Lydwine Bucaille, initiatrice de projets

21/9/2018

 

 

Avec son mari Yann, Lydwine a créé un fonds de dotation, l’association émeraude Voile Solidaire, un hôtel, et enfin les cafés Joyeux où les employés ont un handicap mental. Une personne guide sa vie, le Christ.

 

 

Ciel azur, mer turquoise, palmiers nonchalants, fleurs éclatantes : l’ambiance est plutôt paradisiaque lorsque nous pénétrons dans l’hôtel Castelbrac, à Dinard (Ille-et-Vilaine). Nous avons rendez-vous avec Lydwine Bucaille, co-gérante de cet hôtel... mais pas seulement ! Lydwine et son mari Yann ayant improvisé un déjeuner dans le restaurant de l’hôtel pour fêter le bac de leur fille aînée - nous sommes en juillet -, ils nous proposent chaleureusement de nous joindre à leur table familiale.


Lydwine et Yann ont ouvert cet hôtel cinq étoiles en 2015 ; ils ont transformé un ancien aquarium à flanc de falaise en un hôtel d’esprit Art déco, dont les chambres ont vue sur la mer. Ils ont même aménagé un oratoire, la « chapelle Saint Gabriel » (photo), où les clients peuvent se ressourcer et déposer des intentions, et où l’on entend des enregistrements des Dei Amoris Cantores. On lit sur le site de l’hôtel ― dont le slogan est soul haven (le refuge de l’âme) : « La chapelle Saint Gabriel est ouverte à tous, parce que Dieu nous a voulus tous, et nous aime tous, qui que nous soyons. » Nous constatons que ce couple de quadras semble aux petits soins avec ses employés, remerciant ceux-ci, et étant eux-mêmes remerciés pour un cadeau de baptême fait à un membre du personnel.

 

 


Cet hôtel n’est que l’une des nombreuses réalisations de Lydwine, et de son mari. En effet, même en souhaitant écrire un portrait de Lydwine, il est impossible de ne pas évoquer Yann, tant leurs initiatives sont communes.

 

A l’origine de celles-ci, un événement : en 2007, Lydwine, qui travaille alors à Paris dans le marketing de luxe chez Louis Vuitton, est hospitalisée pour un burn-out. « Alors que j’avais coché les cases de la reconnaissance sociale, je me suis retrouvée seule face à moi-même, raconte-t-elle. J’ai dû redéfinir ce qui comptait pour moi. C’est le Seigneur qui m’a sauvée : grâce à lui, j’ai retrouvé la joie de vivre ! Je me suis donc basée sur ma foi pour me reconstruire, et je me suis recentrée sur ma famille. Avec mon mari, nous avons vécu une seconde conversion : de chrétiens « d’élevage », nous sommes passés à une foi personnelle, « sauvage » ! »


En 2010, Lydwine et Yann créent le fonds de dotation Émeraude Solidaire, qui soutient des associations. Ce fonds reçoit chaque année un don de l’entreprise émeraude International, que Yann a rachetée à son père. Pendant l’année 2016, Émeraude Solidaire a ainsi apporté son soutien à près de 62 associations, parmi lesquelles Enfants du Mékong, Emmanuel School of Mission, la Société Saint Vincent de Paul, l’Arche ou encore Le Rire médecin.


« Alors qu’auparavant j’étais un peu négative, grâce à ces associations j’ai pris conscience qu’il y a tellement de gens qui se battent et font de belles choses ! affirme Lydwine. Et nous, qu’est-ce que nous pouvions faire ? » Yann pratiquant la voile à un niveau professionnel, les deux époux se posent cette question : « Et si nous faisions faire de la voile aux personnes qui ne peuvent pas en faire, que ce soit pour des raisons médicales, sociales ou financières ? »

 

Ils font donc construire Ephata, un bateau réalisé sur le moule d’un voilier de compétition (photo ci-dessous). Ephata peut accueillir jusqu’à 30 personnes ; il est accessible aux personnes en fauteuil et adapté grâce à des sièges avec des scratchs, par exemple. Pour mieux s’investir dans ce projet et le partager avec leurs enfants, Lydwine et Yann décident donc de quitter Paris et de déménager à Dinard, en Bretagne. Le voilier accueille des publics variés, via des associations : personnes en situation de handicap, de pauvreté, de détention... Depuis la première saison en 2011, le catamaran a accueilli plus de 3 000 personnes.


« Au départ, les bénévoles qui se portaient volontaires pour faire tourner le bateau venaient pour la beauté du voilier, et en pensant dire aux invités « Je vais t’aider », souligne Yann. Puis ils revenaient, touchés par les rencontres avec les invités, ces marins d’un jour, boiteux, fragiles... « Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort », dit saint Paul. »

 

 

 

Un jour, une personne autiste dit à Yann : « Merci beaucoup pour cette sortie en mer, mais ce qui est vraiment compliqué pour moi, c’est de trouver du travail. Vous qui êtes entrepreneur, vous n’en auriez pas pour moi ? »  Yann repense à cette conversation pendant deux ans, percevant combien l’essentiel pour ces personnes est de retrouver toute leur dignité. Ayant ouvert entre temps l’hôtel Castelbrac, Lydwine et Yann embauchent un jour Vianney-Marie, le fils d’un de leurs amis qui est trisomique, employé comme « veilleur de la chapelle ». « Il mettait de la joie et de la légèreté dans l’entreprise, et nous manquait quand il n’était pas là » soulignent Lydwine et Yann.


En décembre 2017, le couple lance le premier café Joyeux dans le centre-ville de Rennes (photo), et le deuxième dans le 2e arrondissement de Paris, le 21 mars 2018 lors de la Journée mondiale de la trisomie. Les employés, en situation de handicap mental, sont encadrés par des managers. « Ces personnes handicapées apportent la joie de la rencontre car elles vivent dans le moment présent et ont le sens de la fête et de la danse, affirme Lydwine. Les cafés Joyeux permettent la rencontre avec ceux qui n’ont pas l’occasion de voir des personnes porteuses de handicap, ou ont peur d’elles. » Les Bucaille reçoivent de nombreuses demandes d’ouverture de nouveaux cafés Joyeux, mais ils attendent pour l’instant de voir si le modèle fonctionne suffisamment. En vue de gérer plus facilement les cafés Joyeux, les Bucaille reviennent ce mois de septembre 2018 habiter à Paris. 

 

 

 

Dans leurs nombreux projets, Lydwine et Yann sont complémentaires. « Sans ma femme, aucun de ces projets n’aurait existé, confie Yann. C’est elle qui est à l’origine de tout cela, comme la graine de moutarde de l’évangile qui grandit, et sous les branches desquelles les oiseaux viennent habiter... Moi, je suis dans l’action. Lydwine me permet d’aller dans la bonne direction. »


En effet, si Lydwine délègue une partie de la mise en œuvre de leurs projets, c’est aussi pour être présente auprès de leurs trois enfants, âgés de 11 à 17 ans. Et pour ce couple proche de la communauté de l’Emmanuel, le Christ se trouve au fondement de tout : « La foi est ma préoccupation première, que ce soit dans l’essentiel ou dans les détails » souligne Lydwine. Solange Pinilla

 

 

Mini questionnaire de Proust 

 

1  Votre sainte préférée ? Marthe Robin, mystique et fondatrice des Foyers de charité, qui m’a tant apporté et continue de me réconforter par son exemple lorsque je suis dans l’épreuve, et plus particulièrement lorsque je souffre physiquement. Elle est seulement vénérable à ce jour, mais j’attends sa béatification avec impatience et espérance !


2  La pièce favorite de votre garde-robe ? Mes écharpes d’hiver comme d’été, car je peux faire face à tous les temps avec, et à tous les imprévus, pour moi comme pour mes enfants, ou même pour dépanner une amie !


3  Un moment de qualité avec votre mari ? Un « dîner couple » où l’on fait le point chacun notre tour de là où on l’en est, comment nous allons, si nous avons besoin de nous dire des choses importantes pour notre couple, notre famille ou de définir de nouvelles directions à prendre. S. P.

 

 

 

Article paru dans Zélie n°33 (Septembre 2018)

Crédit photos © Solange Pinilla - © Hôtel Castelbrac - © Émeraude Voile Solidaire - © Cafés Joyeux

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