Alexia Vidot, un cœur brûlant




Dans un monastère en montagne, la journaliste et écrivain Alexia Vidot a rencontré le Christ. Elle a découvert un Dieu qui cherche l’être humain, respecte sa liberté et l’aime d’un amour inconditionnel.



Un beau jour d’hiver, Alexia Vidot frappe à la porte d’un monastère, dans les Alpes. Elle a 20 ans, et ne croit pas en Dieu ; elle vient simplement chercher un peu de silence en ce mois de février 2008. « Deux bonnes amies de lycée – de pétillantes catholiques – m’avaient simplement vendu un "bon-plan-vacances-à-la-montagne" en m’assurant que la messe n’était pas obligatoire et que personne, à commencer par les religieuses, ne viendrait m’embêter ».


Dans Comme des cœurs brûlants (Artège), Alexia raconte sa conversion, mais aussi celle de sept hommes et femmes du XXe siècle, tels que la caricaturiste française Marcelle Gallois ou le médecin japonais Takashi Nagaï.


« Le premier soir du reste de ma vie, raconte Alexia dans la première partie de l’ouvrage, l’on toque à la porte de ma chambre. J’ouvre, non sans râler intérieurement – on veut déjà m’extirper de mon repère ! - et que vois-je dans la pénombre de couloir ? Deux petites flammes incandescentes et un joyeux sourire. La sœur au regard de feu entre sans se faire prier. S’assoit sur mon lit avec une simplicité déconcertante. Plonge ses yeux dans les miens. Et me demande à brûle-pourpoint : "Alexia, qui es-tu ?" ».


Pour l’étudiante, c’est l’expérience de son cœur qui s’ouvre, qui livre peu à peu ses questions et sa soif. Elle plonge dans ses profondeurs. « J’entends alors gémir un manque, et même une perte, une insatisfaction douloureuse, une soif d’absolu inassouvie et qui me tenaille, un goût amer face à ce monde cupide que je perçois sans hauteur ni profondeur ni épaisseur, un besoin d’amour vrai, définitif, total, une aspiration à quelque chose de grand, de beau et de vrai, à un idéal pour lequel je pourrai vivre pleinement – mourir aussi. Et si tout cela était, en moi, comme une signature marquée par le feu d’un désir d’infini, d’un désir de... Dieu, lâchons le mot ? »


Ce sont les mots et surtout l’écoute de la religieuse - la prieure -, qui font « exploser la chape de plomb que l’esprit du monde avait coulé sur [son] intériorité ».


Le lendemain, une jeune sœur arrive dans la cellule d’Alexia, les bras chargés de livres de Mère Teresa, Benoît XVI ou encore Le récit d’un pèlerin russe. Elle emmène l’étudiante devant une fresque du sanctuaire, qui représente la Trinité. « Alors ce mystère si mystérieux d’un seul Dieu en trois personnes se révèle comme une réalité simple comme l’amour : "Dieu aime comme l’émeraude est verte", résume Simone Weil. »


Plongée dans le silence, et au gré des discussions, en trois jours, Alexia est retourné « comme un gant » par Dieu. Ou du moins c’est ce qu’elle pensait, avant de prendre conscience que Dieu avait préparé cette rencontre en amont, discrètement mais fidèlement. Le moment venu, ces jours de 2008 dans la montagne immaculée, il a « séduit » la jeune fille : « Dieu me savait sensible au beau : il a déployé à mes pieds les merveilles de sa Création, et à mes oreilles, celles de la liturgie. Dieu me savait vulnérable aux manifestations d’amour gratuit : il a mis sur ma route des petites sœurs pleines d’attention et de délicatesse. Dieu me savait en quête d’absolu, d’idéal, de radicalité : il m’a fait rencontrer des témoins héroïques de sa charité ».


Ces sœurs ont eu et ont toujours un grand rôle dans la vie spirituelle d’Alexia, car « on n’est pas chrétien tout seul ». C’est au monastère qu’elle a été baptisée et a reçu la première communion, le 6 septembre 2008. C’est aussi avec cette communauté qu’elle garde des liens, pour avancer parmi les difficultés de la vie. Sa nouvelle famille, c’est aussi l’Eglise visible et l’Église invisible, par la communion des saints.


Pour autant, elle ajoute : « Je peux en témoigner : la vie chrétienne n’est pas un long fleuve tranquille. Ces douze dernières années n’ont point été de tout repos. (...) J’ai eu des hauts et des bas avec Jésus, des moments de plus ou moins grande intimité - c’est le lot de toute relation ».


Même si elle ne se sent pas de la trempe des « convertis convertisseurs », à l’instar de Jacques et Raïssa Maritain, Alexia a pu rayonner suffisamment de la grâce de Dieu pour devenir, de sa sœur de quatre ans son aînée, la marraine de baptême. Plus généralement, « le Nom du Christ n’est pas à taire dans un silence gêné ni son enseignement à édulcorer pour ne pas choquer ou déplaire ». La Bonne nouvelle n’attend pas ! Solange Pinilla



Lire le reste de notre dossier "Chemins de conversion" dans Zélie n°72 - Avril 2022


Photo © Stéphane Grangier

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