Madame Campan, plusieurs vies en une

16/5/2016

 

 

Par sa famille, attachée à la cour, Jeanne Genet était prédestinée au service de l’État. Quand elle naquit le 2 octobre 1752 à Paris, son père faisait partie des principaux agents du ministère des Affaires étrangères. C’est naturellement qu’elle fut nommée lectrice des filles de Louis XV à 15 ans, en 1767. Son éducation et sa maîtrise de l’anglais et de l’italien la désignaient pour ce poste. C’était un parcours normal dans l’ascension curiale d’une fille de grand commis de l’état.

 

En 1770, elle devint la seconde femme de chambre de Marie-Antoinette, dauphine de France par son mariage avec le futur Louis XVI. En 1774, Louis XV favorisa son mariage avec Pierre Bertholet-Campan, lui-même issu d’une famille de serviteurs de l’État. Le roi octroya une dot de cinq mille livres. La nouvelle Madame Campan fut, pour la reine Marie-Antoinette, l’amie et la confidente indéfectible. De Fersen à l’affaire du collier, elle sut tout et conserva les secrets pour elle.

 

Lorsque la Révolution ébranla la royauté, elle resta auprès de la reine, servant d’intermédiaire entre plusieurs chefs révolutionnaires et la famille royale, ou recevant des documents confidentiels qu’elle brûla afin qu’ils ne tombassent pas en des mains indiscrètes. Absente le 10 août 1792 lors de la prise du château des Tuileries, elle rejoignit la reine à l’Assemblée. Mais lorsqu’elle voulut suivre sa maîtresse à la prison du Temple, cette faveur lui fut refusée. 

 

Commença, pour Madame Campan, une période d’exil intérieur. La fin de la Terreur, durant l’été 1794, la fit reparaître dans le monde. Privée de ses anciens revenus, son mari ruiné, et devant subvenir aux besoins de sa famille, elle risqua la misère. 
   
Forte de son instruction et de son habitude du monde, elle décida d’ouvrir, à Saint-Germain-en-Laye, une institution  pour jeunes filles. L’éducation qui y était dispensée visait à faire des femmes du monde instruites et de futures mères. Les demoiselles de la meilleure société affluèrent, notamment Hortense de Beauharnais, fille de Joséphine. Le mariage de cette dernière avec Bonaparte, quelques années plus tard, accrut le prestige de l’institution. Celle-ci reçut des demoiselles qui, par la suite, épousèrent des frères Bonaparte, de grands maréchaux de l’empire, des princes allemands et des aristocrates parmi les plus titrés de France. 

 

S’inspirant de ce modèle, Napoléon décida, en 1805, de fonder pour ses orphelines de guerre et les filles de titulaires de la Légion d’honneur l’institution du même nom. En 1807, au château d’Ecouen, l’institution voyait le jour, avec Madame Campan pour surintendante. 

 

L’instruction, codifiée dans le détail par l’Empereur, y était plus contrainte. Madame Campan n’y donnait plus l’allant mondain qu’elle insufflait à Saint-Germain. Mais elle tint la maison d’éducation et en fit, avec l’intendante du site de Saint-Denis, Madame Bonnet, l’école encore existante.

 

En 1814, le retour des Bourbons lui fit perdre ses fonctions. La protection d’anciennes élèves lui permit, cependant, de conserver un titre de surintendante honoraire et une pension. Installée à Mantes-la-Jolie, Madame Campan accomplit sa dernière œuvre en rédigeant ses Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette, ouvrage de témoignage sur la vie de la reine. Elle s’éteignit en 1822 dans la discrétion. • Gabriel Privat

 

 

Article paru dans Zélie n°9 (Mai 2016) - Crédit photo : Joseph Boze/Wikimedia commons

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