Delphine Lafontaine, sculpteur : « Tout me ramène à Dieu »




Quand Delphine était enfant, elle voyait les œuvres de son arrière-grand-mère sculpteur chez ses parents. Baignant dans une culture artistique, elle commence par un an dans une école d’architecture d'intérieur et de design, puis finalement bifurque dans une école du marché de l'art.


Après une pause de dix ans où elle se consacre à ses enfants, Delphine Lafontaine se rend en 2010 dans l'atelier de sculpture de Jean-Sébastien Raud à Puteaux, en banlieue parisienne : « J’ai touché la terre, cette fois en suivant de vrais cours... Et j’ai sauté à pieds joints dans la sculpture, c’était parti pour la vie entière ! » Elle commence la même année des cours de dessin et de peinture à Etampes avec l’artiste Philippe Lejeune et les peintres qu’il a formés.


Continuant à apprendre, Delphine est maintenant sculpteur. Elle vit à Angers après deux ans à Tarbes – son mari est régulièrement muté, suscitant des déménagements familiaux fréquents. L’artiste travaille pour des commandes privées ou publiques mais aussi pour elle, afin de développer des techniques à proposer ensuite.


« Concernant la sculpture, je pars toujours d’une terre, car celle-ci est molle est permet beaucoup de choses, explique-t-elle. Ensuite, soit le résultat est en terre cuite, soit je fabrique un moule à creux-perdu en plâtre pour y couler du plâtre. De ce résultat en plâtre, soit je fais couler un bronze pour certaines pièces ­– surtout celles qui ont des parties très fines –, soit je laisse en plâtre. Pour les bas-reliefs, je fabrique des moules en élastomère, dans lesquels je coule de la pierre composite, comme pour La Prière (photo à droite). J'ai également commencé la taille directe sur marbre. »


L’artiste continue le dessin : « Celui-ci est à la base de tout. J’utilise la sanguine, le fusain, le pastel sec, le crayon gris ; avec ce dernier, dans le train ou le métro, je croque les attitudes des personnes, les émotions qui se dégagent... En fait, le visage est une multitude de formes géométriques imbriquées, qu’il faut réussir à retrouver. En sculpture aussi, on part d’une masse et on taille des plans ; il y a un gros travail d’anatomie. »


Delphine remarque : « L’enseignement de l’art graphique, qui s’est dégradé pour aller vers l’art uniquement conceptuel, revient aujourd'hui peu à peu dans certains ateliers avec davantage de rigueur et de technique - comme c’est toujours le cas dans l’enseignement de la musique. La technique est au service de l’idée ; les deux sont nécessaires ! »


Le sculpteur axe son travail sur la nature humaine : « Le corps humain est tellement complexe que je n’aurai jamais fini d’apprendre ; un muscle ou un os qui ressort disent quelque chose. Le corps est merveilleux, c’est une preuve de l’existence de Dieu !  Ce qui me fascine chez l’être humain, c’est sa force et sa fragilité, son côté sombre et son côté lumineux, sa peur et sa tendresse, son envie d’aimer et d’être aimé... »


Chaque sujet amène Delphine à explorer l’âme humaine, que ce soit en sculptant un militaire en bronze pour le 4e régiment de chasseurs alpins de Gap, ou bien un danseur où elle développe la grâce et le mouvement. « Dans une sculpture de visage, on va rechercher avant tout l’expression. Ainsi, j’ai représenté L’Aveugle avec trois mains autour, car nous sommes tous aveugles de quelqu’un, nous apprenons les uns des autres. »


Dans sa réflexion, Delphine a été marquée par une phrase du bienheureux Nicolas Stenon, géologue du XVIIe siècle : « Le véritable but de l’anatomie est de permettre aux observateurs, à travers le chef-d’œuvre qu’est le corps, d’atteindre à la dignité de l’âme, et grâce à leurs merveilles à tous deux, d’accéder à la connaissance et à l’amour de leur Auteur ». L’enseignement de Jean-Paul II sur la beauté du corps humain l’a également touchée : « Nous ne pouvons négliger cette partie de nous-même ».


Pour l’artiste, la beauté dit « quelque chose de positif qui amène à Dieu et qui nous fait grandir ». Elle souligne : « La beauté traduit une plénitude et aussi un manque, car sur terre il nous manquera toujours quelque chose ».


Le métier de Delphine et sa foi sont intimement liés, car si elle s’inspire de lectures artistiques et de livres en lien avec la société, elle découvre également des textes spirituels qui nourrissent à leur tour son art : « De manière explicite ou implicite, tout me ramène à Dieu ».


Elle termine sur cette métaphore : « De la même façon qu’un tableau est constitué de lignes de force vives et dynamiques, et de demi-tons qui apportent de la profondeur au tableau, notre vie est faite des lignes audacieuses de nos projets, mais aussi de la structure pleine qui est la fidélité aux petites choses du quotidien et aux choix que nous faisons ». La vie d’artiste n’échappe pas à cette règle. Solange Pinilla



Lire notre dossier "Artistes et chrétiennes" dans Zélie n°61 - Mars 2021


Crédit photos © Delphine Lafontaine

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