Les langues régionales, un trésor à redécouvrir




Il n’y a pas si longtemps, en 1900, la majorité des Français étaient bilingues : ils parlaient le français... et une langue régionale. Aujourd’hui, hormis sans doute le corse et les créoles, ces langues locales sont peu parlées dans la rue. Tour d’horizon de ces nombreux idiomes.



En 2008, les langues régionales ont été inscrites dans la Constitution française en tant que « patrimoine de la France ». Or, en 1794, l’abbé Grégoire, député à la Convention, prononçait un discours sur « la nécessité d’abolir les patois » afin de mieux répandre la langue française, vue comme un instrument d’unification de la République, ainsi que le souligne la linguiste Henriette Walter dans Aventures et mésaventures de langues de France (Champion classiques).


Pour diverses raisons - interdiction de parler patois à l’école en certains lieux, diffusion du français dans les médias, vision de cette langue comme celle de la réussite sociale... -, la pratique des idiomes régionaux s’est effondrée.


Mais d’où viennent les langues régionales – breton, basque, champenois et autres – qui ont été parlées par la plupart des Français jusqu’à la Première guerre mondiale ? Il s’agissait de la langue des conquérants, qui avait été modifiée de manière diverse selon les lieux, selon le processus de dialectalisation. Même au sein des langues régionales dont nous allons parler, plusieurs variantes existent.


Commençons par les langues régionales non issues du latin : le basque, le breton, le flamand, le platt et l’alsacien. Le basque a précédé le gaulois et le latin dans la région entre la Garonne, les Pyrénées et l’océan Atlantique, ce qui en fait une langue pré-indo-européenne.


Le breton est une langue celtique, amenée par des Celtes venus de l’actuelle Grande-Bretagne au Ve siècle. Son aire linguistique ne correspond cependant aujourd’hui qu’à une partie de la Bretagne, à l’ouest d’une ligne Plouha-Vannes.


Les langues germaniques en France sont principalement le flamand, le platt et l’alsacien. Elles furent apportées par des tribus germaniques évoluant dans ces contrées. Le flamand est parlé localement dans l’arrondissement de Dunkerque ; il est proche du néerlandais. Le platt, parfois nommé le francique lorrain, occupe une partie du département de la Moselle ainsi que l’Alsace bossue. Enfin, l’alsacien est un parler alémanique implanté depuis le IIIe siècle.


On distingue ensuite les langues issues du latin, dites langues romanes, qui existent toujours, mais sont peu - voire très peu - parlées aujourd’hui.


Henriette Walter distingue un premier groupe linguistique : les langues d’oïl, dans la moitié nord de la France. On peut citer le wallon, le picard, le lorrain, le bourguignon, le franc-comtois, des formes dialectales centrées sur l’Île-de-France, ainsi que le normand, le gallo, les parlers du Berry, du Bourbonnais, de Vendée, du Poitou ou encore de la Saintonge. Comme les autres langues romanes, elles viennent d’une fragmentation du latin véhiculé par les légions romaines.


On note que c’est dans le domaine d’oïl qu’est née la langue française, favorisée par une forme écrite réservée aux clercs, aux gens de lettres et aux classes dirigeantes, qui s’est étendue progressivement et qui est aujourd’hui, dans sa forme actuelle, la langue officielle de notre pays.


Dans la moitié sud de la France, les langues d’oc sont nombreuses : limousin, auvergnat, provençal alpin, provençal maritime, languedocien, gascon, béarnais...


On distingue également la zone du francoprovençal, situé dans le Forez, le Lyonnais, le Dauphiné, la Savoie et la Bresse principalement.


Enfin, « deux variétés issues du latin sont à classer à part : d’un côté le catalan, dans le Roussillon ; et de l’autre le corse, qui ne se rattache pas aux langues romanes de France mais à celles de l’Italie (le toscan et le sarde) ».


Pour terminer avec les langues historiquement présentes en France métropolitaine et dans les Départements d’outre-mer, on évoquera les langues créoles : elles sont nées au XVIIe siècle en Guadeloupe, en Martinique, en Guyane et à la Réunion, du contact entre les locuteurs de français et les populations parlant des langues africaines. Leur structure grammaticale est proche de celle des langues africaines et le lexique a une base française.


Même si ces langues régionales sont employées par quelques dizaines de personnes (pour le bourguignon-morvandiau) à quelques millions (pour les créoles) de locuteurs en France en 2022, il est néanmoins intéressant que chacun de nous s’interroge sur l’idiome utilisé, historiquement, dans le lieu où il vit. Un tour à la bibliothèque municipale serait peut-être fructueux ? Solange Pinilla


> Lire d'autres articles sur la langue française dans Zélie n°74 - Juin 2022


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