Préparer un mariage « Laudato si’ »


Pour le mariage de Lucie et Phu, robe de seconde main, bouquet comportant du feuillage du jardin et photographe locale.



Pour un des plus beaux jours de leur vie, Mathilde, Lucie et Marion nous ont raconté ce qu’elles ont mis en place avec leur conjoint et leurs familles pour mieux respecter la Création, les créatures et le Créateur le jour J, au moins sur certains points.



Tenues, décoration, accueil des invités... Un mariage est souvent coûteux en énergie et en argent, car on veut que tout soit beau pour le jour où l’on va s’unir devant Dieu. Depuis quelques années, alors même que les mariages ont tendance à être de plus en plus fastueux – nos parents avaient peut-être simplement fêté leur mariage dans un restaurant -, des personnes essaient d’organiser un mariage plus respectueux de la Création.


Bien sûr, on ne peut choisir parfois que la solution la moins polluante. Chacun fait à sa mesure et est en chemin. De plus, comme témoigne Lucie, mariée l’été dernier avec Phu (photo) : « Je pense qu’il ne faut pas trop se mettre de pression, parce que l’organisation d’un mariage est déjà compliquée ».


Une robe de mariée ne se porte souvent qu’une fois, ce qui a une belle symbolique, mais, d’un point de vue écologique, n’est pas idéal. Mathilde, qui a épousé Rémi cette année, a acheté sa robe sur le site d’occasion entre particuliers Vinted : « Cela commence à 500 euros pour des robes qui étaient au départ à 1500 euros », précise-t-elle. Son mari a loué sa tenue dans une boutique spécialisée. Elle a aussi emprunté un châle blanc à une amie de sa sœur pour ne pas avoir froid à l’église.


Lucie a également choisi une robe de seconde main : « J’avais des adresses : Graine de coton, Dressing Club - davantage des modèles d’exposition que de la seconde main -, mais c’est finalement chez Fortunée que je trouvé la robe. La responsable de boutique est vraiment adorable et on y passe un vrai moment de qualité ! » Pour son mari, le gilet a été réalisé sur mesure avec le tissu traditionnel de son ethnie du Vietnam et une teinture végétale indigo, tissé à la main puis confectionné en France.


Quant à Marion et Sébastien, mariés depuis 2019, ils ont choisi certaines pièces qu’ils pourraient réutiliser ; lui porte encore, pour des occasions, son costume deux-pièces-cravate, s’amusant à dire : « Je vais à cette soirée dans ma tenue de marié ! »


Pour décorer la salle et les tables des invités, Mathilde et Rémi ont opté pour des fleurs locales et de saison : « Cela implique dans la commande de s’intéresser à ce qui fleurit pendant le mois de notre mariage ! Cela peut impliquer des innovations... comme mettre notamment du chardon bleu ! » Ils en ont trouvé dans un commerce du village d’à côté, qui proposait des fleurs françaises.


La famille de Mathilde a elle-même fait les bouquets et récupéré du lierre, des branchages d’olivier et des graminées cueillis dans la campagne ou le jardin. Pour les vases, la récupération de pots en verre d’olives, garnis d’un ruban, a été privilégiée, et ces pots seront réutilisés pour faire des confitures !


Quant aux centres de tables, « nous avons repris des serviettes en tissu vert du mariage d’une amie », souligne Mathilde. Au mariage de Marion et Sébastien, les lanternes du dîner ont été données à des amis qui allaient se marier ensuite. Même esprit de récupération pour Lucie et Phu : « Nous avons essayé d’utiliser ce qu’on avait déjà, comme des cartons pour faire des pancartes ».


Place au festin ! Actuellement, il semble compliqué de trouver un traiteur proposant une offre biologique en grandes quantités. « J’avais même comme rêve au début de faire un buffet avec uniquement des produits locaux et bio chinés par nos soins, mais c’eût été beaucoup trop de travail, sans compter ensuite la cuisine ! regrette Mathilde. C’est peut-être possible pour un brunch ou un mariage à 50 personnes : par exemple, un méchoui avec un agneau d’un éleveur local. »


La question de la viande, pas toujours compatible avec un élevage non intensif, a été soulevée par les personnes interrogées : Lucie a tenu à choisir de la volaille et non du bœuf ; Mathilde cite le cas d’amis qui ont servi du risotto à leur mariage ; et quant à Marion et Sébastien, la possibilité du plat sans viande a été proposée. « Pour moi, à une bonne soirée, il y a de la pizza, raconte-t-elle. Mon fiancé a répondu : "D’accord pour la pizza à notre mariage, s’il y a du tiramisu en dessert". » Au dîner, il y avait donc le choix entre pizza au poisson et pizza végétarienne ! « D’ailleurs, il y avait beaucoup trop de pizzas, donc quand la mère et ma tante ont vu des personnes sans-abri, elles leur ont donné des pizzas ! »


De façon générale, la simplification, voire pour certains une forme de frugalité, a été choisie : « Nous n’avons pas mis de fleurs dans la chapelle de l’église où nous nous sommes mariés, car elle venait d’être rénovée et était déjà magnifique », affirme Marion, qui évoque aussi le choix de ne pas prendre de voiture luxueuse pour les mariés : « Nous voulions montrer que nous étions heureux de ce que nous avions, une vieille Clio des années 2000 ! » Lucie a préféré ne pas préparer de petits cadeaux pour les invités : « J’ai l’impression que les cadeaux finissent souvent oubliés sur la table ou dans un placard ».


Quant au voyage de noces, parfois réalisé à l’autre bout du monde, on peut le vivre dans de beaux coins de France ou d’à côté : « Nous sommes partis dans le sud de l’Angleterre, dormant dans des Bed and Breakfast, et invités à la sortie de l’église par des paroissiens », se souvient Marion avec joie.


Respecter la Création va de pair avec le respect des créatures, car on le sait bien depuis Laudato si’ : « Tout est lié ». L’accueil des invités a été l’objet d’une attention particulière pour Mathilde et Rémi : « On voulait pas que ce soit une "fête à notre gloire", et on a même supprimé la fameuse entrée des mariés dans ce but. Plusieurs fois, lorsque nous avions des choix à faire, nous nous demandions : "Cela nous fait plaisir, mais est-ce que cela fait aussi plaisir à nos invités ?" C’était le cas des danses folkloriques : nous l’avons fait parce que plusieurs amis nous ont dit que ça leur plairait ».


La veille du mariage, Mathilde et son fiancé ont aussi prié l’Esprit-Saint pour qu’il aide à dénouer les cœurs et les conversations. « Un mariage, c’est aussi des relations humaines entre les mariés et leurs parents, donc c’était important de préserver ces relations et et que personne ne soit frustré ! », note Lucie, soulevant une question souvent délicate dans les préparatifs de mariage.


La place de Dieu, lorsqu’on veut se marier en respectant la Création, est centrale. « Nous disions en riant que nous nous mariions pour la plus grande gloire de Dieu et non pour la nôtre, se remémore Marion. Nous avons passé plus de temps à préparer la messe que le reste. »


Pour Lucie et Phu aussi, la messe était le moment le plus important : « Nous avons choisi des textes vraiment à notre image, et nous avons eu la chance d’avoir une magnifique chorale ». La semaine qui a précédé le mariage, les futurs époux et certains de leurs témoins ont passé une journée à Lourdes : « Cela nous a beaucoup portés ».


Dans la salle de réception, Rémi et Mathilde ont installé une icône religieuse « pour manifester que Dieu n’est pas relégué quand il s’agit de faire la fête et qu’il est même le premier invité des noces ! ». Le week-end d’avant, ils ont fait une retraite qui leur a permis de préparer davantage leurs cœurs et notamment « de replacer le plus important à la bonne place et d’oublier les problématiques de plan de table et de nappe ! ».


Marion ajoute un témoignage touchant : « Je crois que le plus beau geste envers Dieu, c’est mon père qui l’a fait : il n’est pas chrétien, et pourtant, il a passé plusieurs mois à travailler "Nous te saluons, ô toi Notre-Dame" et d’autres chants, afin d’accompagner la messe à la guitare ! Pour moi, Laudato si’, c’est aussi faire les choses par amour. A ce sujet, ma mère et ma tante ont préparé 200 navettes et 300 feuilletés maison pour le dîner : ça aussi, c’est de l’amour ! »


Eviter la surconsommation – selon ses capacités et sans exigence démesurée -, n’empêche une surabondance de joie et d’amour ! Elise Tablé


> Découvrir le reste de Zélie n°78 - Novembre 2022 (offert)


Photo © Anne-Claire de Colombel

Derniers articles