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Mariana, Brésilienne : « Je vois Dieu dans les petits miracles du quotidien »



Cet article est extrait de Zélie n°90 - Décembre 2023 : "Chrétiennes du monde entier".



Ingénieur agronome, mariée et mère de six enfants, Mariana habite au Brésil. Sa foi catholique est devenue plus vivante dans sa vie à l’âge adulte, et irrigue son quotidien. Au Brésil, pays ayant la plus importante population catholique au monde, la foi est très présente et s’exprime beaucoup dans la piété populaire.



Les racines de Mariana Anrain Andreis sont multiples : autrichiennes du côté de son père, italiennes et françaises du côté de sa mère. Elle est née au Brésil et y a toujours vécu, hormis une année en France pendant ses études.


Son chemin de foi n’est pas linéaire non plus. « Mes grands-parents, très croyants, m’ont donné des exemples sur les manières de vivre la foi, nous explique Mariana avec son accent latino, du Brésil où il est quatre heures plus tôt - décalage horaire oblige. Mes parents étaient de la génération des années 1970 qui était peu pratiquante. »


Pour autant, la prière était présente dans la culture familiale, ainsi que les principes chrétiens. Mariana appréciait également les retraites pour jeunes.


Lors de sa dernière année d’école d’ingénieur, la Brésilienne part à Dijon, en France. Là, elle fréquente le centre catholique universitaire. De retour au Brésil, elle se marie à l’église avec un jeune homme rencontré à l’université brésilienne ; il est de tradition catholique mais non pratiquant.


« Ma rencontre personnelle avec le Christ est venue un peu plus tard, quand nous avons rencontré la Fraternité Saint Joseph gardien, une fraternité de prêtres, de sœurs et de laïcs née au Chili et présente dans le sud de la France, raconte Mariana. Grâce à ces prêtres exigeants dans la foi, nous avons commencé à avoir une vie spirituelle plus riche, à aller à la messe tous les dimanches, à ne pas manger de viande le vendredi... Nous avons aussi suivi une formation en ligne de cette communauté. Aujourd’hui nous faisons partie du tiers-ordre de cette fraternité. Avec les autres membres, nous nous réunissons en petits groupes pour prier et échanger sur nos projets, nos préoccupations, le travail, la famille... »


Parents de six jeunes enfants, Mariana et son mari font une prière familiale chaque jour. « C’est important de donner l’exemple, souligne la jeune femme. Nous disons le chapelet, ainsi qu’une prière plus spontanée, avec des remerciements et des demandes. Cela permet de créer une proximité avec Dieu, pour les enfants et pour nous aussi. »


Elle voit la main de Dieu dans de petites choses du quotidien : « Si un enfant manque de tomber et se relève, je peux y voir l’action d’un ange. Ce sont de petits miracles qui renforcent notre foi. Parfois, ce sont de grands miracles, par exemple quand nous avons trouvé une maison à Luzerna dans l’état de Santa Catarina, la ville du sud du Brésil où je suis née. »


Elle ajoute : « Mon mari a vécu sa conversion personnelle dans ces moments où Dieu se manifeste particulièrement. Ce jour-là, chez mon père, il essayait de changer les vaches de prairie. Rien à faire, elles ne voulaient pas et se tournaient dans l’autre sens. Mon mari s’est mis à genoux et a demandé l’aide de Dieu. Et là, les vaches se sont retournées ! Quand il est rentré, il était émerveillé et s’écriait : "Demander quelque chose à Dieu, cela marche vraiment !" »


La présence de Dieu est également visible dans la difficulté. « J’ai six enfants, une maison, un travail d’ingénieur agronome dans la génétique porcine... Cela fait beaucoup de choses ! Si je n’avais pas Dieu dans ma vie, il me serait impossible de gérer toutes ces demandes. Quand je suis fatiguée, que je n’ai pas envie de faire la lessive, ou d’envoyer des mails, je sais que Dieu m’attend dans ces actions. Il veut que je prenne soin de mes enfants, que je prépare leur repas... La foi, c’est ce qui me donne envie, force et volonté de faire toutes ces petites tâches pendant la journée. »


Mariana poursuit : « Il y a eu des moments compliqués : le décès de ma maman, l’arrivée d’un bébé au milieu d’un moment difficile - mon mari et moi étions sans emploi -, le déménagement pour une maison en travaux, avec 6 enfants, dont un bébé de 5 semaines... En vérité, c’est notre foi qui nous soutient tous les jours, spécialement avec nos enfants. Avoir six enfants dans un monde où plus que deux c’est déjà trop, c’est une chose qu’on fait seulement parce qu’on croit véritablement que Dieu va nous soutenir. Dieu ne se trompe jamais, ne "dort" jamais... Dieu nous donne la charge, mais il nous donne aussi de la grâce : il nous donne les moyens pour porter ces "poids" avec toute la paix qu’un bon chrétien doit avoir. »


Être catholique au Brésil n’est pas anodin, puisque c’est le plus grand pays catholique au monde. Évangélisé par les Portugais à partir du XVIe siècle, ce territoire compte 210 millions d’habitants, dont 130 millions de catholiques - et 55 millions de protestants. On dénombre près de 27 000 prêtres. Entre 2014 et 2017, le nombre de prêtres a même augmenté de 11%, ce qui s’expliquerait par la hausse de vocations tardives.


Le Brésil compte 276 diocèses, c’est le deuxième pays du monde comportant le plus grand nombre de cathédrales après l’Italie. Autre chiffre parlant : il existe désormais deux fois plus d’équipes Notre-Dame au Brésil qu’en France – où est né pourtant ce mouvement de spiritualité conjugale.


« Au Brésil, il y a vraiment de la foi, une foi simple et concrète, explique Mariana. Cela se voit notamment à travers des "fêtes des rois", où une personne remercie Dieu pour une grâce qu’elle a reçue, et organise à cette occasion une fête ouverte à tous, avec des prières et un grand repas qui dure toute la journée. » Elle cite aussi des processions et des pèlerinages, signes de cette piété populaire et vive.


Un autre exemple de la vitalité spirituelle au Brésil : « Des prêtres disent un chapelet à 4 heures du matin sur Internet, et ils sont suivis par 300 000 personnes qui prient en même temps ! »


Par rapport à la France où elle a fréquenté une aumônerie étudiante, la jeune femme affirme : « En France, il y a peu de catholiques, mais ils sont vraiment catholiques. Au Brésil, la majorité des habitants sont catholiques, mais cela ne signifie pas que tous vivent vraiment la foi intérieurement ».


Autre différence perçue par Mariana : « Au Brésil, nous avons peu de saints canonisés, et peu de miracles eucharistiques par exemple. En France, vous avez des centaines de saints et vous êtes plus proches de leurs histoires. Par exemple, vous pouvez visiter la châsse de sainte Catherine Labouré... Voir ainsi l’action de Dieu à travers eux est plus facile et plus nourrissant ! »


Au Brésil, Noël a lieu pendant les grandes vacances. Dans le sapin, on accroche des images ou des figurines de Jésus, de Marie ou des Rois mages. « Cette année, nous fêtons les 800 ans de l’invention de la crèche par saint François d’Assise. Nous célébrerons cela à l’église, car il y a beaucoup de franciscains ici. »


Il existe une tradition particulière au Brésil dans la période de Noël : « Les amigo secreto se sont préparés : on pioche le nom de notre "ami", et au moment d’offrir le cadeau, il y a une plaisanterie : il faut deviner qui est votre ami, mais on dit le contraire de ce que la personne est vraiment. Alors si elle est grande, on dit que son amigo secreto est tout petit... Mon ami n’est pas gentil, ne m’aide jamais, est très laid... C’est un moment sympa, parce que c’est un moment pour faire des compliments aux autres, mais d’une façon drôle ». Rire, fêter, chanter, sont assurément une façon de vivre sa foi dans la joie dans le plus grand pays d’Amérique du Sud ! Solange Pinilla




Photo © Coll. particulière

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