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Enfants, travail : pour une génération décomplexée


Le colloque « Le défi des femmes aujourd’hui. Femme et foyer, le bon choix au bon moment », qui s’est tenu le 14 octobre 2017, a dessiné une réflexion autour de la question de la liberté pour les mères de trouver leur place, et de passer du temps auprès de leur famille, tant à l’échelle de plusieurs années qu’à celle d’une journée.

Les 580 places de l’amphithéâtre Joffre de l’Ecole militaire étaient occupées lors du colloque « Femme et foyer » le 14 octobre à Paris – organisé par Femmes actives et foyer (Faef) –, preuve que la question de la place des mères se pose avec une grande acuité aujourd’hui.

Selon l’intervenante Hélène Bonhomme, fondatrice du site « Fabuleuses au foyer », on peut distinguer, en schématisant beaucoup, deux générations avant nous : d’abord la mère qui n’avait pas d’autre choix que d’être au foyer, puis la génération des femmes à qui on a dit que leur épanouissement était le plus loin possible de leur foyer. Aujourd’hui, une génération de mères souhaite, non pas « tout avoir », mais avoir le plus possible le choix dans ce domaine, que ce soit à un niveau extérieur – comme grâce au libre choix du mode de garde, mais aussi concernant la dimension financière –, ou au niveau de la liberté intérieure.

Hélène Bonhomme cite la philosophe féministe Sylviane Agacinski : « L’éducation des enfants est une des tâches les plus nobles et les plus nécessaires pour l’humanité. Le souci des enfants a contribué à attacher les femmes à leur foyer. Est-il aussi artificiel et imposé qu’on veut bien le dire ? Il appartiendra aux femmes de répondre librement le jour où elles n’auront plus honte de revendiquer leur désir en ce domaine. »

Cesser de mépriser le travail des parents au foyer, lieu de don, de gratuité et d’humain, est une première étape. Notons avec Hélène Bonhomme que « toutes les mères sont au foyer, à un moment ou à un autre de leur journée » . Toute maman, qu’elle ait une activité professionnelle ou non, est donc concernée par cette question.

Les mères d’aujourd’hui, dont l’épuisement se manifeste pour beaucoup, subissent la pression de tout réussir, comme l’a souligné Hélène Bonhomme. La contraception implique l’injonction suivante : « Tu as voulu cet enfant, tu assumes et tu dois réussir ». Les photos sur réseaux sociaux comme Instagram incitent à la comparaison avec les autres mères, dont la performance ainsi mise en scène peut voler la joie et la gratitude de chacune.

« Les mères ont peur d’être jugées sur les 5% qu’elles n’ont pas bien fait car elles pensent que pour être acceptées, aimées et reconnues, elles doivent être parfaites » commente la conférencière. Les mères ont du mal à demander de l’aide, car le résultat importe parfois plus que la relation ; par exemple, elles refusent parfois que leur mari fasse certaines tâches à la maison, car celui-ci ne les fait pas comme elles le souhaitent.

Hélène Bonhomme appelle à sortir d’une logique de dépendance ou d’indépendance de la femme, pour entrer dans l’interdépendance : dans le couple ; entre les mères et la société, afin d’améliorer les modes de garde et les nouvelles formes de travail ; entre le travail et le foyer ; enfin entre les différentes saisons de la vie, dont chacune va nourrir la suivante.

De fait, il n’y a désormais plus uniquement deux cases : soit mère qui a une activité professionnelle à plein temps, soit mère au foyer. Il existe mille et une façons d’ajuster ces deux dimensions, comme l’a détaillé lors du colloque Marie Oliveau, créatrice de « Talents sur mesure », cabinet de recrutement spécialiste du travail flexible. Trois curseurs sont à utiliser : temps plein ou partiel ; travail au bureau ou télétravail ; statut salarié ou indépendant. Grâce à une activité professionnelle sur mesure, non seulement les besoins des mères peuvent être ainsi entendus – par exemple, stimulation intellectuelle, sécurité financière, ou désir de passer du temps avec ses enfants pendant les vacances scolaires –, mais en plus, cela correspond aux besoins de certaines entreprises qui souhaitent déléguer des tâches.

Les compétences développées au foyer, comme l’accompagnement, la direction de projet ou l’enseignement, sont transposables dans un contexte professionnel. Pour éviter de présenter les années au foyer comme un vide sur le CV, mieux vaut lister ses réalisations, plutôt que ses expériences « de telle année à telle année ».

Si toutefois on décide de consacrer quelque temps à s’occuper exclusivement de sa vie familiale, il est important de prêter attention à la formulation. On dit souvent : « Je me suis arrêtée de travailler pour m’occuper de mes enfants. » Il peut survenir d’ores et déjà une confusion : est-ce qu’être au foyer ne serait pas un travail ? Les mères qui ont une activité professionnelle ne s’occuperaient donc pas de leurs enfants ? Véronique d’Estaintot, spécialiste en psychologie de la décision, expliquait lors du colloque que la formulation a surtout une influence sur notre choix lui-même. Celui-ci est-il perçu comme un gain ou une perte ? Dans le terme « arrêter de travailler », on constate une perte, l’abandon d’une activité et sans doute d’une reconnaissance sociale. Et dans « s’occuper de ses enfants », on entend une activité neutre, non perçue comme un gain.

Sachant qu’il est prouvé qu’une perte est plus difficile à accepter qu’un gain, il vaudrait mieux user d’une formulation plus positive et présenter le choix d’être au foyer comme un gain : « Je me rends plus disponible pour ma vie de famille » ou encore « J’ai souhaité passer plus de temps auprès de mes enfants ».

Pour revaloriser le travail au foyer – qui, répétons-le, concerne toutes les mères et tous les parents, même si ce n’est qu’une partie de la journée –, on peut affirmer, comme l’a souligné au colloque Jean-Didier Lécaillon, spécialisé dans l’économie du don et les politiques familiales, que la famille ne doit pas être une affaire privée. Les activités domestiques et éducatives permettent de satisfaire des besoins et donc de produire, ce dont va découler le fait que les enfants deviennent des consommateurs. Le philosophe Fabrice Hadjadj a toutefois souligné qu’une famille n’est pas faite pour « fonctionner » dans un paradigme techno-marchand, mais pour être au monde.

Les autres intervenants du colloque – Claire de Saint-Lager, Séverine et Jean-Baptiste Arneld-Hibon, François-Xavier Bellamy, Inès de Franclieu et Laetitia Pouliquen –, ont œuvré pour nourrir le discernement sur l’identité de femme et de mère. Si la figure du père a été évoquée seulement par Fabrice Hadjadj, on peut noter que beaucoup de pères consacrent de plus en plus de temps à leur famille. Solange Pinilla

Crédit photo (c) Les belles petites choses

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