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Marthe et Marie, jumelles uniques





Vraies jumelles depuis 39 ans, Marie Giraud (à gauche sur la photo) et Marthe Boudoux d’Hautefeuille (à droite) n’ont pas toujours été si proches. Cependant, les deux sœurs, chacune mariée et mère de cinq enfants, communiquent au moins une fois par jour et ont une connivence forte.



L'histoire commence à la Chapelle de la rue du Bac, à Paris, il y a 40 ans. C’est là que les parents de Marthe et Marie, ayant deux garçons, demandent à la Vierge Marie une dernière grossesse. « Ils pensaient ne pas pouvoir avoir beaucoup d’enfants et ils se sont dit qu’une grossesse pour deux enfants, ce serait mieux ; et si possible, des filles ! », raconte Marthe. Joie : une naissance gémellaire s’annonce.


Quand les deux petites filles naissent - « alors que le médecin avait dit que la grossesse n’irait pas jusqu’au bout », précise Marthe -, leurs parents les appellent par les prénoms des deux sœurs de Béthanie, Marthe et Marie. « Ce n’est pas un hasard, précise Marie. Les prénoms de nos deux frères et de notre petite sœur sont également évangéliques. Si nous avions été des garçons, nos parents nous auraient prénommés Pierre et Paul ! »


Elle ajoute : « Ma sœur Marthe, c’est une vraie Marthe, toujours dans l’action. Et moi, je suis une vraie Marie : avec un temps de retard. » « Et elle est compatissante », ajoute sa sœur avec affection.


Malgré ces prénoms associés, les deux fillettes sont élevées avec un souci de différenciation. « Nos parents ont voulu élever deux sœurs plutôt que deux jumelles, raconte Marie. Ils ne nous appelaient pas "les jumelles". Ils nous mettaient le même type de vêtement, mais de deux couleurs différentes : Marthe dans les bleus et verts et moi dans les rouges et roses. »


Dans l’enfance, l’entente est loin d’être parfaite entre elles, si bien que leurs parents doivent acheter un deuxième parc, pour qu’elles arrêtent de se disputer.


« A l’adolescence, chacune avait ses amies et ne voulait pas les partager, se souvient Marthe. Après la 3e, nous avons suivi des études différentes. Puis nous nous sommes rapprochées après le bac et avons vécu en colocation. Nous étions fusionnelles : quand l’une parlait, l’autre finissait la phrase. Puis Marie s’est mariée... » Celle-ci poursuit : « Heureusement, car sinon nous serions restées dans notre bulle. Quand Marthe s’est mariée à son tour, elle a rejoint ma réalité ».


Les deux femmes expliquent comment cette relation entre jumelles a participé à leur construction de jeunes filles : « Marthe m’a épaulée, car je suis hypersensible et assez craintive, raconte Marie. Elle a été un soutien pour moi, et je le lui rends maintenant. Avant, Marie était dans l’ombre de Marthe ; aujourd’hui, Marthe s’appuie un peu plus sur Marie. En fait, en tant que jumelles, chacune apportait à l’autre ce qui lui manquait, d’autant que nous avons vécu les mêmes problématiques en même temps. Par exemple, nous avons prononcé notre promesse scoute la même nuit ».


Aujourd’hui, le duo se téléphone chaque semaine, une à deux heures, et s’écrit par message au moins une fois par jour. « Cependant, mon mari ne m’a jamais dit que j’étais trop proche de ma sœur, cela n’empiète pas sur nos relations familiales respectives », déclare Marie.


Sa sœur complète : « On est comme de meilleures amies : on s’appelle, on vide notre sac, on partage nos petites misères et nos joies. Mon mari me dit que ma sœur et moi avons une relation spéciale, mais cela ne le dérange pas ». Marie raconte : « Parfois, je sens comme une alarme : "Il faut peut-être que j’envoie un message à Marthe..." Et justement, c’est le bon moment ! »


Chacune ayant fondé sa propre famille, le quotidien des sœurs diffère davantage aujourd’hui. « Mon mari est militaire, explique Marie, donc je déménage beaucoup, alors que Marthe est plus sédentaire. Avec son mari, ils font des travaux, et ont une implication locale et amicale durable, que je ne peux pas mener pareillement. »


Les deux familles se retrouvent parfois pour des week-ends. Il arrive alors que leurs enfants respectifs croient voir leur mère, alors que c’est leur tante : « Parfois, les petits demandent les bras, puis s’aperçoivent de leur erreur : "Ah non, ce n’est pas elle !" »


Quand Marie se rend à la Chapelle de la médaille miraculeuse où tout a commencé, elle a l’impression « d’arriver à la maison ». Marthe y pèlerine aussi : « Je viens remercier la Vierge Marie d’avoir exaucé mes parents... Car la vie est belle ! » Solange Pinilla



Photo © Coll. particulière

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