Être soi, être belle

18/9/2019

 

 

La parfaite recette de beauté : aligner sa beauté intérieure et sa beauté extérieure. Un travail personnel en perspective ! Malgré un rapport à la beauté blessé par le péché originel, être belle manifeste le rayonnement de l’amour.

 

 

Qu’est-ce que la beauté ? La beauté ne se définit pas, elle se vit et se contemple ! Loin d’être un artifice, la beauté d’une personne révèle sa beauté intérieure et son mystère - c’est-à-dire ce qu’on n’aura jamais fini de comprendre et d’admirer. Mais de quoi – ou plutôt de qui - la beauté est-elle le nom ?

 

Nombreux sont ceux qui l’ont pressenti, de la chanson de Claude François - « Elles sont toutes / Belles belles belles comme l’amour » - à l’actrice Audrey Hepburn (photo) : « La beauté d’une femme se voit dans ses yeux, car ils sont la porte de son cœur, l’endroit où réside son amour. » Et le Catéchisme de l’Église catholique nous dit également : « La pureté du cœur nous permet de percevoir le corps humain, le nôtre et celui du prochain, comme un temple de l’Esprit Saint, une manifestation de la beauté divine. » (1)


La beauté est le reflet, l’émanation de l’amour, c’est-à-dire de Dieu. Dans le plan de Dieu à l’origine, que l’on peut lire dans les deux premiers livres de la Genèse, on observe l’émerveillement initial entre l’homme et la femme, ainsi que leur nudité.

 

« Adam et Eve n’ont pas honte l’un devant l’autre car ils ont un cœur pur, c’est-à-dire qu’ils voient l’invisible à travers le visible : en voyant le corps de l’autre, ils voient le cœur, ils voient tout le mystère de la personne » racontent Marie-Gabrielle Ménager et Esther Pivet – qui développent les parcours Wahou ! sur la théologie du corps –, dans le livre Le beau projet de Dieu pour l’amour humain (Artège) (lire aussi l'article « Dieu, le corps et l'amour »).

 

Hélas, en refusant Dieu par le péché originel, nos premiers parents perdent le sens du don, mais aussi le sens de la beauté. Le regard n’est plus clair et peut chosifier l’autre. La beauté fait parfois l’objet d’une captation, notamment celle des femmes. Le rapport à la beauté est blessé. 


« La beauté a été la gloire autant que le fardeau des femmes », explique Claire de Saint Lager dans La voie de l’amoureuse (Artège). Elle ajoute : « La beauté est un fardeau quand elle est soumise aux rapaces et à l’appétit des violents. Je pense à toutes ces femmes vendues pour leur beauté ; en mariage, à la traite des blanches, en prostitution. Je pense à toutes ces femmes violées d’avoir été trop belles, avant d’avoir aimé l’amour. Je pense aussi au milieu de la mode, où l’on dit honorer la beauté et où l’on pousse à bout les jeunes femmes pour qu’elles plient leurs pauvres corps à toutes les exigences des créations. » 


Heureusement pour notre humanité, le Christ est venu nous sauver ; même si le salut n’apparaîtra clairement qu’à la résurrection des corps, il est déjà là. Jésus a sauvé notre regard et continue à nous rendre cette capacité par l’Esprit-Saint. Durant sa vie terrestre, il regardait les femmes avec respect et bonté, même celles qu’on considérait avec réprobation. Devant la femme surprise en situation d’adultère, présentée par les scribes et les pharisiens, il se baisse et du doigt écrit sur la terre (2), pour ne pas enfermer la femme dans ce regard qui condamne. Jésus considère avec bonté la femme pécheresse qui pleure sur les pieds du Seigneur, les essuie avec ses cheveux, les couvre de baisers et répand du parfum (3). 

 

En attendant la résurrection des corps, où nous vivrons pleinement en Dieu, nous sommes invités à prendre en compte cette blessure dans le rapport au corps et à la beauté. Apprendre à ne pas avoir un regard qui capte et enferme – notamment pour les hommes qui sont particulièrement touchés par cette tentation – peut passer par l’éducation affective et sexuelle où l’on apprend le respect de l’autre, corps et esprit, et où l’on s’émerveille sans réifier. Il existe même un parcours d’éducation affective par l’art, proposée par l’association Ichtus, montrant là encore le lien entre beauté et amour.

 

Prendre en compte la blessure consiste également à préserver le mystère de sa personne grâce à la pudeur, de la même façon qu’après le péché originel, « le Seigneur Dieu fit à l’homme et à sa femme des tuniques de peau et les en revêtit ». (4) 

 

Comment trouver le point d’équilibre de la pudeur ? Il ne s’agit pas de centimètres de tissu – chaque femme étant de toute façon unique -, mais d’une double perspective. D’une part, mettre en valeur sa beauté singulière – notamment par les formes et couleurs qui nous conviennent, mais aussi par l’attitude – va permettre de révéler l’unicité et la beauté intérieure de chacune. Le regard va ainsi être attiré par la lumière du visage mais aussi la beauté globale de la personne. De fait, ce n’est pas uniquement le visage qui révèle l’intériorité - comme on pourrait le croire dans certaines tenues extrêmement couvrantes... 


Second critère : par respect pour soi et pour les autres, mieux vaut ne pas révéler outre mesure ce qui relève de l’intime et du mystère de la personne. Prendre en compte la blessure originelle du regard implique de ne pas tout dévoiler – en position statique mais aussi lorsqu’on se penche ou que l’on s’assoit. Il ne s’agit pas de se considérer comme un potentiel objet de désir à cacher, mais bien de respecter le mystère de son corps et le regard des autres. Bien sûr, la pudeur vaut aussi pour les hommes : se promener torse nu dans la rue ou chez des amis est un manque de pudeur car un dévoilement. 


Rayonner de sa beauté intérieure et prendre soin de la beauté de son corps n’est pas toujours une évidence. Nous avons d’abord l’héritage de celles qui nous influencent initialement sur notre manière de nous habiller : notre mère, et parfois nos grand-mères. Bénédicte Delvolvé, créatrice des ateliers Illuminessence, souligne que certaines phrases peuvent être également un peu restrictives : « Comme tu es blonde, porte du rouge » ou « Le violet est une couleur de deuil »... La mère a un rôle à jouer pour aider la petite fille à s’aimer et à développer un « bon » narcissisme. »


Plus tard, en tant que femme, « il y a deux écueils, analyse Anne-Aymone Belliard, coach en image. Le premier est d’être jolie mais de ne pas habiter sa beauté. Le deuxième est d’être très active et dans le don de soi, mais de ne pas se mettre en valeur physiquement. »

 

A bien y réfléchir, ces écueils se présentent lorsque l’on coupe la beauté de l’amour – au sens large. La beauté sans l’amour, c’est quand le soin de soi devient démesuré et tourne à la contemplation narcissique, mobilisant énormément de temps et d’énergie, au détriment de l’ouverture aux autres. Ou quand le corps devient un « mannequin » pour porter aveuglément les toutes dernières pièces à la mode, ou un objet à modeler pour rentrer dans une norme – mince et bronzée, bien sûr. 


La beauté est également séparée de l’amour quand elle est instrumentalisée à des fins de manipulation : séduire vient du latin se ducere, conduire à soi ; la séduction ne respecte alors ni l’autre, ni soi-même puisque le corps est réifié. On voit alors la différence entre être séduisante – attirer involontairement le regard par son rayonnement – et être séductrice.


Selon Anne-Aymone, une figure qui a su particulièrement allier beauté et amour est Audrey Hepburn. « Grande et fine à une époque où l’on valorisait les formes rondes comme celles de Marilyn Monroe, cette actrice a su incarner une autre idée de la féminité. Cette minceur, Audrey Hepburn la tenait de sa jeunesse difficile et des privations durant la seconde guerre mondiale ; elle a alors eu très à cœur de mettre sa notoriété au service des plus pauvres, comme en témoigne son engagement à l’Unicef. C’est un peu ma Mère Teresa de la mode ! »

 

Le questionnement porte sur la beauté intérieure – ce qu’on a reçu, ses qualités, son univers personnel, ses goûts, ses émotions, sa confiance en soi, et avant tout sa valeur unique de femme créée à l’image de Dieu  – mais aussi sur sa beauté extérieure. Elle transparaît d’abord grâce au regard, au sourire et à l’attitude. 


Ensuite, chaque femme est unique et a sa propre morphologie. En France, dans la classification la plus connue, on distingue six morphotypes en fonction de l’alignement des épaules, de la taille et des hanches (voir Zélie n°4, page 4). On conseille en général de « rééquilibrer la silhouette » afin d’aligner les épaules et les hanches et de souligner la taille, ce qui permet une meilleure harmonie visuelle. C’est ce que propose Anne-Aymone : « A une femme qui a une morphologie en H et une taille fine, je lui proposerai de mettre en valeur sa taille par des ceintures ou des pantalons taille haute. »


D’autres approches existent, comme celle reprise par Bénédicte Delvolvé : « On peut distinguer trois types de morphologie : la ligne (silhouette longiligne), le losange (silhouette aux articulations fines) et le cercle (silhouette ronde). Le vêtement accompagne cette morphologie, sans vouloir la faire entrer dans des codes. Par exemple, une tenue monochrome ira à la personne longiligne et on utilisera deux couleurs pour la silhouette en losange. Pour la personne « cercle », on va accompagner son côté rond et voluptueux, plutôt que de cacher ses rondeurs ! Heureusement aujourd’hui, cela change et l’on peut trouver des marques qui proposent des vêtements grande taille jolis et modernes. »


Et ensuite, est-il nécessaire de suivre la mode ? « Il est bon d’être dans l’air du temps et pas complètement décalée et démodée, affirme Bénédicte. Le mieux est de se faire son propre style, la mode qui convient le mieux à ce que nous sommes. L’idéal serait de coudre sa garde-robe ! En revanche, être très lookée, de manière excessive, voire addict à des marques – ce qu’on trouve surtout chez la trentenaire parisienne –, ne va pas dans le même sens que le fait de se mettre en valeur selon sa beauté propre. »

 

Anne-Aymone renchérit : « Si des pièces à la mode nous font plaisir, allons-y ! En revanche, je n’achète pas de vêtement en polyester ni en élasthane. J’achète beaucoup de pièces de seconde main. » Elle organise d’ailleurs des ventes privées de pièces chinées par ses soins, nommées « Les belles matières ».


Certaines matières nous conviennent plus que d’autres, qu’elles soient aériennes – comme le tulle -, fluides, denses ou brillantes : elles vont nous révéler ou bien nous écraser. Même chose pour les couleurs : a-t-on peur de sortir en jaune dans la rue ? « Si c’est le « bon » jaune qui illumine votre teint, on ne verra que vous et non pas le vêtement » affirme Bénédicte (lire aussi pages 17-19).


Quant au maquillage, pour Bénédicte, il doit être utilisé « dans le respect de la personne telle qu’elle a été créée ; il va sublimer la beauté, la souligner, la révéler un peu plus. » De même que les accessoires – comme les chapeaux –, le maquillage ne doit pas cacher la personne. Quand nous portons les couleurs qui nous correspondent, il n’est pas forcément nécessaire de se maquiller.

 

Prendre soin de soi permet aussi d’être plus féminine, dans un plus grand alignement entre beauté intérieure et rayonnement extérieur. Il peut y avoir des marqueurs extérieurs du féminin, des vêtements ou détails utilisés presque exclusivement par les femmes aujourd’hui : les robes, les jupes, les blouses, les volants, les dentelles, le maquillage, les boucles d’oreilles ou encore les chaussures à talons... Mais il serait caricatural de se cantonner à ceux-ci : « On peut être très féminine en pantalon, très masculine en robe » affirme Bénédicte. La féminité dépend en effet davantage de cette fameuse justesse entre intérieur et extérieur, propre à chacune. 


On comprend donc là que bien s’habiller, prendre soin de soi – qui est parfois une gageure pour les  mères sollicitées par leurs jeunes enfants – n’est pas un luxe mais une discipline... et un plaisir ! Les accompagnements en coaching en image ou en colorimétrie peuvent paraître onéreux, mais leur gain personnel est très important. « Une femme qui a confiance en elle est belle, quel que soit son âge », affirme Anne-Aymone. 


On l’a compris : on est loin du « Il faut souffrir pour être belle » et plus encore du « Sois belle et tais-toi », mais proche du « Tu es belle, exprime-toi ! ». Solange Pinilla

 

(1) Paragraphe 2519. (2) Jean 8, 6. (3) Luc 7,37. (4) Genèse 3, 21.

 

 

Perte des cheveux : redonner de la beauté à celles qui sont fragilisées


La perte des cheveux – l’alopécie – peut être un effet secondaire de certains médicaments de chimiothérapie. C’est une souffrance particulière pour les femmes atteintes d’un cancer et perdant leurs cheveux, considérant souvent leur confiance en soi et leur féminité impactées. Pour les soutenir, des associations proposent aux femmes non touchées par un cancer d’offrir leurs cheveux. Parmi elles, l’association Solid’Hair collecte des mèches de cheveux de plus de 25 cm minimum, qui sont vendues à des perruquiers. L’argent de la vente permet d’acheter des prothèses capillaires à des personnes atteintes d’un cancer et en difficulté financière. 1000 salons de coiffure partenaires en France permettent de se faire couper les cheveux – avec ou sans réduction - ou bien de déposer sa chevelure. S. P.

 

 

Crédit photo : MGM/Wikimedia commons CC

 

Lire le reste de Zélie n°44 - Septembre 2019

 

 

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