« J’ai fait un an de césure en école de vie »


Lucie, 22 ans, a décidé en 2016 de passer un an à l’École de vie Don Bosco, dans l’Oise. Elle raconte en quoi cette année a été fondatrice pour elle, à tous les niveaux.

« J'ai choisi de partir pendant un an faire l’école de vie Don Bosco, juste après le BTS en arts appliqués que je passais. Cette vie d’étudiante en art dans le milieu parisien m’avait un peu déboussolée, je me sentais oppressée par la pression de la course au succès. Je commençais à comprendre que j’avais choisi mon orientation un peu vite, poussée par mon orgueil et l’envie d’avoir un métier qui rapporte. En parallèle à cela, je me préparais aux fiançailles.

Donc je voulais prendre le temps de me former et de répondre aux grandes questions que j’avais sur la vie, sur la société et sur Dieu. Ayant eu l’impression d’avoir été parachutée dans la vie d’adulte sans avoir le temps de réfléchir, j’avais besoin de « me poser » pour mieux rechoisir mon avenir.

Je me suis d’abord tournée vers des organismes qui permettent de donner un an de mission : soit à l’étranger – Fidesco, MEP... –, soit auprès des personnes handicapées – l’Arche – ou dans les cités françaises – Le Rocher. Puis j’ai compris que ce serait encore une fuite de moi-même et que mon besoin était de me former et de me connaître d’abord, pour être plus solide et mieux me donner après.

L’année à l’école de vie Don Bosco m’a permis cela : elle a été conçue pour offrir à de jeunes bacheliers – ou après quelques années d’études – de faire une pause au début de la vie d’adulte pour grandir en maturité, asseoir leur foi et découvrir la société dans sa complexité. L’année se compose d’expériences très variées. Tout d’abord, nous recevons plusieurs formations livrées par des professeurs très divers, le plus souvent exerçant dans la vie active : médecins, avocat, financier, militaire, philosophes, metteur en scène, prêtres, éducateurs, artistes... Nous vivons également des temps de mission auprès de jeunes lycéens de Paris, qui nous permettent de sortir de notre zone de confort, d’aller à la rencontre de l’autre et aussi de travailler avec le groupe-promo pour tout préparer !

Plusieurs fois dans l’année, nous sortons du domaine de vie pour partir en visites et voyages dans des lieux de rencontre avec nos frères plus fragiles ou avec des grands saints (Lourdes, l’Arche, Tours, Lisieux, Turin). J’ai été personnellement très touchée par les rencontres avec les personnes de l’Arche à Beauvais : leur ouverture à l’autre et leur gentillesse, leurs sourires, leurs râleries, leur rythme de vie très lent qui rend chaque petit geste quotidien tellement important... Elles m’ont beaucoup enseigné.

Et plus quotidiennement, la vie est rythmée de temps de vie en communauté avec la petite promo, de jeux (théâtre, foot) et de services dans le lieu de vie (une hôtellerie). Le tout étant encadré par la vie de prière (laudes, prière à Marie, adoration, messe proposée). C’est une année très dense pour permettre à chacun, au travers de toutes les choses vécues, de mieux se connaître et de s’orienter.

Au delà de la satisfaction de ma curiosité intellectuelle, cette année a été fondatrice pour moi sur la manière de vivre les relations humaines. Alors que je n’avais d’ordinaire aucune difficulté de sociabilité, j’ai ressenti beaucoup d’impatience en côtoyant les autres camarades de la promo. Leurs conversations, leurs délires avaient tendance à m’insupporter et nous étions tout le temps ensemble. Alors je m’isolais et cherchais à les fuir. C’est peu à peu que j’ai compris que j’allais passer à côté de mon année.

J’ai dû travailler ma disponibilité pour entrer dans la rencontre réelle de l’autre, et non juste en surface : ne pas aimer uniquement ce qu’il a de « stylé » dans sa vie, mais tout ce qu’il est, avec ses misères et ses limites. J’ai vraiment pu redécouvrir et apprendre ce qu’est la véritable écoute, et la patience. J’ai pris conscience des bases de l’amitié, compris l’importance de la fraternité, découvert l’essentialité d’une communication vraie...

J’ai aussi pris le temps de me recentrer et de choisir de vivre avec les talents que j’ai en moi plutôt que d’en chercher toujours d’autres et de me disperser.

J’ai pu expérimenter combien accepter de lâcher prise sur la maîtrise de sa vie en « donnant » un an, en acceptant de « perdre son temps » entre les mains de Dieu, est bénéfique et cela m’enseigne aujourd’hui sur ma manière d’appréhender le quotidien.

En sortant de l’école de vie, j’ai rebondi dans une Licence de Philosophie de l’art à la Sorbonne pour compléter mon BTS. Et aujourd’hui, instruite par ces enseignements, j’ai décidé de faire confiance et me suis lancée dans le métier à risque d’artiste peintre et illustratrice, pour chercher à faire réellement fructifier mon talent. J’ai quitté la région parisienne et je travaille dans mon atelier dans l’appartement nancéien où nous nous sommes installés avec mon mari. » Témoignage recueilli par Solange Pinilla

Lire le reste de Zélie n°41 - Mai 2019

Crédit photo © Alix Dieudonné

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