Concilier famille nombreuse et vie professionnelle

13/9/2017

 

 

Avoir trois enfants ou plus n’implique pas toujours de mettre en pause son activité professionnelle. L’exemple de sainte Zélie Martin, dentellière et mère de cinq filles, le montre. Trois mères qui articulent travail et nombreux enfants nous racontent leur quotidien. 

 

 

« Alors, tu vas arrêter de travailler ? » entendent certaines mères annonçant leur troisième grossesse. En 2010, l’Insee indiquait que si 17% des mères prennent un congé parental afin de s’occuper de leur premier enfant, elles sont 45% à le faire si c’est leur troisième enfant, ou plus. Restent celles qui, par nécessité financière, et le plus souvent, intérêt pour leur métier, continuent de concilier vie professionnelle et famille. Une voie qui peut être riche et épanouissante, à quelques conditions.

 

Pour ne pas renoncer à travailler, l’implication des deux parents est indispensable – hors cas particuliers : parent célibataire, veuf, séparé ou conjoint militaire parti en opex. 
 

Guilhem, le mari de Cécile, 4 enfants âgés de 1 à 8 ans, a négocié avec son employeur la possibilité de finir à 16 heures deux jours par semaine, afin de chercher ses enfants à l’école. Son épouse est chargée des autres jours. Si un enfant est malade, le couple se met d’accord pour décider de qui veillera sur l’enfant : soit lui travaillera à la maison, soit elle annulera sa journée de kinésithérapeute libérale. 
 

Le cas de Cyril et Isabelle est différent : veufs, ils ont, en se mariant, adopté les enfants de leur conjoint puis en ont eu deux ensemble ; ils sont à présent à la tête d’une famille de 9 enfants âgés de 4 à 14 ans. « J’ai toujours travaillé en étant mère, raconte Isabelle, mais je n’étais pas satisfaite du fait de devoir finir à 19 heures. » Après un an de réflexion, ils ont décidé de créer leur agence immobilière, afin d’adapter leur métier à leurs horaires familiaux. Isabelle s’occupe de la partie comptable et des ressources humaines à leur domicile, tandis que Cyril se rend chez les clients.

 

« A la maison, les tâches sont réparties, mais ce n’est pas quantifiable, souligne Isabelle. C’est un travail d’équipe, une coopération où chacun met de ses talents et de son temps. J’ai le soutien et le regard de mon mari, je m’appuie sur lui. »
 

Chez Véronique et Benoît, parents de 3 enfants de 2, 5 et 6 ans, la coopération est également de mise : « Mon mari est développeur informatique et travaille beaucoup, raconte la jeune femme, mais quand il est là, il aide énormément dans les tâches ménagères. » Quinze week-ends par an, cette institutrice part photographier des mariages. « Il gère tout seul : les enfants, les courses, les devoirs, le ménage... Il a vraiment transformé sa vision du schéma familial pour que je puisse faire ma passion. Je suis très consciente que s’il ne faisait pas tout ça, ce serait vite la Bérézina. Il apporte à tous une vraie stabilité. Lui a vraiment renoncé à beaucoup de choses. »

 

Pour ces parents de famille nombreuse, passer du temps avec leurs enfants est une priorité. « Nos enfants vont déjà à la cantine, aussi avons-nous décidé qu’ils n’iraient pas à la garderie le soir », évoque Cécile. L’un des deux parents va les chercher à l’école. Cécile ne travaille pas le mercredi et prend une semaine pendant les petites vacances scolaires – plus trois semaines l’été, s'organisant avec ses collègues du cabinet. Le reste des vacances, le plus jeune est chez la nounou, et les grands au centre aéré, dans des camps ou chez les grands-parents. 
 

De son côté, Isabelle est présente à la sortie de l’école et le mercredi après-midi ; Cyril intercale des moments avec ses enfants entre deux rendez-vous professionnels. Avec le développement de l’entreprise, le couple songe à recruter plutôt qu’à travailler davantage. Véronique, quant à elle, a choisi d’exercer son métier d’institutrice à 80%, soit trois jours par semaine. Travaillant dans l’école de ses enfants, elle déjeune avec eux le midi, puis les voit le soir ainsi que le mercredi.
 

Le cloisonnement entre vie professionnelle et familiale n’est pas toujours facile. Véronique réalise ses retouches photo et son travail d’illustratrice les jours où elle n’a pas classe, le soir quand les enfants dorment et pendant les vacances. Pour Isabelle, « la séparation entre le travail et la vie familiale n’existait pas autant autrefois : on avait souvent un enfant à proximité aux champs ou dans l’arrière-boutique. Quand je suis au travail, je suis toujours une mère, et quand je suis avec mes enfants, je peux avoir un dossier en tête : nous sommes des êtres entiers ! » Elle passe ainsi des coups de fils professionnels en voiture après avoir déposé ses enfants à l’école.

 

Afin de parvenir à cumuler travail et famille nombreuse, y aurait-t-il des moyens miraculeux ? On sait (lire cet article) que l’organisation n’est pas une fin en soi et que tout dépend de l’état d’esprit qui l’habite. Pour autant, quelques outils peuvent être précieux : agenda numérique partagé qui permet de savoir le programme du conjoint et des enfants ; Drive – courses en ligne et récupération des achats au magasin – ; désencombrement pour revenir aux essentiels ; achats des vêtements sur le net ou en soldes avec une taille d'avance...

 

Pour les tâches ménagères, des routines : Cécile, qui n’emploie pas de femme de ménage, met en route une machine à laver en rentrant du travail, et l’étend avant de se coucher. Un peu d’aide est souvent bienvenue pour ces parents : un proche qui prend les enfants à déjeuner une fois par semaine, par exemple. Il leur est aussi nécessaire de lâcher prise : cuisine simple, repassage réduit à l’indispensable...

 

Autre défi avec ces emplois du temps chargés : trouver du temps pour chaque enfant. « On est plus sensible à cette question quand on a une famille nombreuse, affirme Isabelle, car ce temps individuel n’arrive pas naturellement et il faut le provoquer : faire des courses avec un seul enfant, par exemple. Quand c’est l’anniversaire de l’un d’eux, Cyril l’emmène au restaurant. » Chez Cécile et Guilhem, on a institué la « petite soirée » : au moins une fois par mois, à la demande, chaque enfant passe une soirée avec ses deux parents pour jouer, bavarder ou lire des histoires. 
 

Ces couples prennent du temps à deux. Véronique et Benoît dînent ensemble quand leurs enfants sont couchés et organisent quelques week-ends en amoureux. Isabelle et Cyril prennent une ou deux soirées par semaine en couple pour « se ressourcer et garder leur amour au cœur de leur vie ». Cécile et Guilhem rencontrent en ce moment des difficultés à organiser du temps ensemble car leur bébé de 15 mois ne s’endort qu’à 23 heures... Ils viennent cependant de partir deux semaines en couple en Terre sainte. Enfin, préserver du temps pour prendre soin de soi-même, quand on est parent de trois enfants ou plus, n’est pas facile. « Je rêve souvent d’un week-end toute seule » soupire Véronique.

 

Pour ces parents et notamment ces mères, il était important de continuer leur activité, qui revêt pour elles un sens particulier. Outre l’incontournable calcul financier, il s'agit du développement des talents reçus : « J’aime mon travail de kiné, je me suis battue pour l’avoir » souligne Cécile, qui voit aussi dans son choix la possibilité d’être plus méthodique pour le travail domestique : « Je suis obligée de m’organiser et je me laisse moins déborder à la maison. Je suis fatiguée, mais j’ai l’esprit plus serein, d’autant plus que nous avons choisi avec soin l’école et la nounou. »
 

Véronique, qui a fini ses études en étant enceinte de son deuxième enfant, a toujours travaillé. Elle considère également ses activités professionnelles d’institutrice, de photographe et d’illustratrice comme une voie d’épanouissement : « J’ai la grande chance de faire des métiers qui sont des passions. J’aime beaucoup travailler à l’école : enseigner, travailler en équipe, organiser des projets avec mes élèves, des spectacles... Je retrouve beaucoup de points communs avec le scoutisme dont j’étais passionnée. Quant à mes activités artistiques, elles ont toujours été au centre de ma vie... Je ne pourrais pas vivre sans art. » 
 

Dans le fait d’avoir une activité professionnelle, ou toute autre activité régulière contraignante – qui peut parfois être bénévole –, Isabelle voit un enrichissement personnel mais aussi, dans la fidélité à cette tâche, une progression : « Au lieu d’aller au café ou se détendre, réaliser un travail contraignant dans la durée peut être un moyen de se dépasser : une croix, et une résurrection. ​Le modèle de Zélie Martin donné par l’Église montre qu’avoir un travail et une famille est aussi une voie de sanctification ! Et aussi une histoire de coopération au sein du couple. On voit les fruits de cette vie : cinq filles dont une ou deux saintes... »  On peut légitimement penser que cette existence pleine est un bel exemple pour les enfants. • Solange Pinilla

 

 

Article paru dans Zélie n°22 (Septembre 2017)

Crédit photo : Aphiwat chuangchoem/Pexels.com CC

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