Nos compagnons les animaux



Notre relation personnelle avec les animaux est très variable, notamment si nous avons l’habitude d’en côtoyer dans notre maison ou non. Notre foi nous invite à un regard juste et émerveillé sur ces créatures de Dieu.



Les animaux sont-ils vraiment nos compagnons, littéralement, « ceux avec qui nous partageons notre pain » ? S’il est rare de casser la croûte avec un rhinocéros, les animaux domestiques nourris par nos soins (et qui ramassent parfois les miettes sous la table) sont d’étonnants compagnons.


En France, on compte 14 millions de chats - un chiffre en augmentation depuis 20 ans -, près de 8 millions de chiens et 32 millions de poissons domestiques, selon une enquête demandée par la Facco (Fédération des fabricants des aliments pour chiens, chats, oiseaux et autres animaux familiers). Un foyer français sur deux possède en effet au moins un animal de compagnie, d’après le ministère de l’Agriculture.


On observe d’ailleurs que la crise sanitaire a produit chez nombre de Français un déclic pour l’achat ou l’adoption d’un chat ou d’un chien : la SPA (Société protectrice des animaux) a enregistré en 2020 plus de 37 000 adoptions avec un taux de retour historiquement bas de 3,8 %. En Allemagne, le Club canin allemand a observé une hausse de 20 % de ventes de chiens l’année dernière. Augmentation du temps passé à la maison et besoin de rompre la solitude ont joué dans cette décision ; les propriétaires trouvent ainsi animation, jeu, contact chaleureux ou encore rythme de vie grâce aux sorties avec leur animal.


Des études tendent à confirmer que la zoothérapie - ou médiation animale -, c’est-à-dire le fait de se soigner grâce à la présence d’animaux, permet de stimuler le psychisme des personnes et de diminuer leurs angoisses ; cette approche est utilisée par exemple en maison de retraite, ou encore auprès de personnes handicapées, notamment avec l’équithérapie (lire aussi Zélie n°17, « Anne-Laure David, du haut niveau à l’équi handi »).


La vie urbaine et certaines pratiques peu respectueuses de l’environnement nous ont parfois éloignés du monde animal ; ainsi, un tiers des oiseaux spécialisés, c’est-à-dire vivant dans un milieu spécifique, ont disparu des campagnes françaises ces 15 dernières années, notamment en raison des insecticides et de la raréfaction des haies.


Cependant, revenons des siècles en arrière et ouvrons la Bible : on y découvre une profusion d’animaux, brebis, chameaux, ânes, coqs, poissons, renards, et même des animaux fantastiques tels que le Leviathan, dont certains ornent nos cathédrales – les animaux sont en effet très présents dans la cosmologie médiévale, comme créatures de Dieu.


Dans le plan originel, avant le péché, les hommes et les animaux sont en harmonie. Dans le premier livre de la Genèse, Dieu crée tous les animaux, puis dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. Qu’il soit le maître des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, des bestiaux, de toutes les bêtes sauvages, et de toutes les bestioles qui vont et viennent sur la terre » (Genèse 1, 28).


Dans son livre Les compagnons de sainteté (éditions du Cerf), qui évoque notamment des histoires entre saints et animaux, l’écrivain Jacqueline Kelen explique : « Ce récit montre que tout ce qui existe en ce monde vient de Dieu. De cette origine unique découlent la paix et la bonne entente entre tous, qui doivent cohabiter et non s’agresser ni se dévorer. Mais la distinction est marquée entre l’homme créé à l’image de Dieu et l’ensemble des animaux qui, émanant du même souffle et porteurs de la bénédiction divine, n’en ont pas reçu l’image ».


La question de la différence entre l’homme et l’animal semble, pour beaucoup, complexe. Un regard intéressant, parmi d’autres, est celui de Fabien Revol, docteur en théologie de la Création, qui expliquait au cours d’une émission de KTO, dans une approche rationnelle, le propre de l’homme : « J’ai essayé de développer une petite parabole, celle de l’extraterrestre qui vient faire un travail de zoologie sur la terre, et qui se rend compte que dans le monde animal sont disséminées des compétences fabuleuses : fabrication d’outils, communication, conscience de soi, délibération, signes d’altruisme, formes d’amour ou encore de proto-culture. Face à l’être humain, il se rend compte que toutes ces performances sont concentrées en celui-ci, de façon démultipliée. »


On rejoint ainsi la vérité philosophique souvent affirmée : la spécificité de l’humain réside dans son esprit ; son intelligence et sa volonté libre lui permettent toutes les compétences évoquées plus haut.


On sait qu’après le péché originel, où l’homme et la femme ont voulu être « comme des dieux » (Genèse 3, 5), les animaux ont été entraînés dans la chute avec eux. « Ils se comportent en véritables aides et soutiens, tels que voulus par le Créateur : ils vont offrir à l’être humain leur présence fidèle et affectueuse, le seconder dans le travail, mais surtout ils vont lui rappeler, eux qui n’ont pas désobéi, son innocence première et la beauté du paradis perdu », affirme Jacqueline Kelen.


Chez l’être humain, il y a une amplification dans le bien... mais aussi dans le mal. Cela se voit justement dans la manière dont, trop souvent, il traite les animaux : mécanisation des bêtes dans l’élevage industriel intensif, cruauté envers les animaux... Ainsi, près de 100 000 animaux domestiques sont abandonnés par leurs maîtres chaque année en France, avec un pic durant la période estivale, selon l’association Trente millions d’amis. La presse fait régulièrement écho de maltraitance d’animaux ; pour citer en exemple un fait récent, celui d’un jeune chien retrouvé agonisant dans une poubelle, le corps brûlé à 80 %, et dont le maître a été jugé à Marseille. En 2015, le Code civil français a reconnu les animaux comme des « êtres vivants doués de sensibilité ».


L’Église invite également à ce regard bienveillant et ajusté envers les créatures animales, comme le souligne son Catéchisme : « Il est contraire à la dignité humaine de faire souffrir inutilement les animaux et de gaspiller leurs vies ». Il est précisé : « On peut aimer les animaux ; on ne saurait détourner vers eux l’affection due aux seules personnes » (CEC 2418). Autrement dit, l’amour et la protection envers les êtres humains sont importants, et ceux envers les animaux également, à un degré différent bien sûr ; il n’y a pas à devoir choisir entre les deux.


A l’inverse, le courant philosophique antispéciste initié notamment par Peter Singer dans les années 1970 et prônant les mêmes droits pour les hommes et les animaux crée une confusion préjudiciable pour tous. L’être humain doit en effet se sentir responsable des animaux, du fait de sa propre supériorité justement.


Une question demeure : le salut apporté par le Christ va-t-il permettre une « Création réconciliée », où hommes et animaux vivront, comme avant le péché originel, en bonne intelligence et en paix ? C’est ce que la prophétie d’Isaïe semble promettre : « Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra ; sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main » (Isaïe 11, 6-8).


Le pape François déclare à la fin de Laudato si : « La vie éternelle sera un émerveillement partagé, où chaque créature, transformée d’une manière lumineuse, occupera sa place et aura quelque chose à apporter aux pauvres définitivement libérés. »


Même s’il semble peu probable que notre animal domestique nous suive au Ciel, puisqu’il a une âme matérielle mais non pas spirituelle créée à l’image de Dieu, la dimension cosmique du salut laisse une incertitude, quant au lien entre créatures animales et réconciliation finale liée au salut. Nous verrons bien !


En attendant, il est touchant de voir combien les animaux peuvent jouer un rôle dans la vie spirituelle de chacun. Dans un livre passionnant, Mon chien me conduira-t-il au Paradis ? (éditions du Cerf), le frère dominicain Xavier Loppinet évoque l’histoire vraie de Pierre, homme sourd de naissance, marié, qui marche dans la campagne avec son nouveau chien Boomer un jour d’avril 2002 ; il raconte : « Je vois mon chien qui s’arrête devant moi et il me regarde pendant un moment. Je me retourne, mais personne, mais j’ai eu la sensation de ne pas être seul. Je me retourne encore, mais personne. Pourtant quelqu’un marche à côté de moi et me parle dans mon cœur : "viens et suis-moi". »


A la suite de cet épisode, Pierre demande à devenir diacre. Le frère Xavier Loppinet analyse : « A travers le maître (dans sa nouvelle fonction) transparaissait le Maître. Il est ainsi juste de dire : Pierre a entendu celui que Boomer a vu en lui (pas derrière Pierre donc, mais en Pierre). »


Là encore, ni objet, ni idole, l’animal est un compagnon précieux, qui nous rappelle la beauté et l’amour de Dieu. Solange Pinilla



Lire le reste du dossier sur "Nos compagnons les animaux" dans Zélie n°63 - Mai-Juin 2021


Crédit image © Philippe Lissac/Godong

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