Sœur Marie-Ange, une ermite dans la ville




« Dès lors que j’ai pensé à la vie religieuse, j’ai toujours voulu être ermite », raconte Sœur Marie-Ange. On lui a cependant conseillé d’entrer dans une communauté contemplative, ce qu’elle a fait. Elle en est ressortie, et ses autres essais en communauté religieuse l’ont plutôt confirmée dans son désir de vie érémitique. Enfin, l’évêque de Séez l’a accueillie comme ermite dans son diocèse : après un an de discernement, Sœur Marie-Ange a pris l’habit en mai 2019. La trentenaire habite Sées, dans l’Orne en Normandie.


« Dieu m’a attirée dans la vie érémitique, dans la mesure où la grâce ne détruit pas la nature : il ne nous appelle pas dans une vocation où l’on serait malheureux. » Contrairement aux vierges consacrées par exemple, les ermites prononcent les trois vœux de pauvreté, chasteté et obéissance. Ils ont une vocation contemplative et une vie séparée du monde. Leur travail doit être compatible avec une vie de prière, car Sœur Marie-Ange suit les huit offices du Bréviaire romain.


Le mot « ermite » venant du mot eremus (désert), la religieuse voit peu de personnes, sauf lorsqu’elle se rend à la messe quotidienne, fait ses courses, reçoit ou rend des visites. « Ce n’est pas une réclusion », précise-t-elle.


Son travail semble particulièrement en harmonie avec cet état de vie si particulier : Sœur Marie-Ange peint (on dit « écrit ») des icônes. « Quand j’ai découvert l’iconographie lors d’un stage, cela a été une révélation : c’est une prière, plus qu’une peinture, car chaque sujet représenté vient des écritures ; c’est une manière de rendre visible l’invisible. »


L’écriture d’une icône lui demande au moins 20 heures de travail ; un à deux mois de séchage sont nécessaires avant la pose du vernis final. Son activité, « L’atelier de la Sainte-Face », est également pour elle un apostolat, qui permet de « porter le Christ et les saints dans les familles », et de prier pour la personne qui a commandé l’icône. Solange Pinilla


Questionnaire de Proust revisité


Une odeur de votre enfance ? La confiture d’abricot que ma grand-mère faisait tous les étés.


Le principal trait de votre caractère ? Sans hésitation, l’hypersensibilité.


Votre lieu préféré à Sées ? La Basilique de l’Immaculée Conception où j’ai prononcé mes premiers vœux.


Ce que vous aimez en automne ? J’apprécie particulièrement le ralentissement des jours, de la nature qui se prépare doucement au sommeil de l’hiver, les couleurs chaudes et caractéristiques de nos forêts. Très tôt le matin, il y a souvent du brouillard, j’aime ce moment où tout est endormi, calme. Ce moment porte particulièrement à la prière...


En écriture d’icônes, une couleur que vous aimez particulièrement ? Question difficile ! Plus qu’une couleur, il s’agit de la montée vers la dernière lumière. Lorsque l’on écrit une icône, on commence par les couleurs sombres pour monter progressivement vers les couleurs les plus claires, les plus lumineuses et finir par les dernières touches de lumière. C’est le moment que je préfère.


Un chant qui vous porte ? J’aime particulièrement le chant « Anima Christi » arrangé par Mgr Marco Frisina.


Un moment qui vous ressource ? Lorsque l’occasion se présente, j’aime aller sur la côte, face à l’océan. C’est un vrai moment de ressourcement. Je peux rester des heures à contempler, à prier. « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. La terre était informe et vide : il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme, et l’Esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux » (Gn 1,2).



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Crédit photo (c) Coll. particulière


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