Qui sont les anges ?



On sait qu’elles existent, mais on les connaît mal : ces créatures que sont les anges font pourtant partie de la Création. Entretien avec le Père Ludovic Frère, recteur du Sanctuaire Notre-Dame du Laus (Hautes-Alpes) et notamment auteur de Vivre avec les anges, paru aux éditions du Laus.



Zélie : Les anges, avec ou sans ailes, émaillent l’Ancien et le Nouveau Testament. Qui sont-ils ?


Père Ludovic Frère : Les anges ne sont jamais présentés comme un concept, il n’y a pas de « traité des anges ». Ils font partie du créé de manière évidente. Nous sommes invités à accueillir qu’ils sont là, au même titre que les être humains et les animaux. Au fur et à mesure de la lecture de la Bible, on observe une diversité tant dans le monde animal que dans le monde invisible. Les anges sont en effet des créatures purement spirituelles, non corporelles.


On distingue neuf catégories de créatures angéliques citées dans la Bible : les chérubins, les séraphins, les trônes, les dominations, les principautés, les puissances, les vertus, les archanges et les anges. En quoi sont-elles différentes ?


Il me semble que le plus important n’est pas de voir d’abord leurs différences, mais plutôt leur ressemblance, leur profonde communion. Les anges ont été créés par un Dieu de communion, et nous appellent à cette communion entre nous. Même si un ange est parfois évoqué de manière isolée, comme Raphaël dans le livre de Tobie, il est le rappel d’une communion.


Concernant leurs différences entre eux, les anges sont évoqués sous des noms distincts, mais ceux-ci ne sont jamais définis. On trouve les séraphins dans l’Ancien Testament, qui sont des anges adorateurs, l’ange Gabriel qui est un messager, des anges gardiens... Cependant, leurs différences ne se trouvent pas dans une taille en centimètres par exemple, mais dans leurs missions.


Justement, quelles sont leurs missions ?


Je distinguerai cinq missions différentes. Avant tout, la raison d’être des anges est d’adorer Dieu, comme on le voit dans le livre de l’Apocalypse, où saint Jean dit : « Alors j’ai vu : et j’entendis la voix d’une multitude d’anges qui entouraient le Trône, les Vivants et les Anciens ; ils étaient des myriades de myriades, par milliers de milliers. Ils disaient d’une voix forte : "Il est digne, l’Agneau immolé, de recevoir puissance et richesse, sagesse et force, honneur, gloire et louange" » (Ap 5, 11-12). C’est impressionnant de savoir que certaines créatures adorent Dieu en permanence, alors que nous ne l’adorons que de manière limitée dans le temps...


La deuxième mission des anges est d’être des intercesseurs, qui interviennent pour nous, comme ceux qui montent et descendent sur l’échelle dans le songe de Jacob (Genèse 28, 12), ou comme l’ange Raphaël qui dit à Tobie qu’il priait pour lui, pendant que celui-ci enterrait les morts (Livre de Tobie 12, 12). Les anges prient donc pour nous quand nous sommes occupés par notre devoir d’état.


Leur troisième mission est d’être messagers, comme le montre l’origine du mot « ange », du grec angelos qui signifie « envoyé » ; ce terme ne dit donc pas la totalité de leur être. On voit que l’ange Gabriel « fut envoyé » par Dieu. Celui-ci était-il trop occupé ? Non, mais il aime à employer des messagers. Quand j’aime mes parents et qu’ils m’aiment, c’est aussi Dieu que j’aime et qui m’aime. Dans la vie, il y a des médiations, et Dieu nous fait goûter des médiations diverses.


Les anges sont aussi des serviteurs, comme le souligne la Lettre aux Hébreux (1, 14) : « Les anges ne sont-ils pas tous des esprits chargés d’une fonction, envoyés pour le service de ceux qui doivent avoir en héritage le salut ? ». Cette mission est aussi le résumé de notre vocation.


Enfin la cinquième mission est celle des anges gardiens, protecteurs, dont le rôle est de nous éviter de prendre d’autres chemins que celui qui conduit à Dieu.


Les anges sont-ils libres ?


C’est une question qui interroge sur ce que cela veut dire, « être libre » : la liberté est-elle dans la possibilité de choisir entre deux choses contraires, ou dans la correspondance à ce que l’on est ? Dans la foi, nous appelons « liberté » cette deuxième notion : être libre, c’est correspondre à ce que l’on doit être. Ainsi, puisque les anges sont pleinement dans leur vie d’anges, ils sont totalement libres. La théologie angélique reconnaît que leur choix pour ou contre Dieu, les anges l’ont posé au moment de leur création : ils ont alors pu embrasser le projet divin, ou s’y opposer en devenant ainsi des anges déchus, appelés aussi « démons ».


De l’Annonciation à l’Ascension, les anges sont présents dans la vie terrestre du Christ. Pourquoi ?


Ils sont présents en effet à tout moment, sauf pendant sa vie publique, période pendant laquelle le Fils de Dieu est agissant en personne dans le monde... A l’époque de Jésus comme aujourd’hui, on peut dire que les anges sont comme des amis auprès de nous, pour attester qu’il y a plus grand que ce que l’on voit.


Dans l’évangile, Jésus évoque Satan et est même tenté par lui. Qui est celui-ci ?


La réalité démoniaque est très présente dans l’évangile, même si dans les dernières décennies, on a assez souvent essayé de la nier. Jésus évoque Satan, notamment quand les disciples soumettent les démons au nom du Christ : « Je regardais Satan tomber du ciel comme l’éclair » (Luc 10, 18). Celui-ci en veut à l’œuvre d’amour de Jésus.


Je suis prêtre exorciste, et je peux vous dire qu’il ne vaut mieux pas nier la réalité démoniaque. Benoît XVI disait que le diable a deux stratégies pour être puissant : faire croire qu’il n’existe pas, ou nous lui faire donner trop d’importance. En effet, il n’est pas un « dieu du mal », mais seulement une créature. Le Christ a dominé sur Satan ; mais celui-ci continue à pouvoir nous tenter.


Les anges sont-ils présents à la messe ?


Oui, et c’est plutôt nous qui nous unissons à la liturgie du Ciel ! Ce point de vue a renouvelé ma vision de la célébration de l’Eucharistie... En effet, au moment du Sanctus, nous disons en effet que nous unissons nos voix à celles des anges. Ceux-ci nous aident à être plus pleinement conscients du mystère célébré. On peut être attentif au nombre de fois où le mot « ange » est prononcé pendant la messe, sans oublier le Gloria qui est le chant même des anges à Noël.


Les anges peuvent-ils lire dans nos pensées ?


Dieu a trop de respect pour nous pour permettre qu’une créature s’introduise dans notre intériorité. Cependant, les anges ont une intelligence plus subtile que la nôtre, et notre ange gardien a une expérience de compagnonnage avec nous, qui fait qu’il nous connaît bien ! 


Comment savoir quand les anges agissent, par exemple, si l’un d’eux nous a protégé ?


En fait, est-ce important de le savoir ? Est-il utile de se demander si cette première pensée vient de moi, cette deuxième de l’Esprit-Saint et cette troisième de mon ange gardien ? Tout a sa source et sa fin en Dieu ! Les anges n’ont pas de finalité pour eux-mêmes. Dans l’Apocalypse (19, 10), saint Jean dit qu’il se prosterne devant un ange, mais que celui-ci répond : « Non, ne fais pas cela ! Je suis un serviteur comme toi, comme tes frères qui portent le témoignage de Jésus. Prosterne-toi devant Dieu ! ». Que l’Esprit-Saint passe par un ange, une personne dans la rue ou encore l’homélie du prêtre, c’est l’Esprit-Saint qui est à l’origine !


Pourquoi parle-t-on si peu des anges aujourd’hui ?


Je trouve qu’on assiste à un retour de l’évocation des anges depuis une quinzaine d’années. C’est un effet de balancier ; il fut un temps où les anges et les démons avaient trop de place, où l’on ne remontait pas jusqu’au Seigneur. Ensuite, certains ont affirmé qu’anges et démons étaient uniquement des représentations. Il est vrai qu’on ne sait pas si Jacob a lutté contre un ange ou contre Dieu (Osée 12, 5), et parfois la Bible dit sans doute ange pour ne pas « oser » dire Dieu. Cependant, Jésus est très clair sur le fait que les anges sont des créatures.


Dans les années 1970 à 1990 notamment, certains ont voulu se libérer d’une imagerie angélique. C’est vrai, les anges ne sont pas joufflus avec des ailes dans le dos : ils n’ont pas d’ailes, ni de dos ; ce sont des créatures immatérielles.


Des livres à caractère ésotérique évoquent les anges aujourd’hui. Pour quelle raison, selon vous ?


En effet, lorsqu’on tape le mot « ange » sur un moteur de recherche, on arrive notamment sur des sites ésotériques. On retrouve cette tendance à déifier les anges, à une forme des panthéisme où l’on a attribué à des anges des vertus particulières et divines... Le problème est toujours le même, de s’arrêter aux anges sans monter jusqu’à Dieu. De plus, s’agit-il d’anges de lumière ou de ténèbres ? Il faut être prudent, si ces anges paraissent loin de Dieu.


A Notre-Dame du Laus, des anges et des démons se manifestent à la vénérable Benoîte Rencurel. Pouvez-vous nous donner un exemple ?


Benoîte Rencurel a vu des manifestations angéliques ou démoniaques plus de 500 fois ! Les anges sont présents dans la vie de Benoîte de manière quasi naturelle, comme dans la Bible, ou encore comme dans la vie de Padre Pio, qui, enfant, s’étonnait que tout le monde ne voie pas son ange gardien, comme c’était le cas pour lui.


Un jour, un ange reproche à Benoîte d’être impatiente, et celle-ci répond : « Si vous aviez un corps comme nous, on verrait ce que vous pourriez faire ! ». La simplicité de Benoîte dans son rapport aux anges peut nous aider à simplifier le nôtre, par exemple, face à un beau paysage, on peut dire à son ange gardien : « Tu as vu comme c’est beau ? ». Il y a une complicité à creuser. Propos recueillis par Solange Pinilla


A lire aussi > Zélie n°45, « Qui sont les anges gardiens ? », p. 4 et 5


Crédit photo : Hans Memling/Wikimedia commons CC


Lire le reste de notre dossier sur les anges dans Zélie n°68 - Décembre 2021

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