Être marraine



Revaloriser la mission de parrain ou marraine, c’est aussi souligner le chemin de conversion intérieure que cette relation peut être, pour la marraine comme pour le filleul.


Les mots « marraine » et « parrain » montrent tout de suite l’importance de cette mission, quand on découvre leur étymologie : ils viennent tout simplement du mot mater (mère) et pater (père), et « filleul(e) » vient de filius/filia (fils/fille). En anglais, on dit godmother et godfather (mère en Dieu, père en Dieu).


C’est dire si cette parenté spirituelle n’est pas anodine. D’ailleurs, il arrive que des parents choisissent une « marraine » et un « parrain » pour leur enfant, alors même qu’ils n’ont pas prévu de le faire baptiser. On retrouve la notion de parrainage dans divers domaines : parrainer un enfant en difficulté, être marraine de guerre en 1914, être le parrain d’un événement ou d’une cause humanitaire... « Ces différentes situations sont à l’image du parrainage chrétien : elles supposent de soutenir celui que l’on parraine, d’être le témoin d’une cause à défendre ou de se porter garant d’un candidat », affirme le Père Pierre-Yves Michel dans son livre Le guide des parrains et marraines (Edifa-Mame).


Mais au fait, d’où vient le rôle de marraine ou de parrain ? A priori, il n’est pas évoqué dans les Évangiles, même si la démarche de conduire quelqu’un à Jésus est très présente : André accompagne son frère Simon vers le Seigneur, ou encore l’homme paralysé que l’on amène à Jésus en faisant descendre sa civière par le toit ! (Luc 5, 17-26). Être médiateur en vue d’une rencontre avec le Christ n’est donc pas nouveau.


Dans les premiers temps de l’Église, on a rapidement vu la nécessité d’accompagner le candidat au baptême pour le préparer à la vie de chrétien authentique et pour se porter garant de son cheminement ; on appelait ces accompagnants les sponsors. Puis, lorsque l’on s’est mis à baptiser les nouveaux-nés – l’église demande aujourd’hui de le faire dans les premières semaines de vie (Code de droit canonique, n°867) –, le sens du parrainage a changé, comme le souligne le Père Pierre-Yves Michel : la marraine ou le parrain, désormais, « témoigne devant Dieu de la sollicitude de la communauté chrétienne (...) pour assurer au baptisé les moyens de développer sa foi et mener une vie sainte et juste ». Cette évolution s’est répercutée sur le parrainage des personnes baptisées à l’âge adulte.


Pour résumer, « le parrain ou la marraine (...) doivent être des croyants solides, capables et prêts à aider le nouveau baptisé, enfant ou adulte, sur son chemin dans la vie chrétienne », selon le Catéchisme de l’Église catholique (n°1255). On devient donc marraine pour aider les parents à élever l’enfant dans la foi, mais aussi pour l’église, dont on contribue à révéler le visage aimant au filleul.


Et quel est le rôle de la marraine ou du parrain de confirmation ? Il s’agit également d’un rôle d’accompagnement. Lorsque la personne fait sa confirmation, elle peut choisir comme parrain ou marraine de confirmation celui ou celle du baptême, ou en choisir un autre. Notamment si le parrain de baptême n’a pas assuré son rôle, « il ne faut pas rendre trop absolu ce lien [parrain de baptême-filleul] en cherchant à raviver à tout prix une relation de parrainage qui n’a jamais existé et ne représente rien du côté du parrain », selon le Père Pierre-Yves Michel.


Supposons que des parents vous proposent de devenir la marraine de leur enfant, ou qu’un catéchumène vous choisit pour marraine. Outre la joie et la fierté souvent ressenties en recevant cette demande, comment discerner ? Cet appel est-il pour vous ? Cette question n’est pas anodine car elle renvoie à des questions essentielles sur la foi et le sens de la vie, et peut amorcer un chemin spirituel intérieur. Quelques questions sont à se poser : où en suis-je de ma relation à Dieu ? Au Père, au Fils, au Saint-Esprit ? Quel visage l’Église a-t-elle pour moi ? Suis-je prête à approfondir ma foi pour aider ce filleul ?


Mais aussi : aurai-je assez de temps et de disponibilité à lui consacrer dans la durée ? Si l’on sent que ce n’est pas le cas, il est parfois nécessaire de refuser le parrainage, notamment si l’on a déjà plusieurs filleuls. Le Père Denis Metzinger, dans une émission de KTO consacrée à l’engagement en tant que parrain ou marraine, conseille de n’avoir « pas plus de deux ou trois filleuls, par exemple ». Chiffre à adapter aux réalités de chacun, bien sûr.


Participer au baptême – et pourquoi pas à la préparation de celui-ci en paroisse ? –, renoncer au mal et professer la foi au nom du filleul, offrir au baptisé une médaille et une chaîne conjointement avec le parrain – le « compère », dont on est la « commère », selon les mots traditionnels qui rappellent là encore l’étymologie des termes « parrain » et « marraine »... Ces missions sont connues. Mais ce n’est que le début ; ensuite, que faire, sachant qu’on accompagnera le ou la filleul(e) jusqu’à la mort - la sienne ou la nôtre ?


On peut se fonder sur les cinq langages de l’amour de Gary Chapman (lire aussi « Les langages d’amour des enfants », Zélie n°46) pour dire au filleul le prix qu’il a aux yeux de Dieu. Les moments de qualité et gratuits sont essentiels : jouer avec le filleul, faire un gâteau avec lui, l’accompagner à une activité extrascolaire, l’écouter, l’emmener au restaurant ou au cinéma... Ce n’est pas toujours facile, en raison de la distance géographique. Quand 500 km – ou davantage – séparent du filleul, on peut se fixer une visite ou une invitation régulière : par exemple, une ou deux fois par an. C’est l’occasion d’échanger un câlin, de dire une parole valorisante, de rendre un service (corriger son mémoire d’études, par exemple).


Le reste de l’année, envoyer des cartes – à Noël, en vacances... - et des cadeaux ou encore téléphoner est un bon moyen pour renforcer le lien. Cela peut être un soutien précieux dans les difficultés rencontrées par le filleul – déménagement, deuil, séparation des parents, maladie, chagrin d’amour – et une oreille attentive pendant la période de l’adolescence.


Comme dans une relation avec son propre enfant, il faudra renoncer au filleul idéal et rêvé, et l’accepter tel qu’il est, même s’il nous semble parfois difficile à comprendre, si le courant passe mal, ou si le jeune semble montrer peu de gratitude. La fidélité est alors très importante : ce sont peut-être les parents qui nous ont choisie pour cette mission, mais Dieu aussi l’a fait ! De même, on peut rappeler à une marraine trop absente qu’elle a un filleul.


C’est en lien avec la dimension humaine de cette relation de parrainage que va se jouer la mission spirituelle, dans un regard global sur la personne : prier régulièrement pour son filleul ; lui souhaiter son anniversaire de baptême ; l’encourager à faire sa Première communion et sa confirmation et en discuter avec lui ; lui parler de la façon dont Dieu a changé notre existence, et de la question du choix de vie ; lui offrir des cadeaux religieux (voir encadré dans Zélie n°57, page 16), et pourquoi pas faire un pèlerinage ensemble, même dans un sanctuaire proche ? Chez sa marraine, le ou la filleul(e) peut ainsi découvrir une manière de prier et une relation à Dieu différente de celle de ses parents.


La marraine et le parrain peuvent aussi « l’écouter parler des grandes questions de la vie (Pourquoi la mort ? Pourquoi tout le monde ne croit pas ? Pourquoi la souffrance ?) que les parents n’ont pas toujours le temps d’aborder », suggère Olivia de Fournas dans Le guide des parents chrétiens (Mame). L’occasion de réaliser soi-même un chemin de foi et de vivre une maternité spirituelle. Solange Pinilla


Comment choisir un parrain, une marraine ?


Le Code de droit canonique de l’Église catholique (n°874) donne des conditions qui offrent déjà de bons critères : la marraine ou le parrain doit être âgé de 16 ans révolus (à moins d’avoir obtenu une dérogation du prêtre) ; il doit théoriquement avoir reçu les trois sacrements de l’initiation – baptême, confirmation et eucharistie – et avoir une vie conforme à la foi et à la fonction à assumer. Il doit également ne pas être le père, ni la mère, ni le conjoint du futur baptisé.


En réalité, il faut qu’il y ait soit un parrain, soit une marraine, soit les deux ; dès lors, « un baptisé qui appartient à une communauté ecclésiale non catholique ne sera admis qu’avec un parrain catholique, et alors seulement comme témoin du baptême », selon le Code de droit canonique.

Les parents du jeune baptisé, ou bien le catéchumène, peuvent donc commencer par invoquer l’Esprit-Saint, puis se poser quelques questions avant de choisir la personne pressentie : où en est-elle de sa relation à la foi chrétienne ? Ne va-t-on pas la mettre en porte-à-faux par rapport à ses propres convictions ? Quels éléments humains et relationnels favoriseront ou gêneront la relation parrain-filleul ? Les parents peuvent aussi discuter de cela avec simplicité avec la personne envisagée.


Et si l’on ne trouve personne répondant aux critères ? Nul doute que participer à la vie paroissiale de façon plus intense aide bien souvent à trouver un parrain ou une marraine. S. P.



A lire aussi > "Deux jours pour resserrer le lien avec son filleul" dans Zélie n°57, page 19


Crédit photo : © Sam Edwards/Caia Image/Adobe Stock

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