent de pair avec des personnes actives, spontanées et pétillantes. « Elles ont un réservoir émotionnel assez petit, et passent du rire au larmes », détaille Bénédicte.

Ensuite, l’eau. Celle-ci est attirée par le sol, en cascade, et épouse les reliefs de la terre. Le mouvement des matières eau est donc fluide, souple et ondulant. Il est présent dans les vêtements en jersey, en soie ou encore en bambou. Selon Bénédicte, le mouvement de l’eau s’accorde avec les personnes douces, sensibles, à l’intuition forte, et qui ont besoin de temps pour intégrer les émotions, avant de les exprimer.

L’élément terre offre un mouvement qui accueille, porte et nourrit. Les matières liées à la terre sont denses, enveloppantes et moelleuses. Ce mouvement se trouve notamment dans les textiles qui contiennent de la laine, dans le velours, la flanelle et le coton épais. « La personne à qui conviennent les matières terre, offre une présence solide et juste et vit ses émotions de manière plus mesurée », explique Bénédicte.

Enfin, le feu. Son mouvement rapide et changeant est associé à l’énergie et au chatoiement. Il se trouve particulièrement dans le taffetas, la soie sauvage, la dentelle et les autres matières bruyantes et brillantes. « On peut entrer dans cette matière, elle tient toute seule, souligne l’animatrice. J’ai observé que les personnes « feu » aiment porter des talons et des paillettes ; même si elles ont des boucles d’oreille et un collier, ce n’est jamais trop voyant ! » Ces personnalités intenses et flamboyantes sont souvent des personnages de scène, des leaders, énergiques et infatigables.

Cependant, étant des êtres complexes et singuliers en quête d’équilibre, nous ne présentons pas qu’un seul mouvement, mais plutôt l’un qui domine et l’autre sous-jacent. « On peut être eau et feu, c’est-à-dire douceur et énergie, ou encore terre et feu, pépite ancrée et dynamique ».

Cette approche permet de mieux accepter que les personnes que nous côtoyons soient différentes de nous, plutôt que de s’étonner qu’elles ne nous ressemblent pas. Le monde a besoin de chacune, qu’elle soit calme ou sonore, lente ou rapide, adepte de la sobriété ou fan de paillettes. De la même façon que dans le cosmos, l’air, l’eau, la terre et le feu sont tous nécessaires.

Place à la pratique ! D’abord, Bénédicte nous fait toucher des matières différentes afin de les qualifier – douces, rigides, élastiques... - et de les associer à un élément. Portant un haut sans manches pour mieux sentir le tissu sur notre peau et laisser parler notre corps, les yeux fermés, nous laissons Bénédicte poser sur nos épaules des écharpes, manteaux et étoles de différentes matières. « Que ressentez-vous ? Est-ce le tissu qui s’adapte à vous, ou l’inverse ? », demande-t-elle à chaque essayage.

Pour ce qui nous concerne, certaines matières nous semblent trop fuyantes et glissantes (eau), rigides et inconfortables (feu), trop légères et transparentes (air)... Ou réchauffantes et enveloppantes (terre) ! Dans matières « terre », douces et lourdes, nous nous sentons bien – alors que, ouvrant les yeux avec un tissu brillant « feu », nous avons l’impression d’être déguisée ! Le mouvement sous-jacent - mais particulièrement minoritaire chez nous, nous dirions environ 90 % terre et 10 % du second élément - sera celui des matières « eau », car son mouvement souple et descendant s’harmonise avec une part de nous-même.

Bénédicte nous conseille alors de porter, en-dessous, des matières eau - des collants, des hauts réchauffants de type Damart, des pantalons en chino -, et au-dessus des vêtements terre denses, structurés et mats : manteau en laine bouillie, pull en angora, veste structurée, gilet, col en fourrure à poils courts, robe en denim, haut en coton et lin, ceinture en cuir mat... Pour une personne air, ces vêtements auraient un effet « couverture » ! Côté accessoires pour le mouvement terre, mieux vaut privilégier des bijoux en matières naturelles, comme le bois, et pour les chaussures, bottes, bottines, et – nous le faisions déjà – absence de talons pour être bien ancré au sol.

Côté mouvement intérieur, nous nous retrouvons tout à fait dans celui de la terre, qui est d’accueillir en soi, et ici, d’inscrire, d’écrire et d’emmagasiner – pour nous, pas tant des biens matériels mais plutôt des connaissances. Ce mouvement est celui associé à l’automne, saison que nous préférons, et la terre nous parle en effet : nous aimons la montagne, et apprécions nous allonger sur l’herbe dans un sentiment de sécurité intérieure. Quant au mouvement sous-jacent, qui serait lié à la façon dont nous interagissons avec nos proches, nous reconnaissons dans celui de l’eau la manière de transmettre avec douceur et adaptabilité.

Seconde partie de l’atelier : les structures ! Cette fois, il s’agit d’accompagner la structure du corps, celle qui est la nôtre de façon permanente, « au-delà d’une question de kilos, qui relève d’un météo changeante », précise Bénédicte, pensant notamment au poids pris pendant une grossesse. Trois structures dominantes existent, la Ligne, le Losange et le Cercle ; mais à celle qui sera la nôtre, s’ajoute une structure sous-jacente qui offre une spécificité. Selon cette approche, la structure extérieure est en lien avec notre façon intérieure d’être en relation avec les autres.

La structure Ligne s’articule autour de la colonne vertébrale de la personne et de sa verticalité : « Le regard monte vers son visage ». La monochromie des vêtements est alors préférable, ainsi que les longues vestes et les robes droites et près du corps. Bijoux effilés et cheveux longs accompagneront ce mouvement. « La personne Ligne avance droite et seule, et on la suit », affirme Bénédicte.

La silhouette Losange concerne des personnes dont on voit en premier les articulations, car elles sont fines : la taille, les poignets, les chevilles... Les vêtements Losange s’arrêtent donc avant le coude, le poignet ou encore le genou. Par la délicatesse d’une robe portefeuille ou d’une forme cache-cœur, l’attitude légère et pétillante se révélera, et le regard arrivera au visage. Ce lien entre deux membres du corps se retrouve, chez la personne Losange, dans sa façon de faire le lien entre des idées, ou d’être en binôme.

Enfin le Cercle désigne une structure où l’on voit d’abord l’aspect plein, charnu et voluptueux de la personne, de sa bouche, ses hanches ou sa poitrine. « Le Cercle n’est pas à la mode », observe Bénédicte - en effet, les mannequins en mode sont pour beaucoup de structure Ligne, et parfois Losange (c’est le cas pour la personne de la photo de droite ci-dessus, même si son vêtement est Cercle).

Pour ces personnes, des formes arrondies vont épouser la douceur du Cercle : décolleté rond, manches ballon, jupe corolle, bout de chaussures arrondi... L’idée est de favoriser une spirale qui irait des pieds à la tête, en variant les couleurs. On retrouve cette douceur circulaire dans certaines robes créoles, par exemple. « Si l’on a un complexe de hanches ou de poitrine, on peut ne pas couper à cet endroit, et préférer la monochromie », précise Bénédicte. Le Cercle est associé au fonctionnement en groupe et à une attitude nourricière.

Comment savoir quelles sont nos structures corporelles ? Pour le découvrir, dans cet atelier, nous nous dirigeons vers le miroir, vêtue d’un haut sans manches et d’un legging, et nous fermons les yeux. Bénédicte nous revêt d’abord d’un long drap qui arrive jusqu’aux chevilles, et qui forme, grâce à des pinces, une robe sans manches avec un long décolleté fin : c’est la structure Ligne. Nous voyons si cela nous convient. Ensuite, les draps se transforment en haut cache-cœur avec une jupe trapèze : c’est la tenue Losange. Puis un décolleté rond et une jupe très froncée taille basse, qui s’arrête au niveau où c’est charnu : Cercle.

Verdict : la structure dominante chez nous est le Losange, qui met en valeur notre taille fine, s’évasant ensuite autour de nos hanches plutôt larges. à nous de privilégier alors les vêtements structurés, qui s’arrêtent avant la cheville ou le coude par exemple, les cols en V, les chaussures à bout pointu ou en amande, ou encore les salomés à bride. Côté coiffure, une raie asymétrique et un carré plongeant conviennent aux cheveux des personnes Losange, alors que pour les Cercles, mieux vaudrait privilégier des coupes de cheveux souples et des chignons arrondis.

Chez nous, le Cercle est sous-jacent, car nous avons aussi un visage plein, une bouche charnue, des hanches arrondies. Bénédicte nous conseille de porter des boucles d’oreilles créoles pour accompagner la douceur du Cercle, mais pourquoi pas aussi des boucles d’oreille Losange ou des dormeuses. Le sac à main peut être rond ou en forme de losange. Enfin, en raison de notre taille plutôt haute, la verticalité sera soulignée par une robe monochrome.

Les hommes ont moins de choix dans les coupes de leurs vêtements, qui sont souvent de forme Ligne ; le Cercle, par exemple, sera apporté par certains détails : pull à col rond, montre circulaire, chaussures à bout rond...

Au terme de ces ateliers, nous savons qu’en ce qui nous concerne personnellement, notre beauté intérieure et notre beauté extérieure sont alignées quand nous portons des vêtements Hiver-Losange-Terre. Cela forme un équilibre entre les couleurs sobres de l’Hiver, les formes délicates du Printemps (Losange) et le mouvement généreux de l’Automne (Terre).

Avec cette approche, chaque personne est belle, telle qu’elle est maintenant, sans avoir besoin de changer ou de s’adapter à une silhouette idéale imposée. « Pour certaines femmes qui n’assumaient pas leurs rondeurs et s’habillaient en « sac », quelque chose se passe quand on les ceinture. Il apparaît quelque chose de joli, d’épanoui, d’harmonieux. » Ce chemin d’accueil permet de mieux s’accepter soi-même et de prendre conscience de son unicité, don reçu de Dieu. Solange Pinilla

Trouver sa beauté unique

Au lieu de s’habiller en fonction des autres ou des conventions, on devrait se vêtir selon sa singularité et ainsi mieux se respecter. « Beaucoup de personnes qui participent à ces ateliers prennent conscience qu’elles se sont sur-adaptées et qu’elles veulent retrouver leur identité, explique Bénédicte Delvolvé. En cela, le chemin compte plus de le résultat ». Elle souligne que plus on apprend s’accepter telle que l’on est, plus on rayonne vers l’extérieur, plus on ose être soi, et plus on offre sa beauté et son unicité au monde.

Lire le reste de Zélie n°54 - Juillet-Août 2020

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