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6 infos méconnues sur le cycle féminin



Le cycle féminin est un processus subtil physiologiquement et riche symboliquement, souvent lieu de joies et de douleurs, comme nous l’avions évoqué dans un dossier entier qui lui était consacré (Zélie n°25, décembre 2017). Même après avoir approfondi certains aspects de cycle, tels que la glaire - ou mucus cervical - (voir Zélie n°55, pages 8-9) ou les plantes pour soigner des problèmes gynécologiques (voir Zélie n°68, pages 6-7), il reste encore de nombreuses informations à découvrir à ce sujet.


Marion Vallet, sage-femme, et le Docteur Sophie Saab-Tsnobiladzé, médecin généraliste, approfondissent ce thème dans l’ouvrage Cycle féminin au naturel (Leduc), que toute femme aurait grand profit à lire, à partir de 16 ans environ. Voici quelques-unes des précieuses données sur cet étonnant événement qu’est le cycle, marquant la vie des femmes de la ménarche à la ménopause.



1. Le cycle est une pièce de théâtre


Au cours du cycle, de nombreux événements vont avoir lieu, les uns entraînant les autres de manière très précise et ordonnée, comme dans une pièce de théâtre avec des actes et des scènes, des acteurs principaux, des figurants ou encore un décor. Mais voilà : le plus souvent, cette pièce est un drame, car l’acteur principal meurt rapidement... Nous parlons ici de l’ovule (ou ovocyte), qui ne vit que 12 à 24 heures, à moins qu’il ne rencontre un spermatozoïde. Cependant, ce « drame » est très utile à la santé de la femme (voir la 3e information). Et il se rejoue près de 400 fois dans sa vie !


Pour bon nombre de femmes, cette pièce de théâtre sera parfois une comédie – en France, deux fois dans leur vie en moyenne, pour deux enfants – qui se terminera par un heureux événement, 9 mois plus tard !

Quant aux quatre actes du cycle féminin, comparés parfois aux quatre saisons, il s’agit tout simplement de la phase folliculaire (ou pré-ovulatoire), l’ovulation, la phase lutéale (ou post-ovulatoire), et enfin les règles. Le metteur en scène, lui, est le cerveau : il donne les ordres, crée, modifie et organise le cycle, grâce à l’hypothalamus et l’hypophyse qui secrètent des hormones nécessaires au cycle.


2. Le cycle n’est pas menstruel, mais ovulatoire


Pour la majorité des femmes comme pour la communauté scientifique, l’événement majeur du cycle est celui des menstruations, ou règles, représentées comme le début du cycle. En réalité, celles-ci n’en sont que le dénouement ! Il n’y a pas de règles si l’ovulation n’a pas eu lieu avant (11 à 16 jours auparavant). « Les règles sont la conséquence directe de la cascade du cycle si une grossesse n’a pas démarré », rappellent Marion Vallet et Sophie Saab-Tsnobiladzé. Dès lors, il est plus juste de parler de cycle ovulatoire que de cycle menstruel.


3. L’ovulation n’a pas pour seul but la procréation


On pourrait penser que, pour les femmes qui n’auront pas d’enfant par exemple, le cycle serait inutile. Il n’en est rien. Les hormones produites grâce au follicule ovarien, c’est-à-dire les œstrogènes et la progestérone, sécrétées dans des proportions très différentes en fonction du moment du cycle, sont en réalité bénéfiques pour la santé de la femme. Ainsi, les œstrogènes sont des hormones de croissance et de prolifération cellulaire ; ils permettent par exemple la cicatrisation des tissus en cas de blessure, l’antisepsie urinaire ou encore l’élasticité des tissus et des muqueuses.


Quant à la progestérone, elle permet la maturation et la stabilisation cellulaire ; elle aide à l’utilisation des graisses pour les transformer en énergie, constitue un antidépresseur et un anxiolytique naturels ou encore stimule la construction osseuse.


Plus encore, œstrogènes et progestérone ont des actions opposées, mais agissent en synergie. Les œstrogènes rendent les cellules plus sensibles à l’action de la progestérone, et vice versa. Voici un exemple de cet équilibre nécessaire : les œstrogènes augmentent le risque de migraines et de maux de tête, tandis que la progestérone diminue le risque de migraines et de céphalées.


Cependant, des femmes peuvent manquer de progestérone et donc souffrir d’une dominance relative en œstrogènes. Et particulièrement en cas de contraceptifs hormonaux qui arrêtent ou altèrent le cycle ovulatoire (nous n’aborderons pas ici les problèmes éthiques qu’ils posent, évoqués dans Zélie n°7, page 13), mais aussi en raison de perturbateurs endocriniens ou encore du stress.


4. Les hormones de synthèse ont une structure moléculaire différente


De nombreuses hormones de synthèse - celles qu’on trouve dans les contraceptifs hormonaux par exemple - ont une structure légèrement différente de celle des hormones physiologiques. Par exemple, comme l’expliquent les auteurs de Cycle féminin au naturel, « de nombreux progestatifs de synthèse ont une structure moléculaire qui ressemble beaucoup plus à la testostérone qu’à la progestérone ». On parle d’effets androgéniques : prise de poids, acné, anxiété, dépression, chute de cheveux… Autant d’effets secondaires souvent reprochés aux contraceptifs hormonaux.


Pour autant, on peut trouver en pharmacie des hormones bio-identiques, qui ont une structure moléculaire identique à l’hormone biologique, et qui, elles, ont les mêmes effets que ceux de l’hormone biologique. Selon les auteurs de Cycle féminin au naturel, les hormones de synthèse sont privilégiées parce qu’elles sont brevetables, commercialisables et donc très rentables.


5. Il existe 4 types de saignements naturels


Tout saignement observé à la vulve n’est pas forcément celui des règles. Bien sûr, cela peut être le cas, mais comme on l’a compris, les menstruations n’arrivent qu’à la fin du processus du cycle, 11 à 16 jours après l’ovulation « S’il n’y a pas eu fécondation, les règles sont le résultat d’une chute du taux de progestérone et d’œstrogènes qui, en interrompant la stimulation de l’endomètre, va entraîner sa destruction et son évacuation », rappellent Marion Vallet et Sophie Saab-Tsnobiladzé. On reconnaît en général les règles à un profil soit « crescendo-decrescendo », avec une abondance du flux qui augmente puis diminue, soit « descrescendo, » avec un flux abondant puis diminuant progressivement.


Cependant, il existe un deuxième type de saignement, qui intervient seulement dans certains cas, et qui est le saignement de privation en œstrogènes. Il arrive dans la phase pré-ovulatoire, quand les follicules matures croissent lentement et fabriquent une trop petite quantité d’œstrogènes. L’endomètre - c’est-à-dire la muqueuse de l’utérus - est « privé » d’œstrogènes, le col ne s’ouvre pas et le mucus (ou glaire) ne se modifie pas.


Ce saignement de privation, qui peut ressembler à des règles, peut arriver après l’arrêt d’une contraception hormonale lorsque le corps doit « réapprendre à ovuler », suite à un choc émotionnel, ou encore lors de l’allaitement. Dans ce dernier cas, si le taux de prolactine monte, il fait interrompre la croissance des follicules et leur production d’œstrogènes ; la femme peut penser qu’elle a son retour de couches alors qu’il n’en est rien ; mieux vaut qu’elle observe avec attention ses « biomarqueurs » de fertilité, tels que la température ou le mucus cervical, afin de repérer l’ovulation en suivant une méthode d’observation du cycle (symptothermique, Billings, FertilityCare, etc.).


Troisième saignement potentiel : celui de poussée œstrogénique, qui intervient brièvement dans la phase ovulatoire. C’est l’ascension exponentielle des œstrogènes, suivie d’une chute brutale, qui le provoque chez certaines femmes, indiquant qu’a priori l’ovulation se prépare.


Un autre saignement peut apparaître au moment de la nidation, qui arrive parfois lorsque l’embryon arrive dans l’utérus, 5 à 7 jours après la fécondation.


En plus de ces 4 types de saignements « naturels », on peut évoquer le saignement contraceptif. Il arrive lors de la prise d’une contraception hormonale, lorsque les hormones de synthèse chutent et que l’endomètre, privé d’hormones, se met à saigner. En effet, on propose aux femmes d’arrêter leur pilule œstro-progestative une semaine sur quatre, seulement pour que ces saignements de privation rassurent la femme et lui permettent de penser qu’elle n’est pas enceinte ! Elle croit ainsi que ce sont des règles, alors qu’elle n’a pas eu de cycle et qu’il s’agit simplement de saignements de privation. Or, la femme n’a pas besoin de règles, mais des hormones naturelles du cycle ovulatoire.


6. Il est possible d’ovuler deux fois, mais seulement à 24 heures de distance.


Peut-on ovuler deux fois dans le même cycle ? Oui, comme l’attestent les faux jumeaux, conçus à partir de deux ovocytes différents, fécondés par deux spermatozoïdes différents. Cependant, cette ovulation ne peut avoir lieu que dans les 24 heures qui suivent la première ovulation, après le même pic d’hormone LH. En effet, après l’ovulation, les mécanismes de régulation hormonale font que les étapes menant à une nouvelle ovulation sont inhibés, avec un rétrocontrôle négatif sur l’axe hypothalamo-hypophysaire. Donc, à de très rares exceptions où une femme déjà enceinte a conçu à nouveau plusieurs semaines plus tard, une femme ne peut ovuler plusieurs fois dans un même cycle à quelques jours d’écart.


Il y aurait encore de nombreux extraits du livre Cycle féminin au naturel à relayer (Saviez-vous par exemple qu’un microbiote est présent dans l’utérus ? Ou que les outils numériques dédiés à la santé féminine constituent la FemTech ?). Cependant, ces quelques éléments montrent combien l’observation du cycle ne permet pas seulement de différer ou de favoriser une grossesse, mais aussi d’avoir un aperçu de sa santé gynécologique, et parfois de détecter certaines pathologies, avec l’aide de professionnels formés à l’observation du cycle. Solange Pinilla




Photo : Unsplash

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