Vivre la sexualité en tant que femme

12/3/2018

 

 

On parle beaucoup du sens et de la beauté de la sexualité, mais moins de la manière d’être épanouie, très concrètement, dans son corps sexué. N’ayons pas peur d’entrer peu à peu au centre de notre corps féminin, si étonnante œuvre de Dieu, dont Marie Bareaud, sexologue, auteur du blog mariebareaud.com et du parcours « Être femme », nous livre sa vision.

 


Zélie : En quoi l’histoire de nos parents et grands-parents influence-t-elle notre sexualité ?
 

Marie Bareaud : C’est surtout l’histoire de notre mère qui est en jeu. En tant que fille, nous nous identifions à notre mère. Nous partons de ce qu’elle a vécu et compris de ce qu’est être une femme et de ce qu’elle nous raconte de sa vie amoureuse. Si elle ne nous dit rien, nous partons de zéro. L’épigénétique, qui montre comment l’expression des gènes peut être modifiée au cours de la vie, a montré dans une étude qu’une souris qui a été stressée aura des petits stressés, ainsi que les petits de ses petits... De même, concernant une femme qui a été violée, on a trouvé des traces de cet événement dans les gènes de sa petite-fille. 
 

Physiologiquement, nous avons été conçues grâce à un ovule de notre mère, qui a été fabriqué lorsqu’elle était dans le ventre de sa mère à elle ! Et ce qu’a vécu notre grand-mère en tant que femme et mère s’est logé dans ses ovules. En plus de cela, l’exemple qu’est notre mère est très important. On a observé que, d’une conférence, on retient 10% de ce que la personne a dit et 90% de ce que la personne a été. C’est la même chose pour notre mère ! Certaines patientes me disent : « Je ne voulais pas ressembler à ma mère, mais plus le temps passe, plus je m’aperçois que je lui ressemble... »

 

Dans Femme désirée, femme désirante, la gynécologue Danièle Flaumenbaum dit que « l’amour et les sentiments ne suffisent pas à faire vivre notre sexe ». Comment être davantage reliée à celui-ci ?


En effet, il ne suffit pas toujours d’avoir des sentiments pour ressentir du désir envers l’homme aimé. D’abord, il faut prendre conscience qu’on a peut-être grandi comme une petite fille « asexuée ». Par exemple, à 2 ans, on demande à l’enfant, pour jouer : « Et où sont tes yeux ? Et où sont tes mains ? » On dit rarement : « Où est ton sexe ? » Ensuite, on dit des « mots doux » pour parler du sexe ; mais la fille a besoin de savoir qu’elle a une vulve et que grâce à son sexe elle pourra devenir maman.

 

Certaines personnes me disent : « Vulve, vagin, ce ne sont pas de jolis mots ! » Est-ce le mot qui n’est pas joli, où la peur ou la honte qu’on met sur ce mot ? Est-ce qu’on ne parlerait pas du menton parce que ce n’est pas un joli mot ? Au contraire, poser des mots est très sécurisant pour l’enfant. D’ailleurs, l’organe de notre sécurité intérieure est le périnée, qui soutient nos organes génitaux.
 

Ensuite, pour faire le lien entre son corps et son sexe, il faut entrer dans la perception de son sexe. Il s’agit de prendre le temps de le ressentir plusieurs fois par jour – et tous les jours de sa vie –, en prenant conscience de sa vulve, de son vagin, de son col de l’utérus, de son utérus et de ses ovaires. C’est comme pour les pieds :  au début on aura besoin de les bouger pour mieux les sentir, mais ensuite, il n’y a plus besoin de les remuer pour en avoir conscience.

 

Comment passer de la tendresse de la petite fille à l’amour sexué de la femme qui aspire à la rencontre avec l’homme ?
 

La sexualité de la petite fille est extérieure. Ce n’est pas à l’homme de faire découvrir à la femme sa féminité, contrairement à l’image de la Belle au bois dormant réveillée par le baiser du prince. C’est à elle de découvrir son sexe, de réaliser qu’il est en creux, puis de laisser grandir le désir d’être comblée, le désir de la rencontre des sexes. La femme coupée de son sexe est comme celle qui est coupée de son estomac et ne ressent pas la faim : elle n’éprouve pas de désir.

 

Habiter son corps est la meilleure façon d’éveiller le désir, bien plus que lire des livres érotiques ! Il est également important de s’informer sur le fonctionnement de son corps, de son cycle – les méthodes naturelles de régulation des naissances sont une belle façon de le faire – et sur la complémentarité homme-femme.

 

Certaines femmes se disent plus sensibles au plaisir clitoridien et d’autres au plaisir vaginal. Qu’en est-il en réalité ?
 

En fait, beaucoup de femmes ne connaissent pas leur anatomie – même si le clitoris a été pour la première fois représenté correctement sur un manuel scolaire en 2017. En effet, le clitoris est bien plus grand que ce que nous en voyons – à savoir surtout le gland –, ce qui fait qu’on ne peut vraiment séparer clitoris et vagin. Le plaisir clitoridien est forcément lié au plaisir vaginal.
 

Cela dit, on peut avoir plus de sensibilité au niveau du clitoris ou du vagin. On peut se mettre à l’écoute de ce dernier pour encourager les sensations. Le plaisir vaginal entraîne ensuite le plaisir utérin, ce lieu où la femme va vivre le plus grand plaisir. L’utérus est le lieu de la puissance de vie, il est le lieu de sensations fortes ressemblant à celles de l’accouchement, puisqu’il mobilise les mêmes hormones et les mêmes contractions. C’est d’ailleurs pour cette raison que certaines femmes vivent des accouchements orgasmiques.

 

La sécheresse vaginale a-t-elle une cause physiologique ou psychologique ?
 

Les deux ! En cas de sécheresse vaginale, c’est le corps qui dit quelque chose ; aussi est-ce une idée étonnante de vouloir utiliser un lubrifiant toute sa vie. Sinon, c’est comme si une personne souffrant d’une tendinite se résolvait à porter une attelle indéfiniment, au lieu de traiter les causes. L’absence de lubrification est une occasion d’aller consulter, pour comprendre d’où vient ce problème : les préliminaires sont-ils suffisamment longs ? La femme est-elle vraiment heureuse de s’unir à son homme ? La lubrification vient du lien entre son cœur et son sexe, un lien qui peut ne plus exister pour de multiples raisons.

 

Si l’on est mère, comment parler à sa fille de sexualité ?
 

Pour qu’elle puisse partir avec les acquis de sa mère dans sa manière d’être femme, on peut lui dire  : « Je te souhaite d’être épanouie quand tu seras une femme », même si on est soi-même en chemin. On n’a pas besoin de raconter son intimité, mais on peut parler de la façon dont on est tombée amoureuse de son futur mari. 
 

La petite fille doit prendre conscience qu’elle est née de la rencontre des sexes de ses parents. Si elle perçoit une gêne, une difficulté ou une honte concernant la sexualité, elle va avoir l’impression que sa conception était quelque chose de sale. Pour un enfant, découvrir la sexualité est surtout le besoin de savoir qui il est et d’où il vient. L’image de la « petite graine » ne lui parle pas de qui il est ; on peut dire directement que c’est la rencontre entre un spermatozoïde et un ovule. On doit aussi parler à la petite fille de son corps, avec les mots d’utérus, de vagin...

 

Cela dit, c’est parfois difficile de parler à ses enfants quand on n’a pas appris soi-même à poser des mots sur ces parties du corps. Le mieux est de commencer tôt, afin de pouvoir être plus à l’aise par la suite. Cela n’empêche pas d’en parler de manière poétique : je dis à mes filles que l’utérus est un nid douillet qui se refait tous les mois.
 

Plus tard, il vaut mieux éviter de donner des conseils à sa fille pour sa « première fois », afin qu’elle ne sente pas sa mère dans la pièce le moment venu ! Elle doit vivre ce qu’elle aura à vivre. En revanche, tout ce qu’on aura pu lui dire sur la manière d’habiter son corps et d’éveiller ses cinq sens, sur le respect de soi – qui conduira les autres à la respecter –, en vivant ce respect, par exemple en toquant à la porte de sa chambre ou des toilettes, dès la petite enfance : tout cela la préparera à sa sexualité de femme.Propos recueillis par Solange Pinilla

 

Article paru dans Zélie n°28 (Mars 2018)

Crédit photo L.greek/Pexels.com CC

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