Marianne Durano, pour un « féminisme intégral »

14/2/2018

 

Agrégée de philosophie, Mariane Durano dénonce dans son essai Mon corps ne vous appartient pas (Albin Michel) une société qui ne donne aux problématiques rencontrées par les femmes qu’une réponse technique individuelle : contraception artificielle, hypercontrôle médical pendant la grossesse, avortement, PMA… La jeune femme s’insurge contre une vision dualiste du corps féminin et donc aliénante pour la femme.

 


Mêlant témoignage personnel et réflexion philosophique, l’essai de Mariane Durano, Mon corps ne vous appartient pas, qui vient de paraître chez Albin Michel n’est pas le premier ouvrage de cette jeune femme de 26 ans.

 

Normalienne, agrégée de philosophie, mère de deux petits garçons et professeur en lycée public à Dreux, elle est déjà co-auteur de Nos limites : pour une écologie intégrale (Le Centurion) paru en 2014. Elle avait écrit cet ouvrage avec son mari Gaultier Bès et Axel Rokvam, tous deux cofondateurs du mouvement des Veilleurs. Marianne et son mari ont également cofondé avec Eugénie Bastié (lire Zélie n°10, p. 13) et Paul Piccarreta la revue Limite d’écologie intégrale et d’inspiration chrétienne.
 

Si Marianne Durano évoque – sans détours – dans son livre la soumission des femmes par la technique, c’est aussi parce qu’elle l’a vécue à partir de 16 ans, prenant la pilule et enchaînant les conquêtes :  « J’étais soumise au désir masculin, puisqu’il faut être désirable ; soumise au pouvoir médical, puisqu’il faut être disponible. Désirable et disponible, sur le marché de l’emploi comme sur celui du sexe. Autrement dit : stérile. Tous les jours, la pilule ; tous les mois, cette attente fébrile des règles, cette angoisse de l’enfant dont mes partenaires n’avaient aucune idée. Régulièrement, la visite chez le gynécologue, histoire de vérifier que tout était « normal » : bref, que je n’étais pas malade, ou pire, enceinte. » En rencontrant son futur mari, Marianne a commencé à considérer son corps comme potentiel lieu de vie. 
 

En effet pour Marianne Durano, la société contemporaine considère les questions gravitant autour du corps féminin et de sa spécificité qu’est la potentialité de grossesse non pas comme des sujets concernant toute la société, mais comme des problèmes techniques purement individuels, auxquels il faudrait répondre par une solution technique : pilule, avortement, PMA, GPA... Or, celles-ci ne sont pas neutres ; si la femme refuse ce dispositif technique, elle est renvoyée à sa propre responsabilité : « Tu n’avais qu’à prendre la pilule. » 
 

L’auteur précise que critiquer le présent n’implique pas l’idéalisation du passé ; il s’agit de la femme d’aujourd’hui. Marianne Durano identifie une série de situations aliénantes : une jeune adolescente subissant son premier examen gynécologique et se faisant prescrire la pilule, comme si elle étant doublement dangereuse – potentiellement féconde et malade - ; une grossesse vue comme une pathologie à surveiller, avec des examens parfois invasifs et sans douceur – toucher vaginal ou échographie endovaginale – et des « protocoles médicaux remplaçant les rituels symboliques qui confèrent à la femme enceinte son droit à l’existence sociale » ; des femmes aux courbes généreuses fantasmées par la pornographie ou au contraire des corps féminins sans formes valorisés par l’univers du mannequinat haute couture...

 

Ou encore des femmes qui travaillent pendant leurs années de fécondité maximale, se soumettant au marché (quand ce n’est pas Google ou Facebook qui propose de congeler ses ovocytes), et rencontrant ensuite des difficultés à procréer à 40 ans ; ou encore devant subir de lourds traitements dans un parcours de PMA, sans parler de la GPA, qui est « soit une exploitation sordide, soit une conduite sacrificielle »… 
 

Autant de signes d’une vision dualiste du corps féminin, morcelé – un ventre, des ovocytes… –, qui perdure depuis les philosophes de l’Antiquité grecque. Aristote voyait la femme comme un homme « mutilé et imparfait », et l’engendrement, à qui l’humanité doit pourtant sa survie, comme une parenthèse entre les activités qui demandent le discernement et l’intelligence.
 

Si Marianne Durano évoque peu dans ce livre les solutions pour remplacer cette vision technicienne, hormis lorsqu’elle cite la « régulation autonome des naissances », elle l’a davantage fait avec ses collègues de Limite dans le numéro de d’octobre 2017 titré « Osez le féminisme intégral ! », avec diverses propositions : allongement du congé maternité, engagement clair contre la GPA, plan solidarité national pour les femmes enceintes en détresse, déremboursement des contraceptions nocives pour le corps féminin, financement de la recherche sur les méthodes de régulation des naissances, autorisation des maisons de naissance… Proposer et changer les mentalités est un premier pas vers le changement. Solange Pinilla

 

 

Article paru dans Zélie n°27 (Février 2018)

Crédit photo : © Astrid di Crollalanza

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