La vie féconde d'un couple infertile

22/7/2019

 

 

[Bonnes feuilles] Dans un très beau livre-témoignage, Attendre et espérer (éditions Emmanuel), Olivier Mathonat raconte le chemin de son épouse Joséphine et lui-même, confrontés à l’infertilité : la souffrance croissante de n’avoir toujours pas d’enfant après sept ans de mariage, l’impact sur leur vie sociale, leur choix de suivre l’enseignement de l’Eglise concernant la PMA, et ce que cette épreuve leur apprend. Le couple a créé en 2017 les week-ends Esperanza, pour permettre aux couples souffrant d’infertilité de vivre un moment de convivialité et de ressourcement.

 

Dans le livre, Olivier raconte aussi leur rencontre avec un couple âgé de plus de 80 ans, qui n’a pas pu avoir d’enfant. Voici un extrait de cette émouvante entrevue.
 

« Nous sommes désolés de vous ennuyer un samedi après-midi. Mais nous voulions vous rencontrer parce que nous avons en commun le fait de ne pas avoir d’enfant et nous aimerions savoir comment vous avez fait pour vivre avec cette épreuve jusqu’à aujourd’hui.


Madame L. nous sourit et répond de sa voix claire :


– Une chose est sûre, c’est une souffrance qui ne disparaît jamais. Même à notre âge, nous sommes toujours éprouvés par cette absence.


Elle le dit tranquillement, sans amertume. Elle continue, toujours avec le même sourire :


– Mais ce qu’il faut dire aussi, c’est que nous avons une vie extraordinaire. »


Pendant près de deux heures, ils nous racontent comment ils ont mis de la vie dans leur vie : par la création d’une fédération professionnelle et les nombreux voyages que cela a occasionné, par l’hébergement de jeunes en difficulté, parfois pendant plusieurs mois, par le soutien et l’accueil chez eux de séminaristes. Nous sommes impressionnés par tant de dynamisme et par une telle variété d’engagements, par l’ouverture dont ils font preuve, par les bouleversements qu’ils ont laissé se produire jusque dans leur quotidien. Sans orgueil. Ils vont même plus loin :


« Nous n’avons jamais eu de vision ou d’apparition nous dictant ce que nous devions faire de notre vie. Nous n’avons pas eu de plan. Nous avons vécu un jour après l’autre, simplement. Et c’est seulement avec le recul que nous distinguons le fil rouge de notre vie de couple, ce que l’on peut probablement appeler notre vocation. »


Je suis touché par leur manière d’être. Ils ne se coupent jamais la parole, se regardent après chacune de nos questions pour savoir si l’autre voudrait répondre le premier. Ils ont à l’évidence un grand respect et une immense affection l’un pour l’autre. J’espère que nous serons comme eux quand nous aurons leur âge. J’aurais pu admettre sans peine que l’épreuve et les années les eussent éloignés l’un de l’autre. Cela eût été assez légitime. La souffrance, parfois, crée des sillons dans les couples qui, avec les années, deviennent des crevasses, des gouffres. Chacun s’en sort comme il peut. Eux s’en sortent ensemble. Résolument. (...)


Nous osons leur faire remarquer que, lorsque nous sommes arrivés devant chez eux, nous avons d’abord cru à une erreur d’adresse : nous ne nous attendions pas à rencontrer un couple âgé et seul dans une aussi grande maison, avec un si beau jardin. Monsieur L. explique :


« Cette maison appartient à ma famille depuis plusieurs générations, elle a influencé notre mode de vie. Comme il y a de la place, il est facile pour nous d’accueillir ceux qui ont besoin de se reposer quelques jours, ou de se reconstruire pendant quelques mois. Nous aurions probablement vécu différemment dans une autre maison. »


Cela nous ouvre de nouveaux horizons. Nous avons longtemps pensé que notre statut de couple sans enfant était incompatible avec le fait d’avoir une maison, de peur que la place laissée vacante nous renvoie à l’absence. Que ferions-nous d’une chambre vide ? Pourtant, nous sommes attachés à ce que notre lieu de vie soit un lieu d’accueil. Et, il faut bien le dire, à l’heure actuelle, il n’est pas très facile d’héberger quelqu’un à long terme dans notre maison ! Alors, pourquoi ne pas avoir, un jour, une maison suffisamment grande pour pouvoir accueillir, comme nous en rêvons ? Qu’est-ce qui nous en empêche ? Une nouvelle barrière se lève. Une de plus. Nous sommes loin d’avoir tout choisi dans notre vie, mais avec les cartes que nous avons en main, il y a tellement plus de manières de jouer que ce que nous pensions ! » Extrait choisi par S. P.

 

 

Lire le reste de Zélie n°43 - Juillet-Août 2019

 

Crédit photo rawpixel.com CC

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