Prévoir la météo soi-même

20/3/2020

 

 

Pour connaître le temps qu’il va faire dans la journée, il est fréquent que l’on consulte la météo sur Internet. S’il est vrai que le numérique peut être un outil précieux pour s’informer et créer, il est dommage de perdre en autonomie dans certains domaines. Et si nous apprenions à regarder par la fenêtre et à observer certains indicateurs, afin de savoir comment nous habiller ?

 


Même les professionnels de la météo le savent : on ne peut réaliser des projections vraiment fiables qu’à 24 heures, à hauteur de 90 %, comme l’affirme le météorologiste Louis Bodin dans Comment prévoir sa météo ? (Plon), livre dont s’inspire largement notre article. Il est cependant possible d’observer son environnement pour essayer de prévoir s’il fera beau, pluvieux ou nuageux.


La France, entre mers et montagnes, subit plusieurs influences : « Il n’existe aucun pays qui puisse présenter sur des distances aussi courtes une telle variation de climats et de situations météorologiques », affirme Louis Bodin. Ainsi, en montagne et sur le littoral méditerranéen, la plupart des critères de pression, de vent ou de couverture nuageuse détaillés ci-dessous ne fonctionnent pas.

 

Pour commencer une observation météo, il est nécessaire de situer sa position sur l’axe Nord, Sud, Ouest et Est, grâce à une boussole, ou au soleil s’il est visible ; le soleil est situé exactement dans la direction du Sud, à 13 heures en hiver et à 14 heures en été – du moins sur le méridien de Greenwich, qui passe à 15 km du Mans.

 

On peut ensuite observer le ciel et les nuages. Un nuage est constitué de gouttelettes d’eau ou de glace en suspension dans l’air ; c’est quand une particule d’air est saturée en eau qu’elle devient gouttelette. Ainsi, une particule d’air chaud, refroidie par une baisse de température ou une baisse de pression, finit par former une gouttelette. à l’inverse, une particule d’air se réchauffe si la pression augmente (comme quand on gonfle les pneus d’un vélo).

 

Si le ciel est d’un bleu profond sans nuages, l’humidité invisible contenue dans les particules d’air a peu de chances de donner des nuages dans les heures qui viennent. Le soleil brillera donc très probablement le reste de la journée. Si les avions de ligne ne laissent pas de traînée de condensation derrière eux, il n’y a pas beaucoup d’humidité en haute altitude, donc pas de perturbation prévue avant au moins 24 heures. Mais si l’avion laisse une traînée derrière lui, il y a donc de l’humidité et des nuages d’altitude ne vont pas tarder à se former, augurant d’un temps plus nuageux.


Si le ciel est bleu pâle, l’humidité est importante dans l’atmosphère. Si les avions ne laissent pas de traînées importantes, l’humidité est près du sol et il est peu probable que les nuages se forment. Mais s’ils laissent de grosses traînées de condensation, c’est que l’humidité est en altitude et que des nuages élevés se formeront dans les heures suivantes.

 

Quand le ciel est nuageux, deux possibilités existent : sommes-nous dans un anticyclone ou une dépression ? L’anticyclone caractérise une zone où la pression atmosphérique est supérieure à 1013 hPa – la mesure est l’hectoPascal, qui équivaut à un millibar. La dépression est une zone où la pression est inférieure à 1013 hPa, qui correspond à la pression moyenne au niveau de la mer.

 

Un ciel peut donc être nuageux (par exemple, des cumulus en forme de chou-fleur), mais si la pression est suffisamment haute, cela ne donnera pas de pluie. En revanche si la pression – que vous pouvez consulter sur un baromètre – est basse, on va trouver une perturbation, c’est-à-dire une zone nuageuse souvent pluvieuse, qui correspond à une zone de conflit entre deux masses d’air. 


Si la baisse de pression est lente mais modérée, cela annonce le passage d’une dépression et d’une perturbation loin de chez vous. Une baisse de pression lente et régulière (2 à 3 hPa minimum en 3 heures) pendant plus de 24 heures annonce un temps couvert et pluvieux pour plus d’une journée. Enfin une baisse rapide de 2 ou 3 hPa en 2 heures environ indique l’arrivée de nuages plus sombres et de pluies continues.


Enfin, les conditions peuvent n’être ni dépressionnaires ni anticycloniques, mais celles d’un « marais barométrique », quand la pression se situe autour de 1013 hPa : dans ces conditions, les prévisions sont particulièrement difficiles à faire.

 

Autre paramètre : la température. Celle-ci est difficile à prévoir car le soleil, le vent, l’humidité, la tenue vestimentaire et d’autres facteurs subjectifs influent sur la température ressentie. Par exemple, par rapport à une température observée au nord sous abri, on peut ressentir, si l’on est exposé au soleil, 5 à 10 degrés de plus selon la saison. Autre facteur : le réchauffement urbain, qui apporte un écart moyen de 2 à 3 degrés entre le centre d’une ville et la banlieue.

 

Observer le vent permet de mieux comprendre l’évolution du temps qu’il fait. On peut trouver la direction du vent – qui est en fait l’endroit d’où il vient : un vent d’Ouest souffle de l’Ouest vers l’Est –, en regardant, dans un endroit totalement dégagé, dans quelle direction vont les nuages. On peut observer le vent avec une girouette sur un clocher, ou en mettant son doigt mouillé à la verticale au-dessus de sa tête : c’est la zone la plus froide de notre peau qui indiquera la direction recherchée. Autre indice : le bruit de la voie ferrée, d’un clocher ou d’une route, que l’on entend mieux selon la direction du vent.

 

En revanche, on peut difficilement détecter celle-ci en ville, car les bâtiments détournent le vent sur plusieurs centaines de mètres. De manière générale, les vents venant du secteur allant de l’Ouest à l’Est en passant par le Nord, sont frais ou froids, tandis que ceux venant du Sud-Ouest au Sud-Est sont souvent plus chauds.


Mais c’est plutôt le changement de direction du vent qui peut donner un indice sur le changement du temps : en effet, le vent souffle autour - et non à l’intérieur - des anticyclones, dans le sens des aiguilles d’une montre, et des dépressions, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre – en tout cas dans l’hémisphère Nord. Il faut donc observer plusieurs fois ce qu’il se passe, car le changement de direction du vent peut modifier l’évolution du temps. 


La formation d’une dépression ou d’un anticyclone, causée par les liens entre le vent, la température, la pression et l’état du ciel, s’appelle un « système météo ». C’est le travail des météorologistes d’en observer et prévoir l’évolution, et cela reste un exercice délicat. 


Par ailleurs, le littoral et la montagne présentent des cas particuliers, qu’il serait trop long de détailler ici ; les montagnes ont tendance à bloquer l’humidité des perturbations sous forme de pluie ou de neige en altitude, car les nuages ont dû grimper le long du relief et se sont refroidis ; l’air qui redescend sur l’autre versant est donc plus sec et le ciel est dégagé ; cela s’appelle « l’effet de foehn ».

 

Pour conclure, sans arriver au niveau d’expertise des professionnels, et connaissant la variabilité de la météo, on peut cependant acquérir, si ce n’est déjà le cas, un baromètre - la pression est la même à l’extérieur et à l’intérieur -, placer un thermomètre au nord à l’ombre et sous abri, regarder par la fenêtre pour observer les nuages et le vent. Ce sera toujours plus stimulant que de faire des recherches de manière automatique sur le net. Bonnes observations ! Elise Tablé

 

 

Dictons météo : vrais ou faux ?

 

L’expertise scientifique actuelle a infirmé ou confirmé les dictons énoncés par l’expérience des générations précédentes, selon Louis Bodin.


Faux • « Noël au balcon, Pâques aux tisons. »
« Printemps très pluvieux, été très chaud. »
« Quand le chien gratte la terre, la pluie est dans l’air. »


Vrais • « Rouge le soir, au temps aie espoir ; rouge le matin, abrège ton chemin. » (Un ciel rouge le soir montre une atmosphère peu humide et un ciel a priori dégagé le lendemain ; tandis qu’un ciel rouge le matin indique une absence de rosée mais un vent qui se lève, donc l’arrivée probable d’une perturbation).
« Si passent nuages bas et très unis, la pluie n’attendra pas minuit. »
« Brouillard en hiver, signe de gelée. »
« Quand il y a bonne rosée le soir, la journée du lendemain sera bonne. »

 

 

Prévisions météo : même Jésus en parle !

 

« Jésus leur répondit : « Quand vient le soir, vous dites : “Voici le beau temps, car le ciel est rouge.” Et le matin, vous dites : “Aujourd’hui, il fera mauvais, car le ciel est d’un rouge menaçant.” Ainsi l’aspect du ciel, vous savez en juger ; mais pour les signes des temps, vous n’en êtes pas capables. » (Matthieu 16, 2-3)

 

«  Jésus disait : « Quand vous voyez un nuage monter au couchant, vous dites aussitôt qu’il va pleuvoir, et c’est ce qui arrive. Et quand vous voyez souffler le vent du sud, vous dites qu’il fera une chaleur torride, et cela arrive. Hypocrites ! Vous savez interpréter l’aspect de la terre et du ciel ; mais ce moment-ci, pourquoi ne savez-vous pas l’interpréter ? » (Luc 12, 54-56)

 

 

Lire le reste de Zélie n°50 - Mars 2020

 

Crédit photo : 13897449 /Pixabay CC
 

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