Petites et grandes églises de France

17/7/2019

 

Comment mettre en valeur nos 45 000 églises paroissiales ? Pour parler de ce thème, nous avons interrogé Maud de Beauchesne, responsable du département Art sacré de la Conférence des évêques de France. Elle est aussi responsable éditoriale de la revue artistique et culturelle Narthex.fr 

 


Zélie : Tout d’abord, qu’est-ce qui distingue une église d’un autre édifice du patrimoine ?


Maud de Beauchesne : Le mot église vient de ecclesia, qui signifie en grec « assemblée ». C’est donc l’ensemble des personnes qui constituent cette assemblée, réunie pour un culte : la célébration eucharistique, ou d’autres sacrements comme le mariage, la réconciliation... C’est un lieu de prière. L’église est sacrée dans son intégralité, tant le chœur que la nef ou les vitraux - qui nous font participer à la liturgie. 

 

On parle beaucoup des églises en péril ou d’églises qui sont démolies. Quel est l’état des lieux des églises en France en 2019 ?


Selon une enquête que nous avons faite en 2016 auprès des églises paroissiales – et donc pas des lieux privés comme les communautés religieuses, les chapelles privées ou celles d’hôpitaux –, on compte en France 42  258 églises et chapelles paroissiales. 255 églises ont été désaffectées ou vendues depuis 1905, chiffre qu’il faut donc considérer par rapport au nombre global, mais aussi aux 1886 constructions d’églises depuis 1905 - une partie étaient des reconstructions après la Première et la Seconde guerres mondiales.

 

Les chiffres ne sont donc pas si dramatiques qu’on le dit, même si on observe en effet une accélération dans les 30 dernières années. Il y a en effet un contexte ecclésial particulier, avec la baisse du nombre de prêtres et de paroissiens et la désertification de zones rurales – même si on construit alors des églises en Île-de-France par exemple, du fait de la rurbanisation. 


Une église en péril signifie qu’elle n’a pas été bien entretenue. Il faut cependant noter que les églises catholiques bénéficient en France d’un régime juridique protecteur, puisque les églises d’avant la loi de séparation des Églises et de l’État prévoit que les cathédrales d’avant 1905 sont la propriété de l’État, et les églises paroissiales d’avant cette même date appartiennent aux communes. La sphère publique assume bien ses responsabilités, que ce soit dans la conservation et l’entretien des églises, l’inventaire des biens mobiliers, le travail de garants du soin des églises que sont les architectes et les conservateurs.

 

Quelles sont les conditions qui amènent une église à ne plus être plus affectée au culte ?


Il faut préciser qu’il n’y a pas de désaffectation de fait. Il doit y avoir une demande de désaffectation par le propriétaire, le plus souvent le maire. Cette demande ne peut se faire qu’en cas d’absence d’entretien de l’église ainsi que d’absence de culte depuis 6 mois. Cependant, il est rare qu’une telle demande soit faite, car les maires se rendent compte qu’une église, souvent point focal de la commune, est un lieu fédérateur, que les habitants soient chrétiens ou non. C’est aussi un lieu symbolique où ont lieu des mariages et des baptêmes ; il y a aussi un lien affectif. Ce n’est jamais de bon cœur qu’une désaffectation est demandée. Et on mène aussi une réflexion sur l’après.

 

Quelle est le rôle de la commission d’art sacré de chaque diocèse ?


La commission diocésaine d’art sacré réfléchit avec le curé aux aménagements liturgiques des églises, que l’on peut changer ou renouveler : le mobilier, ou encore la déambulation. Elle est chargée de l’inventaire et de la conservation du mobilier diocésain. La commission d’art sacré travaille également à encourager la création artistique et la formation sur ce thème. En effet, le mobilier d’une église datant d’avant 1905 appartient à la commune ; après cette date, il est au diocèse. 

 

En tant que paroissiens, comment mettre en valeur nos églises ?


Cela passe par l’hospitalité et l’accueil, afin que l’église soit ouverte et régulièrement nettoyée. On peut travailler sur l’éclairage, afin de proposer des nuances différentes. Dans les espaces d’information, on pourrait dissocier l’information diocésaine et l’information destinée à tous. Il est intéressant de réfléchir à une déambulation particulière, en fonction des lieux, comme celui du baptême. Cela passe aussi par les fleurs, une signalétique... On peut proposer une exposition bien pensée, comme « Lumières célestes » de Marcoville à l’église Saint-Julien à Tours.

 

Dans les villes et villages de France, on voit fréquemment des églises fermées. Est-ce pour éviter les dégradations ?


Quand une église est fermée, soit c’est parce que ce n’est pas une priorité pour les personnes de ce lieu ; soit il y a bien une volonté mais il manque des forces humaines vives pour le faire. C’est en effet l’idéal quand il y a quelqu’un pour accueillir les visiteurs. En revanche, l’Église et l’État sont d’accord pour dire qu’en réalité, il n’y a pas moins de vols quand les églises sont fermées. Le ministre de la Culture a dit : « Ouvrez les églises, une présence humaine peut dissuader les voleurs ».

 

Les églises peuvent-elles être des lieux d’évangélisation ?


Les églises sont des lieux missionnaires ! Il serait important de retrouver cette dimension à travers une pastorale artistique et patrimoniale. On a vu que c’est possible, notamment après l’incendie de Notre-Dame de Paris. Ce serait un travail sur plusieurs années pour un diocèse, afin d’adapter les projets en fonction de la population, et de trouver un équilibre entre différentes églises du diocèse. Ce serait une pastorale sur le thème : « Que veulent dire nos pierres ? » Le synode du diocèse de Saint-Brieuc l’année dernière a défini trois priorités, parmi lesquelles se trouve le patrimoine ! C’est révélateur d’une volonté forte à ce sujet.

Propos recueillis par Solange Pinilla

 

 

De ses mains, il rénove une abbaye depuis plus de 30 ans

 

 

C’est une histoire unique : Pascal Thomas, maître maçon, rénove l’abbaye de la Lucerne d’Outremer  dans la Manche (photo), depuis 1987. Il poursuit le rêve initié par son ami l’abbé Marcel Lelégard. Cette abbaye, construite au XIIe siècle, comportait une église abbatiale romane, une tour anglo-normande et un cloître.


En 1959, elle est en ruines : la voûte a été éventrée par les bombardements de la bataille de Normandie. L’abbé Lelégard démarre les travaux ; le chœur et le clocher sont refaits. En 1994, l’abbé meurt, mais Pascal Thomas continue son œuvre. Il réalise notamment la réfection d’une partie des neuf voûtes d’ogives, seul ou avec quelques bénévoles. Il lui a ainsi fallu 5 mois pour relever une voûte d’ogives seul à mains nues, comme le racontait le spécialiste du patrimoine Jean-Sébastien Petitdemange dans l’émission de La Quotidienne.  


C’est, pour Pascal Thomas, le chantier de sa vie que de faire revivre l’abbaye. Il reste des travaux à faire, comme la réfection de la galerie du cloître. La Fondation Abbaye de la Lucerne d’Outremer est chargée de trouver des financements, ceux-ci étant permis aussi grâce à l’organisation d’animations et d’événements ainsi que de visites guidées. S.P. 

 

 

Lire le reste de Zélie n°43 (Juillet-Août 2019)

 

Crédits photos : 12019/Pixabay License - Céline O/Wikimedia commons

 

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