L'amitié, un don précieux

14/3/2018

 

 

Et si on essayait d’élever le niveau de nos amitiés, en partant du modèle de l’« ami » sur les réseaux sociaux jusqu’à l’Ami véritable, le Christ ?

 

 

Le mot « ami » utilisé sur Facebook donne à réfléchir. Peut-on « ajouter » un ami, comme à une liste de courses ? Est-il possible d’avoir 177 amis, nombre moyen de contacts Facebook en France en 2017, alors que nous aurions en moyenne 5 vrais amis (sondage Ifop/L’Express) ? Surtout, les réseaux sociaux connectent les personnes mais ne peuvent susciter autant d’empathie que dans une conversation par téléphone ou de visu. L’empathie s’établit en grande partie grâce au langage corporel : gestes, regards, ton de la voix... Par écran interposé, on ne peut réellement connaître la réaction de l’autre, sinon par celle qu’il veut bien rendre public grâce à des smileys stéréotypés.

 

La demande de validation extérieure et de reconnaissance sur les réseaux sociaux – Instagram compris – peut-être la cause ou la conséquence d’une quête narcissique surdimensionnée. « Les partages sur Internet sont ambivalents : ils expriment notre besoin de communion, sans pleinement le réaliser » affirme le Père Ludovic Frère dans Déconnexion, reconnexion. Une spiritualité chrétienne du numérique ? (Artège). On peut se demander si la relation sur Facebook n’est pas le degré zéro de l’amitié.
 

Même si les réseaux sociaux peuvent permettre de conserver des liens ou de renforcer un sentiment d’appartenance à une communauté, on est bien loin de la vision de l’amitié d’Aristote, qui a consacré deux chapitres de son Ethique à Nicomaque à ce sujet cher aux penseurs antiques : « La parfaite amitié est celle des hommes vertueux et qui sont semblables en vertu : car ces amis-là se souhaitent pareillement du bien les uns aux autres. »

 

Cicéron dit même : « Pour moi, c’est ravir au monde le soleil que d’ôter de la vie l’amitié. » Dans l’Antiquité gréco-latine, l’amitié était considérée comme la relation la plus aboutie de la vie humaine – sachant que l’amour n’était à cette époque, et jusqu’à récemment, pas nécessairement inscrit dans la relation durable du mariage. 
 

Il n'est pas facile de définir l'amitié. Comme on peut le lire dans la préface de l’anthologie philosophique L’amitié de Dimitri El Murr (GF Flammarion), elle serait une relation choisie, réciproque, durable, non érotique, non exclusive, entretenant un certain rapport d’égalité, avec des intérêts communs et même une « vie commune », comme le disaient les penseurs grecs : se voir dans un même espace, ou sinon par une relation épistolaire.
 

L’équilibre se trouve dans le fait que l’ami ne peut être ni image de soi, ni pure dissemblance de soi - car on a forcément au moins un point commun avec chacun de ses amis. Les études montrent que nos amis nous ressemblent, et même que nous partageons 1% de gènes similaires, comme c’est le cas avec des cousins éloignés.
 

La nouveauté du message du Christ sur l’amitié par rapport à la pensée gréco-latine est l’universalité de la charité. Jésus aime chacun de nous : « Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis » (Jean 15, 15). Dieu s’abaisse et se fait notre ami, appliquant cette idée qui était déjà présente dans l’Antiquité mais que Jésus a mise en œuvre : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » (Jean 15, 13) Le fait que Jésus aime tous les êtres humains ne l’a pas empêché d’aimer chacun de ses amis, comme Lazare, Marthe, Marie, Pierre, Jacques ou Jean.
 

Dès lors, l’amitié vécue avec une autre personne donne une idée de ce qu’est l’amour du Christ, comme l’écrit le Père Andreas Schmidt dans L’amitié : la quête de l’ami véritable (Éditions de l’Emmanuel) : « Pour Aelred de Rievaulx, l’amitié humaine fondée sur une foi commune accède pour ainsi dire au statut de « sacrement » (au sens large du terme) : au cœur de cette expérience humaine, nous ressentons simultanément quelque chose de l’amour d’amitié de Jésus lui-même. »
 

Et c’est dans l’amitié avec le Christ, vécue dans l’échange que sont la prière, la lecture de la Parole et plus encore, l’Eucharistie, que nous goûtons l’Amour lui-même, avant de le connaître en plénitude dans la gloire. Solange Pinilla

 

 

Conjoints de militaire : le trésor de l’amitié

 

Quand leur mari part en mission pour des semaines ou des mois, les femmes de militaire trouvent souvent un vrai soutien auprès des autres épouses. Même si elles ont bien sûr des amies en dehors du monde militaire, il peut être plus facile d’échanger avec celles qui ont vécu la même chose. L’amitié se décline en actes.

 

« Quand le mari de mon amie Raphaëlle est parti en opex pendant 6 mois, raconte Hélène, son bébé avait dix jours. Nous nous sommes beaucoup soutenues. Quelques années plus tard, nous nous sommes retrouvées avec joie après une mutation et nous avons passé beaucoup de temps ensemble, allant au cinéma, partageant des cafés, faisant les boutiques, sortant en famille ou partant ensemble en vacances avec nos enfants... Elle a été très présente lors du décès de mon papa. Je suis la marraine de leur troisième enfant. Depuis qu’elle a quitté notre ville, elle me manque beaucoup ! »

 

L’amitié passe aussi par l’entraide pour Domitille et sa voisine, femme de militaire également : « Elle garde parfois mes enfants, par exemple quand je suis en formation le soir. Nous passons chez l’autre à tout moment, laissant le babyphone chez l’une ou organisant un dîner ensemble à l’improviste. » Marie-Elisabeth témoigne aussi de cette « communauté de vie » qui caractérise souvent l’amitié,  quand c’est possible : « Alors que son mari venait à peine de revenir d’opex, une amie m’a proposé de venir se promener avec eux un dimanche, car j’étais seule ce jour-là ! »S. P.

 

Article paru dans Zélie n°28 (Mars 2018)

Crédit photo Ekaterina Pokrovsky/Adobe Stock

 

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