Sandrine Pauthier, bénévole à l’hôpital : « On donne, et on reçoit encore plus »



Soutenir les enfants malades : c’est l’engagement de Sandrine, 51 ans (photo), qui consacre du temps au bien-être des enfants du service de réanimation pédiatrique et neuro-pédiatrie à l’hôpital de Garches.


Dans une première partie de sa vie d’adulte, Sandrine Pauthier travaille dans les ressources humaines : chez un négociant et producteur de cacao, puis chez le groupe hôtelier Accor pendant dix ans. Elle décide ensuite de s’occuper à plein temps de ses jumelles de 2 ans. Après la naissance d’un troisième enfant, son mari et elle partent en famille à Singapour, puis à Düsseldorf en Allemagne. Cette expatriation dure huit années.


« De retour en France, j’hésitais à reprendre un travail, raconte Sandrine. A l’étranger, j’avais fait du bénévolat, et j’avais envie de m’engager auprès d’enfants. L’association SEM – Soutien aux enfants malades, située uniquement à l’hôpital public Raymond-Poincaré à Garches, a lancé sur Facebook un appel au don de matériel pour les enfants hospitalisés. En venant apporter des affaires, j’ai rencontré cette association et j’ai décidé de m’y engager. »


Régulièrement, Sandrine se rend dans le service de réanimation pédiatrique. Certains enfants et adolescents sont de passage après un accident, d’autres vivent là, d’autre encore font des séjours réguliers car ils sont lourdement handicapés. « Ils y vivent 3 mois, 6 mois, un an, et vont à l’école dans l’hôpital ». L’association SEM a été créée par des soignants de cet établissement qui souhaitaient apporter de la joie aux enfants, fêter les anniversaires, acquérir du matériel et trouver un peu d’aide extérieure. En plus de ces professionnels, l’association compte cinq membres bénévoles, qui n’ont pas d’activité professionnelle à l’hôpital.


« Nous écoutons les demandes des soignants pour les enfants et nous nous chargeons d’y répondre, explique Sandrine. Par exemple, s’ils ont besoin de Playmobils pour le centre de loisirs de l’école de l’hôpital, nous faisons un appel aux dons et nous nous chargeons d’aller chercher ceux-ci au domicile des donateurs. Nous nous occupons également d’organiser des événements et de communiquer sur l’association afin de trouver des financements pour nos projets. » En moyenne, Sandrine consacre une journée par semaine à son engagement bénévole.


Au départ, elle n’était pas chargée de jouer avec les enfants. La deuxième année, la psychologue du service a indiqué que certains malades n’avaient pas assez de visites. « Je suis donc allée jouer avec eux et leur chanter des chansons, avec l’accord des parents bien sûr. Je pense notamment à un garçon de 2 ans qui a vécu de sa naissance à 3 ans à l’hôpital et dont les parents habitaient loin... J’ai découvert que malgré la présence des soignants et des éducateurs, il arrive que des enfants hospitalisés pour de longues périodes n’aient pas assez de soins d’éveil, de contact et d’échanges, en plus de leur handicap ! Je ne pensais pas qu’aujourd’hui, en France, à cause d’un manque de moyens dans les hôpitaux, cela puisse exister. »


Lorsqu’elle était en expatriation, la mère de famille avait déjà effectué des activités bénévoles. A Singapour, elle a animé du catéchisme, de l’éveil à la foi et de la préparation à la Première communion, en lien avec le lycée français. Elle a également écrit des articles pour le journal local L’amitié des Françaises.


A Düsseldorf, elle s’est engagée à l’école internationale où ses enfants ont été scolarisés, et qui fait beaucoup appel aux parents. Elle a notamment effectué du « mentoring de transition » ; dans cette école anglophone, il s’agit de discuter avec un enfant qui ne parle pas encore anglais, de déjeuner avec lui et de voir s’il va bien. Sandrine a aussi fait partie du comité d’accueil de l’école, proposé l’éveil à la foi pendant la messe, puis enseigné à nouveau du catéchisme de retour en France.


« Le bénévolat propose énormément de champs possibles en fonction des compétences et du caractère de chacun », affirme-t-elle. Elle-même aime « faire des choses pour les autres ». Son expérience à l’étranger lui a donné une vision d’un monde où le bénévolat est très présent, même pour des tâches simples, comme à l’école en Allemagne, où il s’agissait d’aider les enfants de maternelle et primaire lors des déjeuners.


Elle voit d’autres bénéfices à l’activité bénévole : elle peut organiser ses journées de façon libre et dégager facilement du temps à passer avec ses enfants. De plus, d’après son expérience de bénévole, « la relation avec les autres est plus simple qu’en entreprise : chacun est volontaire et veut faire de son mieux, autour d’un but commun ». Elle ajoute : « Il n’y a pas d’intérêt personnel et de lutte de pouvoir dans l’association. Je vois aussi moins de stress et d’anxiété qu’en entreprise ».


Le fait d’œuvrer à l’hôpital l’inspire : « Si je reprends une activité professionnelle, je serais tentée par celle d’ergothérapeute ou de kinésithérapeute. D’autant que je ne pourrais pas reprendre mon métier dans les ressources humaines, là où je l’ai arrêté il y a 20 ans... ». Son expérience dans les RH est néanmoins bénéfique pour son activité bénévole : « Mes compétences qui servent le plus sont l’utilisation des outils informatiques, des réseaux sociaux et les montages photo et vidéo. C’est le cas aussi de mes compétences relationnelles, qui me permettent de m’adapter à chaque personne que je rencontre ».


Elle ajoute : « J’ai appris auprès des soignants à favoriser l’échange avec les patients. Se mettre à l’écoute de ce qui peut leur apporter de la joie, mais aussi apprendre à recevoir ce qu’ils nous offrent en les laissant être acteurs du don à leur tour ».


Ce que Sandrine aime le plus en tant que bénévole à l’hôpital, c’est sa relation avec les enfants, et de les voir joyeux. Elle a notamment été touchée par une jeune fille qui a longtemps séjourné à l’hôpital. « Maltraitée dans son enfance, elle a été placée en famille d’accueil. Alors qu’elle se reconstruisait, elle a eu un accident de trampoline qui l’a entièrement paralysée. A l’hôpital, je l’ai aidée à réviser son brevet. Un jour, je l’ai accompagnée en taxi voir un spectacle où jouait une comédienne en fauteuil roulant. Elle m’a confié : "Cette actrice m’a parlé d’une école particulière, cela me redonne espoir pour devenir artiste !". Dans ces petites actions bénévoles, je retire énormément de joie. On apporte aux autres, mais on reçoit encore plus en échange ! »


Elle apprécie également la relation avec les soignants : « J’ai appris auprès d’eux cette façon de vivre très naturelle et joyeuse, et de parler aux enfants comme s’ils n’étaient pas handicapés ni appareillés ». Sandrine aime aussi la relation avec les quatre autres bénévoles extérieurs à l’hôpital, qui sont devenus des amis. « Ces bénévoles mettent leurs convictions et leur foi au service de ces enfants qui ont besoin de beaucoup d’amour. »


Dans son engagement, elle vit plus difficilement les conflits qui peuvent parfois survenir au sein de l’hôpital, autour d’un projet par exemple. Par ailleurs, « depuis le Covid, des lits ont été fermés, car il n’y a plus suffisamment d’infirmières et d’aide-soignants... ». Enfin, bien sûr, le décès d’un enfant est toujours éprouvant.


Quand on lui demande s’il n’y aurait pas un risque d’épuisement dans son bénévolat, Sandrine nous rassure : « On se relaie les uns les autres, et on fait parfois appel à d’autres personnes, comme pour notre marché de Noël solidaire ».


A l’hôpital, les associations ont un rôle important, encouragé par l’administration, et complètent en quelque sorte le travail des soignants et de l’administration. « Si nous voulons réaménager une salle de vie, nous demandons d’abord si l’hôpital peut fournir les fonds ou non. L’association ne doit pas empiéter sur le rôle d’une autre organisation. Cependant, étant donné l’état du système hospitalier, c’est une bonne chose que des personnes donnent de leur temps gratuitement ! »


Pour Sandrine, on devrait, dans la société, développer davantage le bénévolat. Dans l’école primaire allemande de ses enfants, le système de notation comptait trois points pour une action de service. Cela donnait aux élèves la fierté d’avoir fait quelque chose pour quelqu’un : ramasser des papiers le long du Rhin, faire une vente d’artisanat malgache, jouer à de jeux de société avec les nouveaux arrivants dans l’école... Et si c’était une inspiration à développer plus largement avec nos jeunes ?

Solange Pinilla


Pour en savoir plus sur l’association > la-sem.com


Lire le reste du dossier "Valeur du bénévolat" dans Zélie n°76 - Septembre 2022


Photo : Lors de la fête des enfants de l’hôpital, Sandrine a aidé les jeunes patients à choisir des cadeaux. (c) Association SEM

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