Mère Marie Skobtsov, une vie donnée

23/10/2018

 

 

Celle que le monde orthodoxe connaît comme Mère Marie Skobtsov, canonisée en 2004 par le patriarcat de Constantinople, est née Élisabeth Pilenko le 8 décembre 1891 en Livonie, alors province de l’empire russe. Dans le passionnant livre Ces chrétiens qui ont résisté à Hitler (Artège), Dominique Lormier raconte ce destin étonnant.

 

Grandissant sur les bords de la mer Noire dans une famille lettrée, Marie cultive un goût pour la littérature. Mais c’est aussi une jeune fille intéressée par la politique, en rupture avec de nombreuses traditions de la Russie des Romanov. 


Lorsqu’elle intègre l’institut Bestoujev, école normale pour jeunes filles, en 1909, elle se distingue par ses idées socialistes et son souhait d’entrer à l’académie de théologie de Saint-Pétersbourg, bien que les études n’y soient pas ouvertes aux femmes. Désireuse d’aider les autres, elle se prépare pour l’heure à son mariage avec le social-démocrate Dimitri Kouzmine-Karavaeiff, dont elle aura une fille, Gaïna. Mais le mariage est malheureux. Mariée en 1910, elle se sépare en 1913. 


Favorable à la révolution russe de février 1917, ralliée aux bolcheviques, la violence des révolutionnaires et leur intransigeance l’effraie et provoque son rapprochement avec les Blancs, partisans du Tsar déchu. Elle épouse en secondes noces un cosaque blanc, Daniel Skobtsov, et se trouve ainsi prise dans la tourmente de la guerre civile. Elle a avec lui deux enfants, Georges et Anastasia. Évacuée comme tant d’autres opposants au bolchevisme par la Mer Noire, au début des années 1920, elle s’installe à Paris en 1923 avec sa famille. 

 

A l’instar de beaucoup de russes blancs, elle connaît le dénuement en exil. La mort de sa fille Anastasia est pour elle un bouleversement qui l’amène à vouloir donner un autre sens à sa vie. Réconciliée depuis longtemps avec l’Église orthodoxe, elle se sépare de son mari en 1932 et entre en vie religieuse sous le nom de Mère Marie. 


Après un temps dans des couvents orthodoxes de Lettonie et de Lituanie, elle rentre à Paris et se consacre à l’action charitable. Mère Marie devient la secrétaire du Mouvement de la jeunesse chrétienne étudiante russe, fonde un foyer pour jeunes femmes isolées, recueille des dons et apporte l’appui de sa prière aux exilés russes.

 

A la déclaration de guerre en 1939, Mère Marie s’engage aux côtés de la France et crée un atelier de fabrication d’uniformes. Puis, le pays occupé, elle organise les secours aux juifs, fabriquant de faux papiers ou cachant les fugitifs. Ses amitiés parmi les exilés lui sont alors très utiles. Mais en février 1943, son fils Georges et son ami le Père Dimitri Klépinine sont arrêtés et déportés. Mère Marie est arrêtée et déportée à Ravensbrück avec 214 autres résistantes françaises. Soumise au travail forcée, elle maintient sa vie de prière et rayonne autour d’elle. A Pâques 1944, elle décore son baraquement. Apprenant le débarquement de Normandie, elle commence en cachette une broderie dans le style de la tapisserie de Bayeux.

 

Mais son ultime message est le don de sa vie. Le 31 mars 1945, jour du Vendredi saint dans le calendrier orthodoxe cette année-là, elle prend la place d’une femme juive dans les files menant aux chambres à gaz. Gabriel Privat

 

 

Article paru dans Zélie n°34 (Octobre 2018)

Crédit photo : Wikimedia Commons CC

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