L'ICV, une thérapie pour digérer les événements douloureux

12/1/2018

 

L’Intégration du Cycle de la Vie (ICV) est une approche psychothérapeutique qui permet d’intégrer des évènements du passé comme faisant parti du passé, pour qu’ils ne viennent plus hanter le présent. L’outil utilisé est la ligne du temps, où sont listés les souvenirs du patient. Juliette Lachenal (photo), psychologue clinicienne formée à l’ICV, nous explique cette thérapie.

 

 

Zélie : L’ICV a été mise au point en 2002 par une thérapeute américaine, Peggy Pace. Comment l’a-t-elle élaborée et avec quels principes ?

 

Juliette Lachenal : Peggy Pace a travaillé de manière expérimentale. Un jour, ayant réactivé un souvenir traumatisant datant de ses 6 ans, une patiente était corporellement bloquée sur celui-ci. Peggy Pace lui a demandé quel âge elle avait, car elle parlait avec une voix de petite fille. Et la patiente a répondu « 6 ans ». En lui montrant tout ce qui s’était passé dans sa vie par la suite, Peggy Pace a constaté que la patiente se sentait mieux. Après cette séance, la patiente a expérimenté une vraie avancée dans sa vie. Peggy Pace a donc mis au point la ligne du temps, un outil qui liste les souvenirs du patient à partir de l’âge de 2 ans jusqu’au présent. 
 

La répétition de la ligne du temps au cours d’une séance d’ICV permet au patient de prendre conscience et d’intégrer dans son corps que le temps a passé. En effet, si le patient sait rationnellement que l’événement  traumatique est terminé, sa remémoration active des sensations dans son corps, comme si celui-ci était resté figé au moment douloureux.

 

Par exemple, après un accident de voiture, il est difficile de conduire à nouveau : le corps exprime la même angoisse qu’au moment de l’accident. C’est comme si la personne retournait à chaque fois dans le passé. Cela est dû à une absence de certaines connections neuronales. Grâce à la plasticité neuronale du cerveau, le travail avec la ligne du temps permet d’établir ces connections. (1)

 

Comment se déroule une séance d’ICV ?

 

Dans cette thérapie qui dure quelques séances – c’est une thérapie plutôt courte –, le patient écrit sa ligne du temps. Par exemple : « En 1993, j’ai 2 ans, je reçois une poupée... En 1999, je reçois une fessée de la part de la maîtresse... » On évoque le traumatisme – accident de voiture, harcèlement, violence, maladie, deuil, etc. – et on le traite. Par exemple, si un enfant a été harcelé à l’école et n’a pas su se défendre, le patient va trouver dans sa force intérieure d’adulte de quoi répondre à ce traumatisme, grâce à l’imagination active, en répondant à la personne harceleuse.

 

Cela est permis par le fait, mis en évidence par les neurosciences dans les années 1990, que le cerveau ne fait pas la différence entre ce qu’il imagine et ce qu’il vit réellement (2). Le « moi adulte » guérit donc le « moi enfant ». 
 

Lors d’une séance sur un traumatisme, on commence par retourner très rapidement – quelques secondes – au moment de l’événement traumatique, puis on montre à l’enfant traumatisé que le temps a passé grâce à l’évocation rapide des souvenirs de la ligne du temps. Ce processus se répète 5 à 8 fois pendant la séance. Nous pouvons aussi travailler sur la mémoire psycho-corporelle dès la naissance : dans ce cas-là, on travaille de la même façon avec la répétition de la ligne du temps en partant du début de la vie.

 

Dans l’ICV, le patient peut être amené à imaginer sa naissance et sa petite enfance. N’y a-t-il pas le risque de faux souvenirs induits par le thérapeute ?
 

Le thérapeute​ guide la personne dans les différents stades du développement – se retourner, marcher à quatre pattes... – ce qui permet d’avoir accès aux sensations qui y sont liées et qui sont encodées dans le corps. à la limite, il n’y a pas besoin de savoir ce qui s’est passé pour que la charge émotionnelle liée au souvenir ne soit plus active. Le patient « ressent » des émotions, les ressent physiquement dans son corps et ceci ne peut pas être induit. 

 

Quels bénéfices avez-vous observés chez vos patients ?

 

Lorsque je me suis formée à l’ICV en 2014 et que j’ai commencé à la pratiquer avec certains patients que je suivais depuis deux ans, ils m’ont dit observer soudainement un vrai changement. Nous constatons une diminution de l’anxiété, une baisse ou disparition des affects dépressifs. Les patients sont davantage dans le présent et plus confiants de l’avenir. Les traumatismes sont intégrés comme des éléments passés, et ne dissocient plus le patient qui ressent alors une cohérence interne plus forte et un soi central plus ancré. L’histoire de vie retrouve donc une fluidité. 
 

A ce titre, je trouve que l’ICV est tout à fait en harmonie avec la vision chrétienne, puisqu’il s’agit de s’accepter soi-même sans tourner indéfiniment autour de ses problèmes. C’est un changement doux, qui guérit sans traumatiser de nouveau. Cette thérapie peut aussi être utilisée avec les enfants accompagnés de leurs parents. Elle peut être réalisée par Skype.  Propos recueillis par Solange Pinilla

 

 

(1) Begley, Sharon (2009). The Plastic Mind. New York, NY. : Ballantine Books. pp. 136–137. 3.
(2) Schwartz, Jeffrey M. ; Begley, Sharon (2002).
The mind and the brain : Neuroplasticity and the power of mental force. New York, NY. : HarperCollins Publishers, Inc. p. 217. 4. 

 

Pour aller plus loin  www.aficv.com et le livre de Cathy Thorpe Les stratégies thérapeutiques de l’ICV, 2012, 2016 (Junod), qui approfondit le traitement par l’ICV de l’anxiété, la dépression, les troubles interpersonnels ou encore le stress post-traumatique.

 

Article paru dans Zélie n°26 (Janvier 2018) 

Crédit photo (c) Juliette Lachenal

 

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