Des fleurs pour prier, ou l’art floral liturgique


Quelle main discrète et créative a réalisé les bouquets que vous voyez dans le chœur de l’église ? Nous avons interrogé Marie-Claire Dénéchau, l’une de ces fleuristes liturgiques.

« L'art floral en liturgie est une façon de rendre grâce à Dieu à travers sa Création », affirme Marie-Claire Dénéchau, membre de l’équipe d’art floral de la paroisse de Rambouillet. Elle anime également des sessions de formation à l’art floral liturgique. Au départ, Marie-Claire pratiquait l’art floral profane à la Société d’horticulture des Yvelines. Celle-ci proposant aussi des formations en lien avec la liturgie, en partenariat avec le diocèse, Marie-Claire s’est tournée vers cette activité.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’art floral liturgique est une pratique très encadrée, pour laquelle la Conférence des évêques de France, à travers le Service national de la Pastorale liturgique et sacramentelle, donne un cadre précis. Le pape Jean-Paul II parlait de cet ornement en 1998 dans sa lettre apostolique Vicesimus quintus annus : « Les signes, surtout les signes sacramentels, doivent avoir la plus grande expressivité. Le pain et le vin, l’eau et l’huile, mais aussi l’encens, les cendres, le feu et les fleurs et presque tous les éléments de la création ont leur place dans la liturgie comme une offrande au Créateur et contribuent à la dignité et à la beauté de la célébration. »

Le fleurissement est donc au service de la liturgie et n’est pas censé attirer les regards pour lui-même : « Les fleurs doivent aider à la prière ; les fidèles ne sont pas là pour admirer le bouquet ! », déclare Marie-Claire Dénéchau. Autrement dit, une certaine sobriété est de rigueur, qui n’empêche pas la beauté de la composition. D’ailleurs, beaucoup de paroisses disposent de peu de finances pour les fleurs, ce qui limite la surenchère.

« Ce qu’il faut éviter, c’est que l’église ressemble à un cimetière, avec des bouquets pas forcément très beaux un peu partout, affirme Marie-Claire. Mieux vaut dans ce cas un seul beau bouquet dans le chœur. » Les autres lieux à mettre en valeur, en fonction de la liturgie, sont principalement le tabernacle, la croix du chœur, l’autel et l’ambon.

Pour garder leur rôle de langage symbolique, les bouquets doivent également respecter le calendrier liturgique. Sobriété pendant le Carême, couleur blanche ou jaune à Pâques, éventuellement trois fleurs principales pour la Trinité... (Ci-dessus, à gauche, pour l’Epiphanie). Le Jeudi saint, avec le reposoir, est un temps fort du fleurissement liturgique. Ensuite, mieux vaut utiliser des végétaux qui correspondent à la saison, comme un bouquet de feuillage en automne, et éviter les fleurs exotiques.

La composition doit durer au moins une semaine, jusqu’au dimanche suivant, ce qui implique parfois d’anticiper en choisissant des fleurs peu ouvertes. Autre conseil : respecter le sens de la pousse, et éviter de coucher dans un bouquet une plante qui grandit verticalement. « C’est une manière de respecter la Création », précise la fleuriste liturgique. Il est préférable de ne pas mettre trop de fleurs ni de couleurs différentes, car, vu de loin, « cela fait fouillis ». « Par exemple, si l’on met des glaïeuls, mieux vaut mettre seulement le feuillage du glaïeul et pas d’autres feuilles ».

La personne chargée des fleurs, seule ou avec d’autres, imagine le bouquet qu’elle va réaliser et fait des recherches. Elle commande les végétaux chez le fleuriste, ou, pour les paroisses les plus modestes, en cueille dans son jardin. « Je prie avant de faire un bouquet », évoque Marie-Claire. Ensuite, chaque composition lui demande entre une heure et une heure et demie de travail. « Il ne s’agit pas seulement de mettre des fleurs dans un vase. Même si pour la plupart d’entre nous, nous ne sommes pas des professionnels, nous utilisons des techniques précises, par exemple pour faire un bouquet linéaire, ou une composition sur un cierge pascal. Les techniques évoluent, mais contrairement à l’art floral profane, le style change peu, pour rester sobre. »

A l’occasion de la fête de la Pentecôte qui a clos le temps pascal, Marie-Claire a réalisé une composition pour le cierge pascal, ainsi qu’un autre bouquet. « C’était la première messe du déconfinement, donc nous avons choisi de faire quelque chose de volumineux, de joyeux, avec des couleurs feu – pour l’Esprit-Saint – : des lys rouges, des delphiniums rouge orangé, et de la mousse florale pour piquer et ainsi donner une forme plus élancée au bouquet. »

Maintenant, nous verrons d’un œil neuf les bouquets liturgiques, nous nous demanderons quelle est la personne qui les réalise et si l’on peut la remercier... et qui sait, nous pourrions découvrir de plus près ce service d’Église ? S. P.

Lire le reste de Zélie n°54 - Juillet-Août 2020

Photos (c) Collection particulière

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