Devenir adulte en donnant la vie

13/3/2017

 

 

Nous sommes nés pour donner la vie. Cela se réalise de façon très visible lorsque des parents font advenir un nouveau petit être humain. Toutefois, la vie ne se déploie pas uniquement dans sa dimension corporelle : elle est également morale, culturelle, sociale... et même surnaturelle ! C’est pourquoi les époux ne sont pas les seuls à transmettre celle-ci.
 

Une telle mission n’est pas trop haute pour nous car nous sommes créés à l’image de Dieu (cf. Genèse 1, 27). Cela signifie que le Seigneur nous a confié une intelligence et une volonté capables de nous rendre libres et aptes à prendre de grandes décisions. Mais cette liberté, nous sommes appelés à l’employer comme Lui, à sa manière, c’est-à-dire pour le don et la communion des personnes. Donner la vie – au sens large, on l’aura compris – est donc un déploiement de cette image de Dieu inscrite en nous.
 
Faisons un pas de plus. Nous le savons, le Créateur a confié à ses créatures non seulement le soin de décider du nombre d’êtres humains, mais aussi la mission d’orienter ceux-ci vers le Ciel, ce qui n’est pas rien ! Dans cet esprit, la vie donnée par les parents peut également être enrichie par d’autres.

 

Pourrait-on oublier que Sainte Thérèse de Lisieux (en photo ci-dessous, à 13 ans) voyait dans sa vocation de carmélite celle de « mère des âmes » ? (cf. Manuscrit B, 2v) Peut-on contester l’usage d’appeler le prêtre « Père » ? Et devrait-on refuser toute paternité à ceux qui n’ont pas eu d’enfant ?


Ainsi, être adulte c’est être appelé à être père ou mère, d’une façon ou d’une autre : quel que soit son état de vie, aucun n’est exclu de ce don, sous une ou plusieurs de ses formes.


Certes nous commençons par recevoir cette vie. Aussi, plus d’une fois, il s’agit d’une transmission et non d’un don pur et simple. Il n’en reste pas moins que le Seigneur nous a donné au plus haut degré la « dignité d’être cause » dont parle Saint Thomas d’Aquin.
 
Remarquons cependant que cette mission ne nous est confiée que progressivement. De fait, la première étape consiste à être autonome, à savoir s’occuper de soi. Par exemple, lorsqu’une louvette de 8 ans retrouve ses deux chaussettes un matin de camp, sa mission est déjà remplie ! L’expérience montre que ce n’est pas toujours gagné...

 

Toutefois, vers 11 ou 12 ans, l’enfant parvient à une première vraie maturité : il a acquis, à son niveau, une véritable autonomie. On parle parfois d’ « âge adulte de l’enfance », notamment du fait de cette capacité à veiller à son bien personnel pendant cette période où les talents se développent.
 

Il faudra parfois des années pour retrouver une stabilité. En attendant ce moment béni, l’adolescence sera une période de crise, c’est-à-dire le passage d’un équilibre à un autre. Au terme de cette mutation, il s’agira cependant d’une maturité bien plus grande, incluant la capacité de servir non seulement son bien propre mais aussi celui des autres, autant qu’il est possible.
 

Pour réaliser ce saut qualitatif dont témoigne également le corps, on aura progressivement appris à l’adolescent à faire grandir sa liberté et à acquérir un grand sens d’autrui (même si ce dernier aura en fait été insufflé dès les toutes premières années). Le jeune sera donc invité à prendre de vraies décisions – des choix spirituels par exemple – mais aussi à assumer des responsabilités qui ouvriront sa personne au bien commun. Ainsi, par l’exercice effectif de sa liberté, l’adolescent parviendra progressivement à une maturité adulte.


Passer de l’enfance à l’âge adulte, c’est donc savoir poser des choix fondamentaux, prendre des responsabilités, pour soi et pour les autres.
 
Un sacrement réalise cette progression au plan surnaturel : la confirmation. Saint Thomas d’Aquin explique que « si le baptême est comme une naissance spirituelle à la vie chrétienne, la confirmation est la croissance spirituelle qui amène l’homme à l’âge adulte dans la vie spirituelle » (IIIa, q. 72, a. 5).

 

De fait, le baptême nous fait naître à la grâce et nous donne tout ce qui est nécessaire pour notre bien spirituel personnel, c’est-à-dire pour assurer notre salut éternel. La confirmation nous offre à nouveau le Saint-Esprit, mais de façon encore plus généreuse, afin que notre nouvelle carrure spirituelle nous permette de travailler au bien des autres. Dans la ligne de la confirmation, certains recevront plus tard le sacrement du mariage ou celui de l’ordre, l’un et l’autre ayant la spécificité d’être fondamentalement orientés vers le bien commun.
 

Le confirmé fait donc l’expérience des Apôtres à la Pentecôte : sa vie spirituelle est puissamment fortifiée par le don du Saint-Esprit, et lui-même est appelé à se mettre au service des autres, spécialement par l’évangélisation (cf. Actes de Apôtres 1, 8).
 
Pour résumer, on ne s’improvise pas adulte. Ce sont nos petites actions quotidiennes, accompagnées de choix fondamentaux, qui nous construisent progressivement.

 

Donnons donc aux jeunes les lieux qui leur permettront d’acquérir une maturité si précieuse. Encourageons-les à développer leurs talents : expression orale, goût artistique, connaissance du patrimoine culturel et spirituel, compétence sportive, sens de la compassion... Invitons-les faire des choix qui les construisent même si cela leur coûte. Conseillons aux plus grands d’aider les plus petits à grandir : quel beau service que de permettre à des jeunes de devenir éducateurs ! Apprenons-leur que le temps, comme l’argent, trouve son sens lorsqu’il est partagé. Aidons-les par nos conseils à s’arracher à la mentalité de consommateur, qui cherche à prendre sans donner. Ainsi trouveront-ils la vie. • Abbé Vincent Pinilla, Fraternité Saint Thomas Becket

 

Article paru dans Zélie n°18 - Mars 2017

Crédit photo Wikimedia commons CC

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