Liberté chérie ou smartphone chéri ?

20/5/2019

 

 

A l’heure où j’écris ce papier, la semaine sainte s’achève dans les lumières de la nuit pascale. L’Exultet a retenti dans la nef, et je songe que la beauté de cet instant rachète toutes nos fatigues, nos lassitudes, notre misère. Ce soir, en rentrant dans les nuits de Paris silencieuses - les habitants ignorent sans doute qu’ils sont sauvés ! -, mon smartphone est quelque part au fond de mon sac, et je n’éprouve aucune envie d’aller consulter mes notifications. Cela me paraît très vain, futile.

 

En réalité, cela m’a toujours paru vain et futile, mais il faut bien avouer que j’en étais dépendante – et je le suis toujours un peu, soyons honnêtes. Ce décalage entre ce que je pense et ce que je fais (Rm 7, 9, toujours !) me rend lucide sur le peu de liberté que j’ai par rapport à ce petit objet noir, magique, tout-puissant.

 

J’ai testé un coaching en ligne un peu particulier, sur la plateforme « Mon coaching PepPsy » pendant cinq semaines, afin de me détacher de mon smartphone, solidement amarré à mes réflexes. Au fond, il est devenu une sorte de doudou, parce qu’il farcit ma solitude et me donne l’illusion d’exister. Le coaching se déroule ainsi : chaque début de semaine nous est proposé un axe de progression, avec des vidéos, un exercice pratique et une action concrète pour la semaine. Le premier pas est déjà de prendre du temps dans son emploi du temps, d’acheter un carnet (pour noter son parcours) et un réveil (pour ne plus dormir avec son téléphone). 


La première semaine, on prend conscience de ce qui nous fait entrer dans l’addiction – entre autres, la dopamine, neurotransmetteur provoquant une sensation de plaisir, générée par les notifications des réseaux sociaux. Il s’agit également de mettre le doigt sur les conséquences négatives générées par un usage addictif : perte de temps, perte d’efficacité au travail, perte d’autonomie dans les choses pratiques – cuisiner, s’orienter, s’informer... – ou encore relations avec son entourage dégradées. 


Le coaching s’appuie tout au long du parcours sur des outils psychologiques, comme s’écrire une lettre pour s’encourager, noter chaque soir cinq belles choses de notre journée pour développer la gratitude - une source de plaisir plus épanouissante que les notifications ! -, relire sa vie depuis l’enfance, ou encore déterminer grâce à un test personnel ses forces parmi les 24 forces de caractère, pour les utiliser au travail et avec ses proches. 


L’intérêt du coaching est de débusquer les causes profondes de notre dépendance. En effet, il ne s’agit pas simplement de mettre en place un planning d’utilisation, car il sera intenable si nous ne traitons pas en amont les raisons qui nous font inlassablement glisser nos doigts sur un écran tactile. L’insatisfaction, la fuite de nos activités, la solitude, la soif d’être reconnu et aimé érigent le smartphone en sauveur. Aussi, ce coaching nous invite à revoir notre vie, nos priorités, tout en entrant dans une dynamique optimiste : nous vivons de belles choses même lorsque nous ne les voyons plus, et notre personnalité a des ressources qu’il nous faut développer.

 

Pourtant, on se heurte à des obstacles. Il faut trouver le temps pour faire le coaching, avoir le courage de suivre son planning ou de désinstaller telle application que l’on aimait bien. Changer nos habitudes – ouvrir Google pour trouver l’information, écouter de la musique sur Deezer... – n’est pas confortable et tenir dans la durée n’est pas chose aisée. De plus, le téléphone nous rapproche aussi des autres – conversations Whatsapp, échanges sur Twitter. Cela peut être difficile de renoncer à ces relations, surtout lorsqu’on est seule, chez soi, en vacances, dans un train... 


Cependant, on peut revoir la manière dont on nourrit ses relations et préférer le vrai café sur le guéridon en zinc plutôt que les échanges un peu vagues sur Messenger. Et il ne s’agit pas de jeter son téléphone aux oubliettes mais de ne pas se laisser ce morceau de plastique cuivré nous mener par le bout du nez. à nous de choisir : qui sera le maître, qui sera l’esclave ? Zita Kerlaouen

 

 

Lire le reste de Zélie n°41 - Mai 2019

 

Crécit photo bruce mars/Pexels License

 

Please reload

Derniers articles
Please reload

  • Facebook
  • Instagram
  • Podcast Soundcloud

© 2015-2019 By Magazine Zélie