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Témoignages : vos cheveux et vous




Nous vous avons proposé de parler de vos cheveux, grâce à un appel à témoignages. Un grand merci pour tous vos récits ! La chevelure, cette partie de nous dont nous pouvons nous séparer, n’est pas sans significations. Nos plus de 100 000 cheveux, qu’ils soient bruns, blonds, noirs, roux, gris ou blancs, naturels ou teints, sont porteurs de diverses charges symboliques : beauté, séduction, liberté, don de soi, santé, maladie, image de soi, vieillesse, perte, souvenir... Ils racontent, à leur manière, notre vie. Témoignages.



Nolwen : apprivoiser des cheveux abhorrés


« J’ai détesté mes cheveux une partie de ma vie. Être née bouclée, quasi frisottée, ce n’est pas un cadeau. à coiffer, à démêler, ah ces coups de brosse, ces cheveux tirés, ces boucles détestées ! J’avais beau essayer de les mater, hop, la moindre averse, la moindre humidité, cela repartait !


A une kermesse au primaire, la religieuse qui devait me donner mon cadeau de loterie l’a changé sous mon nez en me donnant un peigne en plastique et en m’ordonnant d’aller me coiffer, avec un regard noir, comme si c’était de ma faute si Dieu m’avait donné cette chevelure que je n’avais jamais demandée ! J’ai gardé longtemps au cœur ce rejet brutal, quasi haineux, pour la petite fille que j’étais.


Mes camarades de classe n’étaient pas en reste, allaient jusqu’à me les tirer, attacher ma natte au banc ou essayer de les couper. Au collège on m’appelait Louis XIV, irrespect total envers ce grand suzerain à mon avis, dont la perruque bien ordonnée avait plus de quoi faire envie que la mienne ! Bref, à quinze ans, je les ai coupés courts - ce fut encore pire, mouton frisé.


Puis j’ai grandi. J’ai eu des amies, des vraies. Elles m’ont regardée comme si ma tignasse n’existait pas, ou encore comme si c’était normal ou même beau. Elles ont pris la brosse, m’ont nattée, ont ri avec moi. Bref, nous avons parlé entre filles. De ce que nous aurions aimé être, de ce que nous étions. Puis nous avons accepté chacune plein de choses, en les regardant autrement parce que nous les regardions ensemble.


J’ai toujours tendance à natter, tirer, tourner en chignon mes boucles bien serrés - mais de plus en plus je les lâche au grand vent. Il y en a un qui est content, c’est mon mari ! » Nolwen



Lucy : couper les cheveux pour couper le cordon


« Mes cheveux ont été le symbole de ma relation fusionnelle avec mon père. Je suis née blonde comme les blés, et ma couleur de cheveux a toujours fait l’admiration de mon entourage.


Toute petite, dès 3 ou 4 ans, mon père m’a éduquée avec l’idée que les cheveux longs étaient les plus beaux. J’ai donc laissé pousser mes cheveux, en m’identifiant aux princesses, comme la Belle au bois dormant ou Raiponce - qui était mon surnom.


En grandissant, ma chevelure faisait ma particularité, mais était aussi l’objet de jalousie. à l’école, on m’a plusieurs fois coupé une mèche de cheveux par méchanceté.


Au début de l’adolescence, le besoin d’être « comme tout le monde » s’est fait ressentir, et j’ai exprimé mon désir de couper ces cheveux, à la fois « poids » sur mes épaules et fierté paternelle. J’ai reçu l’interdiction suprême de mon père de ne pas les couper, et je l’ai donc respectée.

En grandissant, j’ai remarqué aussi que mes cheveux étaient « comme de l’or » dans les yeux des garçons, alors j’ai continué d’entretenir cette chevelure qui tombait jusque sous mes reins.


A l’âge de 20 ans, est venu le moment de prendre mon envol. Et le désir de couper mes cheveux est devenu celui de couper le cordon. Je savais que cette décision marquerait la fin de mon statut de petite fille auprès de mon père. Et ce qui peut sembler être un acte lambda, à été l’acte fondateur d’une nouvelle relation filiale.


A 22 ans, j’ai demandé à une amie de couper ces cheveux, si symboliques. Le bruit des ciseaux sur les mèches était celui qui coupait le cordon.


A la vue de ces nouveaux cheveux tombant aux épaules, « courts » dans la bouche de mon père, l’orage est passé mais a ouvert sur une relation d’adulte à adulte, saine et sereine entre nous.


Et même si, quelques années plus tard, la décision de faire un carré court a évidemment été sujet à de piquantes réflexions paternelles, cela est aujourd’hui un sujet de rires entre nous. » Lucy



Rossana : vendre ses cheveux comme Jo March


« Petite, en raison d’une intense activité sportive, je gardais les cheveux au carré.


J’ai profité des années universitaires pour les laisser pousser. Tout juste diplômée, je reçois une offre d’emploi en Normandie, à 1200 km de chez moi - je suis étrangère. Mais d’une part, les cheveux longs jusqu’aux cuisses ne sont pas du tout adaptés à mon futur style de vie et d’autre part, j’ai besoin d’argent pour financer le voyage. Je me souviens avoir lu, enfant, le roman Les quatre filles du docteur March, où la protagoniste vend ses cheveux afin de payer le voyage de son père, et j’avais depuis décidé de faire la même chose.


Je trouve une perruquière, qui coupe et achète volontiers ma natte : je suis prête pour ma nouvelle vie, une coiffure fraîche sur la tête. Me voici donc en France depuis 9 ans, grâce aussi à mes cheveux !


Est-ce que je les ai gardés courts ? Pas du tout, ils auront bientôt atteint la longueur de départ (voir la photo en page 9 de Zélie n°88 - Octobre 2023). Mais les premiers cheveux blancs pointent, ils sont prêts pour se transformer de nouveau en perruque. Gratuitement, cette fois-ci. » Rossana



Virginie : aimer ses cheveux blancs


« J’ai les cheveux teints depuis mes 38 ans. Mes 50 ans arrivent. Mon mari se demande pourquoi je continue à les teindre. « Naturels, c’est bien ! », me dit-il. Notre petit dernier n’a que 8 ans ; je n’ai pas envie que l’on me prenne pour sa grand-mère...


Mon mari a le même âge que moi, sa barbe est poivre et sel. Il me plaît bien ! Petit élan féministe aussi : « Pourquoi est-ce que les femmes se teignent généralement et pas les hommes ? Et je ne vais pas le laisser seul dans cette gamme gris et blanc ! J’arrête la teinte... » Notre fils me dit : « Ne t’inquiète pas Maman, même si quelqu’un croit que tu es ma grand-mère, moi je te trouve très belle ».


Très vite, mes cheveux deviennent blancs - mais encore un peu multicolores dans la longueur... Et on ne m’a jamais autant complimentée : « ça te va si bien, ton teint est magnifique ! » Moi, ça me fait plaisir. Et nos selfies à deux avec mon mari sont en harmonie ! » Virginie



Claire : les cheveux à l’épreuve du cancer


« Mes cheveux et moi... Une longue histoire ! Châtains, frisés voire crépus, volumineux : à l’adolescence, je les maudissais. Mais avec le temps, j’ai appris à les aimer ! Au fil des ans et de mes grossesses, mes cheveux sont devenus moins crépus, plus sages et faciles à coiffer.


Ils étaient très longs quand on m’a diagnostiqué un cancer, à l’âge de 36 ans. Juste avant ma première chimio, je me suis fait raccourcir les cheveux - aux épaules, je n’étais pas encore prête pour la coupe à la garçonne. La coiffeuse m’a proposé de faire don de mes cheveux pour contribuer à la fabrication d’une perruque. J’étais heureuse de pouvoir donner un sens à ce sacrifice, d’autant plus que faire ce don me trottait dans la tête depuis un moment mais je n’arrivais pas à franchir le pas.


Finalement, la chute des cheveux n’a pas été trop éprouvante moralement, j’étais en mode « guerrière », portée par l’affection et la prière de nombreuses personnes. Les cheveux sont tombés par poignées, j’ai fini par prendre une tondeuse et me raser moi-même la tête. Je n’ai jamais porté de perruque : impossible de retrouver ma coiffure initiale dans les perruques qu’on m’a proposées - j’étais souvent coiffée en queue de cheval ou chignon.


J’ai vécu ces quelques mois chauve comme un œuf avec de jolis turbans ou foulards noués sur la tête ; l’absence de cheveux se laissait donc deviner, mais en même temps le cancer prenait tellement de place dans ma vie que je me suis dit : à quoi bon le cacher ? Ceci dit, je ne me suis jamais exhibée tête nue même devant mes proches - à part mon mari, et encore j’ai mis du temps -, l’absence de cheveux pour une femme étant assez choquant, car synonyme de cancer bien souvent.


Puis est arrivé le temps béni de la guérison et de la repousse des cheveux. Ils ont repoussé très bruns, sans un cheveu blanc (ouf, c’était ma crainte !). J’ai expérimenté la coupe à la Cristina Cordula ! Pour une coupe à la garçonne réussie, j’ai remarqué qu’il fallait l’accompagner d’une belle paire de boucles d’oreilles et d’un maquillage soigné, sinon ça donne un aspect dur et pas très féminin.


J’ai eu beaucoup de compliments, le retour des cheveux redonnant un aspect normal à ma personne. Ensuite il a fallu pas mal de patience pour retrouver une bonne longueur : entre la coupe à la garçonne et le carré, ça prend du temps, et ce n’est pas toujours très esthétique. Les quatre années qui ont suivi, je les ai souvent recoupés, ayant pris goût à une coupe plutôt courte. » Claire


Textes recueillis par S. P.


Photo Unsplash


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