Au soleil de l'Eucharistie

18/6/2019

 

 

Depuis plus de 130 ans, des personnes se relaient sans interruption pour adorer Jésus dans l’Eucharistie à la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, à Paris. Parmi les bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre qui assurent l’accueil de ce sanctuaire, Sœur Marie-Scholastique répond à nos questions sur l’adoration eucharistique.

 


Zélie : Comment l’adoration perpétuelle a-t-elle été mise en place à la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre ?


Sœur Marie-Scholastique : Vers 1870, deux pères de famille ont fait le vœu de faire construire une basilique dédiée au Sacré-Cœur, avec l’adoration perpétuelle, afin de prier pour la France et réparer le mal causé par la guerre de 1870. Sur le Mont des martyrs (saint Denis y fut décapité, ndlr) qui a donné le nom de Montmartre, on a commencé par construire une chapelle provisoire qui proposait une adoration en journée. Des pèlerins venaient adorer, alors que la basilique n’était pas encore achevée : en même temps qu’elle était érigée avait lieu un mouvement de prière. Le 1er août 1885 a débuté l’adoration eucharistique perpétuelle, jour et nuit, qui n’a jamais cessé depuis. Le but premier était créer une chaîne de prière, d’action de grâce et d’adoration, pour la France, l’Église et le monde.

 

Qu’est-ce que l’adoration du Saint-Sacrement ?


Avant de parler de l’adoration eucharistique, il faut d’abord parler de l’adoration elle-même. « Adorer » vient du latin ad ore, c’est-à-dire « prier en se tournant vers ». On dit souvent « J’adore faire cela », mais adorer Dieu a un sens complètement différent. Il s’agit de se détourner de nos idoles pour se tourner vers Celui qui nous a créés, et sauvés dans le Christ. Dans un monde hyper-consommateur, il est important d’avoir des lieux d’adoration.


L’adoration eucharistique est le prolongement de la messe. L’hostie consacrée est exposée pour que tous puissent adorer, sous les apparences du pain, celui qui est le Fils de Dieu. L’adoration eucharistique appartient au même mouvement que l’acte eucharistique, c’est pourquoi elle est à la fois préparation à l’Eucharistie et action de grâce après celle-ci. 

 

Quand la Bible parle-t-elle de l’adoration ?


Il faut reprendre tous les textes qui parlent de l’adoration de Dieu. Quand Moïse est en querelle avec Pharaon parce que les Hébreux sont esclaves, Moïse dit : « Permets-nous d’aller dans le désert pour servir notre Dieu », c’est-à-dire lui rendre un culte. Il s’agit de quitter l’esclavage et la servitude pour adorer Dieu.


En fait, les paroles de l’institution de l’Eucharistie s’inscrivent au moment de la trahison de Judas ; alors que Jésus a réuni ses plus proches amis mais que tous vont le trahir, il dit :  « Ceci est mon corps, donné pour vous » (Luc 22, 19). Juste après, les apôtres se querellent : « Lequel d’entre eux, à leur avis, était le plus grand ? » (Luc 22, 24), car ils se demandent si Jésus est bien le Messie attendu et pensent qu’il faut le remplacer ! Et nous, comment marchons-nous à la suite du Christ au moment où Jésus, lui, se donne entièrement ? L’adoration eucharistique est un cœur à cœur avec Jésus, mais n’empêche pas le combat personnel pour marcher à sa suite.


En quoi l’adoration implique-t-elle toute la personne, corps et âme ?


C’est tout le sens de la prière chrétienne. Créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, c’est avec notre corps et notre âme que nous adorons, que nous nous tournons vers notre Créateur. L’adoration nous permet de nous reconnaître créature, en passant par la médiation du Christ ; car c’est en nous remettant aux mains du Créateur que nous pouvons prier. Notre corps est l’expression de notre prière, par exemple lorsque nous faisons le signe de croix. La prière, ce n’est pas faire le vide mais se laisser remplir par l’Esprit-Saint.


En quoi l’adoration eucharistique est-elle une démarche personnelle et ecclésiale ?


La démarche personnelle est facile à expliquer : nous décidons de quitter nos activités et, sous la motion du Saint-Esprit, d’aller prier, rencontrer le Christ. La démarche ecclésiale est tout aussi importante. Ici à Montmartre, elle est très perceptible car l’adoration est un relais, entre des personnes très diverses : jeunes, familles, Français, étrangers, pauvres, riches... Nous formons le Corps du Christ et nous vivons la communion des saints. Nous comptons les uns sur les autres, nous prions les uns après les autres. Jésus a dit : « Ceci est mon corps, livré pour vous » : nous aussi, nous prions pour les autres. C’est en ce sens que l’Église est catholique : en grec, « universelle ».

 

A Montmartre, nous accueillons des personnes qui ont eu un appel : « Ici on peut rencontrer Dieu, je viens voir ». L’adoration est aussi une démarche d’évangélisation.

 

Pourquoi mettre place l’adoration perpétuelle, de jour mais aussi de nuit ?


Le sens n’est pas de relever un challenge, mais de manifester que le Christ, quoiqu’il arrive, est présent ; lui qui a dit : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ». Dans l’adoration eucharistique, Jésus est exposé et manifesté. Le charisme particulier de la basilique de Montmartre réside dans la fidélité à la prière.

 

Avez-vous des conseils pratiques pour l’adoration, notamment dans les moments de fatigue ou de distraction ?


On apprend à prier en priant ! On peut commencer par choisir de venir, décider de quitter ce que l’on fait pour adorer Dieu : c’est déjà un acte d’adoration. Puis on peut accueillir l’Esprit-Saint, et rester en présence du Seigneur. Ce n’est pas grave si l’on a des distractions, ou mal aux genoux ; cela peut être aussi une prière : « Je pense à cela, je te le donne ». On peut prendre la Parole de Dieu, une bible ou les lectures du jour, et s’en nourrir ; même un verset suffit. Jésus a aussi beaucoup de choses à nous dire !

 

En fait, un temps d’adoration, cela se prépare, un peu comme quand on reçoit un invité et qu’on apprête la maison et le repas ; là, on peut d’abord lire une Parole de Dieu, ou bien se réconcilier avec ses proches et recevoir le sacrement du pardon.


Quels sont les fruits de l’adoration ?


Ce sont les fruits que nous voulons bien recevoir ! Le Christ exposé se donne à moi, à nous, à l’Église ; comment est-ce que nous ouvrons notre cœur pour recevoir ses dons ? L’Esprit-Saint va nous éclairer sur une grâce reçue, un pardon à donner ou encore une paix à recevoir. Quand je vois des adorateurs repartir à 6 heures ou 7 heures du matin pour aller au travail, je vois que ce temps pris sur leur sommeil leur donne de l’élan ! Ils vont eux aussi se donner, comme Jésus s’est donné à eux pendant la nuit. La gratuité entraîne la gratuité. Si je suis attentive à ce que le Seigneur me dit, j’aurai acquis de la liberté.

 

En France ces derniers mois, des profanations d’églises ont été observées, des tabernacles ont été forcés et des hosties jetées à terre. Comment réagir ?


La question qu’on peut se poser, c’est : « Est-ce que comme chrétien ayant entendu ces dramatiques nouvelles, j’en ai été blessé ? Est-ce que j’en suis ému comme quand on touche à une personne ? » Cela va au-delà du fait divers, et bien plus loin qu’un saccage : on a violé la personne du Christ – et j’utilise ce mot en tant que consacrée, Jésus est mon époux. On a violé celui qui se donne à moi ! C’est à nouveau Jésus que l’on crucifie.

 

C’est pour cela que l’on célèbre ensuite une messe de réparation. Je peux aussi réparer avec le poids d’amour que je mets dans mes actes, pour que l’amour soit vainqueur : lorsque je prépare un repas pour ma famille, quand j’essaie d’être plus agréable avec mes collègues... A la croix, Jésus dit au Père : « Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ». Jésus a aimé encore plus. Est-ce que je suis prêt à donner ma vie par amour ? L’adoration est un temps intime de communion spirituelle, qui m’engage dans mes actes quotidiens. Ma vie est transformée par Jésus. Propos recueillis par Solange Pinilla

 

 

Quel est le lien entre la manne et l’Eucharistie ?

par Abbé Vincent Pinilla, fstb

 
Le livre de l’Exode raconte que le Peuple de Dieu sorti d’Egypte se mit à se plaindre : les fils d’Israël connaissaient la faim et regrettaient leur ancienne terre d’esclavage où, au moins, ils avaient marmites de viandes et pain à satiété !
Le Seigneur répondit en envoyant le soir un vol de cailles au-dessus du campement.

 

Le lendemain, Dieu offrit également une autre nourriture : « Il y avait une couche de rosée autour du camp. Lorsque la couche de rosée s’évapora, il y avait, à la surface du désert, une fine croûte, quelque chose de fin comme du givre, sur le sol. ». A cette vue, chacun se demanda « Mann hou ? » – « Qu’est-ce que c’est ? » en hébreu. Moïse leur répondit : « C’est le pain que le Seigneur vous donne à manger. Voici ce que le Seigneur a ordonné : Recueillez-en autant que chacun peut en manger : une mesure par personne. Chacun de vous en prendra selon le nombre d’habitants de sa tente. » (Exode 16, 13-16).


Cette nourriture fut donnée chaque matin à Israël jusqu’au moment de son entrée dans la terre promise : « A partir de ce jour, la manne cessa de tomber » (Josué 5, 12). Il s’agit donc du pain de la route, venu du ciel comme offert par Dieu.

 

C’est Jésus lui-même qui fait la comparaison entre la manne et l’Eucharistie : « Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts ; mais le pain qui descend du ciel est tel que celui qui en mange ne mourra pas. Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement » (Jean 6, 49-51).

 

Ainsi, dans le plan divin, la manne annonçait l’Eucharistie. Cependant, la première ne faisait que soutenir l’existence terrestre, tandis que la seconde nous donne la vie éternelle. Il apparaît donc clairement que l’Eucharistie est le Pain de la route, celui dont nous avons besoin pour parvenir à la véritable Terre promise.


Toutefois, il est possible d’affirmer que ce Pain est déjà la Terre promise car le Ciel c’est Dieu, et qui recevons-nous dans l’Eucharistie sinon Lui ? Le Christ qui est au bout du chemin s’est fait lui-même Chemin : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jean 14, 6). C’est pourquoi nous comprenons que la vie éternelle est déjà commencée, même si notre corps n’est pas encore glorifié. Jésus l’affirme dans le même discours sur le Pain de vie : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour » (Jean 6, 54).
 
Nous avons donc besoin de ce Pain, dont chaque parcelle vaut plus que tout l’or du monde, ce Pain des pauvres qui deviennent riches du Bien infini – ce Pain qui répond au désir le plus profond de notre cœur car il donne Dieu alors que nous sommes faits pour Lui.

 

 

Lire le reste de Zélie n°42 - Juin 2019

 

Crédits photos : © sidneydealmeida/Adobe Stock

Rubens/Wikimedia commons CC

 

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