Apprendre à savoir dire non




Il n’est pas toujours facile de refuser une demande de son patron, de sa belle-mère ou de sa meilleure amie. Peur de déplaire, suradaptation constante aux autres, demande formulée de manière implicite par l’interlocuteur… Pour éviter ces fausses raisons de dire « oui », il est possible d’apprendre à dire non quand c’est nécessaire.



Une amie me demande si je peux garder ses enfants ; je n’en ai pas vraiment envie, mais bon, il faut bien l’aider, non ? Mon mari souhaite vivement que ses parents viennent nous voir le week-end prochain ; cela ne m’emballe pas, mais je dois bien m’y résoudre... Dans le quotidien, de nombreuses personnes ne savent pas dire non, sans qu’elles en aient forcément conscience.


Ne pas arriver à dire non peut parfois avoir de graves conséquences. Une sexologue raconte : « J’ai rencontré peu de femmes qui ont subi une agression sexuelle par la force ; en revanche, de nombreuses personnes m’ont dit qu’elles s’étaient senties abusées parce qu’elles n’avaient pas réussi à dire non ».


Au fait, pourquoi dit-on parfois oui parce que l’on n’imagine pas dire non ? Dans 50 exercices pour savoir dire non (Eyrolles), la psychothérapeute France Brécard avance une hypothèse : « Quand une situation, une personne nous impressionne, il peut nous arriver de nous adapter à l’autre comme un enfant devant une grande personne. Nous appelons cet état l’Enfant adapté. Cette adaptation nous était nécessaire quand nous étions des enfants. Il est important de grandir dans notre tête et dans notre cœur pour pouvoir résister à tous ceux devant qui, aujourd’hui, nous nous sentons démunis et fragiles ».


Il arrive également que lorsque nous étions enfants, nos tentatives de rébellion devant nos parents ou autres figures d’autorité n’aient pas été couronnées de succès, voire violemment réprimées ; nous en avons conclu que dire non n’aboutissait à aucun résultat et qu’il valait mieux se soumettre.


Il existe une autre mauvaise raison de dire oui : vouloir « sauver » l’autre, c’est-à-dire imposer son aide pour être considéré comme une personne fiable et attentionnée (lire aussi Zélie n°37, « Relations : sortir de la toxicité ordinaire »). Une personne qui se conduit ainsi est souvent suradaptée ; elle fait passer ses besoins bien après ceux des autres, au lieu d’articuler les deux en sachant poser des limites (par exemple : « Je suis désolée mais je ne suis pas disponible pour t’écouter »).


On peut aller chercher les sources de cette incapacité à dire non, comme le souligne France Brécard, et se demander à quels messages internes on obéit inconsciemment. Certaines croyances limitantes peuvent aussi nous inciter à nous suradapter, par exemple : « Je ne suis pas important, donc je laisse les autres diriger ma vie ».


Comment apprendre à dire non ? On peut saisir un carnet et un crayon et s’interroger : à quelles personnes je n’arrive pas à dire non ? Qu’est-ce qui me pousse à accepter ? Est-ce parce que je crains les conséquences, par exemple parce que j’ai peur que mon interlocuteur se mette en colère ?


Dans de nombreux cas, la personne acceptera notre refus sans problème. Un bon moyen est tout simplement de s’imaginer en train de dire non, et de constater qu’on en est capable. Le vendeur me demande si je veux la carte de fidélité du magasin ? « Non merci, je ne suis pas intéressé ». Une personne SDF quête une pièce ? « Je suis désolé, je ne peux pas vous donner. Bon courage et bonne journée ! ».


Il est parfois important de préparer son argumentation, et même d’obliger la personne à exprimer clairement sa demande : « Que se passe-t-il ? De quoi as-tu besoin ? En quoi puis-je t’aider ? ». Il faut également s’astreindre à réaliser uniquement ce qui a été explicitement demandé.


Dire non à tout et constamment n’aurait pas de sens. La vie et les relations sociales sont un subtil équilibre entre la préservation de l’espace personnel et l’entrée en contact avec les autres, entre l’action individuelle et la coopération.


Si notre conjoint nous propose de passer le dimanche suivant en famille et que cela ne nous enchante pas, mais que sa demande nous paraît néanmoins légitime, nous pouvons passer une sorte de « contrat » : « Je m’engage à venir et à rester bienveillante, et tu es d’accord pour qu’on parte à 16 heures, afin de finir la journée tous les deux. Si l’un de nous ne respecte pas le contrat, l’autre lui lance un clin d’œil ! » Soyons cohérents, nous serons plus libres : « Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non” » (Mt 5, 37). Élise Tablé



Lire le reste de Zélie n°66 - Octobre 2021


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