Anne-Dauphine Julliand, la consolante




Son intérieur lui ressemble : chaleureux, chic et lumineux. Elle vous invite à s’asseoir dans l’un des imposants canapés gris jouxtant de vastes baies vitrées qui donnent sur un jardin déshabillé par les rigueurs de l’hiver.


L’hiver, une saison qu’elle traversait sans entrain « avant », puis au bord des larmes depuis qu’il porte l’empreinte des deux drames de sa vie : la mort de sa fille Thaïs, en décembre 2007 et celle de sa cadette, Azylis, en février 2017, emportées par une maladie dégénérative. Mais une saison qu’elle a appris à apprivoiser : « Quelqu’un a dit un jour à mon fils Gaspard qu’il n’y aurait pas de printemps sans hiver, car pour renaître la nature a besoin de se mettre en veille. Cette réflexion m’a aidée à changer de regard sur cette saison qui est aussi pleine des promesses du printemps ».


Une anecdote qui illustre la force tranquille de cette mère éprouvée, qui a su depuis dix ans à travers livres, film (Et les mistrals gagnants, 2017) et chroniques (dans le mensuel Panorama) distiller auprès du grand public un message de foi en la Vie et au bonheur, au-delà des épreuves.


Après s’être essayée au roman (Jules-César, 2019), Anne-Dauphine revient sur son histoire avec Consolation, dernier volet de la trilogie entamée avec Deux petits pas sur le sable mouillé et Une journée particulière.


Elle s’y livre davantage que dans les tomes précédents : à force de la voir si paisible dans les médias et en conférence, toujours souriante, élégante et empathique, on avait fini par perdre la mesure de l’ampleur de sa souffrance. Celle d’une mère « désenfantée » qui voit un jour avec « sidération » sa « vie scindée en deux » et mesure « l’inextricable solitude » à laquelle la condamne une épreuve « qui déchire l’âme ».


« Si j’ai écrit ce livre, confie-t-elle, c’est parce que moi, j’ai eu la chance d’être consolée. Mais j’ai éprouvé que parfois même les plus proches ne savent comment s’y prendre. J’avais envie de leur montrer le chemin. Et d’inciter les gens à prendre soin de ceux qui souffrent. Sans quoi la peine engloutit tout. »


Comment s’approcher de ceux que le malheur a frappés ? En faisant un pas vers eux, en les rejoignant dans leur souffrance, qui a besoin de se dire pour ne pas s’ankyloser. La consolation, précise-t-elle, c’est « la rencontre de deux cœurs : un cœur qui souffre et un cœur qui s’ouvre. Un chemin qui relie les êtres, une relation en un instant donné ». Point de formules toutes faites, mais une disposition d’esprit, qui consiste à accueillir la tristesse de l’autre et sa propre vulnérabilité. Sans avoir peur d’être confronté aux pleurs de celui que le chagrin tenaille : « Ce livre est une ode aux larmes ! Savoir leur donner libre cours est une force ».


Une ode à la tendresse aussi. Le public ne s’y est pas trompé, qui fait à Consolation un bel accueil : « Je suis heureuse de voir que cet ouvrage rejoint aussi bien ceux qui ont besoin d’être consolés que ceux qui ont besoin d’apprendre à consoler, se réjouit son auteur. Je tenais à quitter la singularité de mon épreuve pour rejoindre l’universalité de la souffrance et de la consolation ».


Les messages de lecteurs affluent, plus touchants les uns que les autres, comme celui de cette professionnelle de santé qui a osé prendre dans ses bras une patiente s’excusant de n’être pas capable d’honorer sa séance après la mort d’un proche : « Avant ce livre, je n’aurais pas su quoi faire.... »


Convaincue que le pire ennemi du spleen est l’indifférence, Anne-Dauphine s’interroge sur le devenir de tous ceux qui n’ont pu être consolés, du fait des contraintes imposées par la gestion de la crise sanitaire. « Notre société a si peur de la souffrance et de la mort qu’elle se détourne de ceux qui y sont plongés. Alors que c’est une composante de la vie, dont il faudrait ne pas avoir peur. »


Catholique pratiquante, elle admet pudiquement que sa foi a été pour elle « une étoile dans la nuit », mais n’en est pas moins persuadée que le bonheur est à portée de tous : « Il faut savoir le saisir au vol. Vivre l’instant présent, en étant ajusté à ce que l’on fait, sans ressasser le passé ou se projeter dans l’avenir. S’accorder aussi le droit d’être heureux, même si la souffrance est incrustée pour toujours au plus intime de soi ».


Sur sa table basse trône le livre du prêtre Lionel Dalle, Le miracle de la gratitude, qu’elle termine tout juste : « J’y vois plein de pistes intéressantes pour édifier une philosophie de vie ». Décidément, cette fille-là a un don pour embellir les jours. Raphaëlle Coquebert


Questionnaire de Proust revisité


Une odeur de votre enfance ? La fleur d’oranger. Une bouchée de pompe à huile parfumée de cette fleur... et le passé resurgit !


Un paysage que vous aimez ? Tous ceux qui font vagabonder mon esprit. Un paysage urbain peut être hautement inspirant.


Votre plus grande fierté ? La joie de mes fils. Voir la souffrance teinter leur vie me bouleversait. Je me suis battue pour qu’ils goûtent aussi au bonheur.


Votre matière préférée ? Je penche pour le cuir et son côté rock’n’roll. On y voit une matière froide alors que c’est chaud, doux, résistant...


Le must de votre garde-robe ? Une robe à paillettes que je peux mettre dans des moments incongrus, pour enchanter la vie ! Peut-être une réminiscence de petite fille entichée de sa robe de princesse ?


Une actrice favorite ? Julia Roberts, pour sa beauté sans chichis, son naturel, sa qualité de jeu et son sourire XXL. Je lui envie ses jambes !


Une prière fétiche ? Celle de la petite Thérèse : « Tu le sais, ô mon Dieu ! Pour t’aimer sur la terre, je n’ai rien qu’aujourd’hui. » Chacune des phrases me rejoint en profondeur.


Une résolution pour le Carême ? Pratiquer la gratitude dès le réveil. On ne maîtrise pas l’humeur qui nous habite au matin. Mais on peut décider de remercier Dieu pour la journée qui vient. Propos recueillis par R. C.



Lire d'autres articles parus dans Zélie n°60 - Février 2021


Crédit photo © R. Coquebert


Derniers articles
  • Facebook
  • Instagram
  • Podcast Soundcloud

© 2015-2020 By Magazine Zélie