L'infidélité : elle n'arrive pas qu'aux autres !

19/2/2018

 

On se croit souvent à l’abri, protégé par son mariage, son éducation ou son milieu social. La réalité est plus triste : tous les couples sont menacés par l’infidélité. La bonne nouvelle ? Il est possible de reconstruire son couple après une telle épreuve.

 

 

Quand les fiancés s’engagent en vue du mariage, ils veulent que leur couple soit fort et inébranlable. Et tant mieux, sinon il n’y aurait plus beaucoup de couples à choisir cette voie. Pourtant, si le mariage et la vie du couple sont basés sur la confiance mutuelle et la bienveillance, les années, les habitudes, la routine, les frustrations, peuvent nous entraîner – plus ou moins insidieusement – vers une aventure extra-conjugale.

 

Selon une enquête Ifop publiée en 2014, 68 % des Français croient encore possible de rester fidèle toute une vie à la même personne. Moins réjouissant, plus d’un homme sur deux (55 %) et près d’une femme sur trois (32 %) admettent avoir été infidèles, un comportement en très nette progression depuis les années 70. Les chiffres de l’infidélité sont en augmentation et sont passés de 19 % en 1970 à 30 % en 2001 pour atteindre 43 % en 2014.


Le mécanisme peut être très différent en fonction des histoires et des couples mais des scénarios communs existent. Soit l’un des deux membres du couple traverse une crise personnelle – crise du milieu de vie, volonté de changement de vie radical –, soit l’un des deux est moins tolérant à la frustration, se sent entravé, supporte moins facilement les contraintes de la vie de famille, soit le couple vit à distance depuis longtemps, soit enfin, le couple a laissé se développer problèmes et conflits sans les régler au fur et à mesure.

 

Prenons un exemple tout simple : depuis des années, c’est elle qui décide pour le couple et la famille. Monsieur, lui, n’aime pas le conflit et s’efface. Tous deux semblent en phase et d’accord en tous points. Tout va pour le mieux ? Pas vraiment car au bout de plusieurs années, ce fonctionnement ne tient plus, monsieur explose et cherche naturellement un réconfort à l’extérieur. C’est sur ce terreau que l’infidélité va prendre racine.

 

Un(e) collègue entreprenant(e) ou séduisant(e) ? L’envie de voir si l’on plaît toujours ? Le besoin de liberté ? Peu à peu, les frontières de la relation interdite s’effacent, les barrières qu’on s’était fixées au départ toujours tombent. Au début pourtant, on vit une sorte de lutte de pouvoir avec sa conscience : on sait qu’on enfreint un interdit.
 

Petit à petit on rationalise le conflit qui se joue en nous, on se trouve des excuses pour être serein et en accord avec soi-même. « Je souffre en famille ou dans mon couple, cette relation m’apaise et me redonne confiance en moi, je me sens aimé, je vais mieux et en plus je vis mieux les frustrations ressenties en famille. » On est alors persuadé que cette relation est bien et bonne pour soi – voire pour son couple. Et du moment que l’autre n’en souffre pas, tout va bien. On pourrait presque penser qu’on n’a rien à se reprocher !

 

Commence ensuite de manière plus concrète le jeu de la séduction d’un côté et le mensonge de l’autre. On pense que l’on pourra toujours faire marche arrière, sans imaginer qu’on a déjà mis le doigt dans un engrenage. Cette relation avec la maîtresse ou l’amant devient nécessaire, indispensable, vitale et donne les mêmes sensations de bienfaits qu’une drogue. Finalement on ne peut plus s’en passer car tout le reste – notamment l’époux(se) ou la vie de famille – devient bien fade. Le désir pousse toujours plus loin cette aventure et cette double vie. Avec toujours cette même conviction en tête : l’autre n’en souffre pas, il/elle ignore tout, je ne suis donc pas tiraillé.
 

Les problèmes commencent quand la relation extra-conjugale éclate au grand jour. La situation devient dramatique. Le conjoint adultère qui pensait que l’autre n’en saurait rien est rattrapé par la réalité : il fait souffrir son conjoint et ses enfants. De nombreux couples consultent alors des conseillers conjugaux ou des psychologues spécialisés pour se faire aider dans leur discernement. Certains veulent sauver leur couple – souvent pour protéger les enfants –, d’autres veulent être aidés dans leur choix entre la femme et la maîtresse/le mari ou l’amant... Faut-il se séparer ? Peut-on redevenir un couple comme avant ?
 

En tant que couple chrétien, il faut se rappeler que Dieu s’est engagé dans notre couple et ce depuis  le jour de notre alliance à l’église. Cette « petite église » qu’est devenu notre couple s’est promis amour et fidélité « dans le bonheur et dans les épreuves tout au long de notre vie » et doit parfois affronter de rudes tempêtes mais toujours se relever.

 

Pour ce faire, plusieurs initiatives existent : l’accompagnement par un psychologue, un conseiller conjugal, un thérapeute de couple. Des retraites pour couples en crise sont aussi proposées comme le parcours Aimer mieux (le Cler),  Tobie et Sara (Communauté des Béatitudes), Cana (Communauté du Chemin neuf) et le programme « Retrouvailles ».
 

Si l’infidélité devient un refuge contre les frustrations de la vie quotidienne, attention car elle peut devenir une habitude plus régulière. Il peut être nécessaire alors de se faire aider par un psychologue ou un thérapeute conjugal.
 

Enfin, une infidélité, même pardonnée au terme d’un long chemin, ne sera jamais effacée, ni même oubliée. Si on a la force de vivre avec sans condamner l’autre, on peut continuer à avancer et après une épreuve si lourde franchie ensemble, le couple sera indéniablement plus fort et soudé.Maylis Choné

 

 

Pardonner et guérir son couple ? 


Trois questions à Camille Dunoyer, psychologue et psychothérapeute de couple. 

 

• Certains couples décident de pardonner et d’avancer. Dans quelle mesure est-ce possible ?
 

C’est une grande force de la part de la personne trompée que de décider de pardonner, de rester en couple et d’avancer sans regarder en arrière. Attention toutefois à ne pas prendre l’ascendant sur votre conjoint, ni à chercher à lui faire payer le mal qu’il a fait, ni de ressortir ce vieux dossier dans les moments de crise. Il faut aussi accepter le fait que votre relation ne sera plus vraiment la même qu’avant.

 

• Pourquoi passe-t-on à l’acte, quand on sait d’avance que cela peut détruire sa famille ?


De nombreux patients qui me consultent regrettent amèrement ce qu’ils ont fait : « Si j’avais su la souffrance que j’allais lui causer, jamais je n’aurais démarré cette histoire ». Mais quand on se lance dans une histoire, on est persuadé que personne n’en saura jamais rien. Et puis quand la passion est présente, les barrières tombent plus facilement.

 

• Quels conseils donnez-vous aux couples pour éviter les infidélités ?
 

Pour prendre soin de son couple il faut rester attentif aux demandes, aux aspirations, aux plaintes de votre conjoint et se donner les moyens d’y répondre. Remerciez l’autre, dites-lui pourquoi vous l’admirez. Prenez du temps à deux : les moments de complicité, de rire, de conversations vraies créent et entretiennent l’envie d’être avec l’autre et de rentrer à la maison le soir. Prenez soin aussi de votre sexualité, car si cette dernière est épanouissante et source de plaisir, vous viendrez puiser à la source, car le plaisir crée la fidélité. Propos recueillis par M. C.

 

Article paru dans Zélie n°27 (Février 2018)

Crédit photo © Adobe Stock

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