Anne-Laure David, du haut niveau à l'équi-handi

18/2/2017

 

 

Cavalière renommée, Anne-Laure a éprouvé un sentiment de vacuité face au monde de la compétition de haut niveau. Suite à une rencontre personnelle avec le Christ, elle a changé son regard et accueille aujourd’hui des personnes handicapées dans sa ferme équestre.

 

 

Cela ne fait pas de doute : Anne-Laure David est tombée dans la marmite de l’équitation quand elle était petite. Ses parents tiennent alors une ferme équestre au Lion-d’Angers, dans le Maine-et-Loire. Orientée par eux, elle monte à cheval, réussit les 7 Galops et enseigne l’équitation dans la ferme de ses parents. Elle s’occupe également de leurs chevaux d’élevage : ce sont eux qui vont la mener à la compétition de haut niveau. 
 

En 2000, elle participe au Mondial du Lion dans sa ville avec son cheval Gibsy et termine 4e de la compétition. Par la suite, elle participe au Championnat d’Europe des jeunes cavaliers. Des sponsors et les revenus du centre équestre dont elle a repris les rênes financent sa participation à la compétition.

 

Pendant cinq ans, elle figure sur les listes des athlètes de haut-niveau ; un magazine équestre la classe parmi les dix meilleurs cavaliers de France ! « Je me mettais moi-même une pression sur les résultats, raconte Anne-Laure. C’était la gloire, mais intérieurement je ressentais un vide. Je me disais : « Que veux-tu de plus que ce que tu as ? », et en même temps : « Si c’est cela la vie rêvée... » Il manquait l’étincelle. »
 

L’année précédant les Jeux Olympiques de Pékin de 2008, elle apprend qu’elle a une chance d’être pré-sélectionnée pour les JO. C’est alors que son cheval Isaco de la Bryère tombe malade : ses poumons  saignent à l’effort, ce qui signifie la fin de la compétition pour lui... et pour Anne-Laure, car elle n’a pas les moyens de racheter un cheval de compétition de haut niveau.
 

Cet événement est révélateur : « Je suis tombée de mon piédestal. Ne pouvant plus être sélectionnée pour les JO, l’entraîneur ne m’a même pas adressé un regard. Certains sponsors – pas tous – ont arrêté de me soutenir. Je me suis demandée : « Pour quoi est-ce que je fais tout cela ? » De retour chez moi, je suis allée hurler ma colère à Dieu, sachant que ma foi n’était pas très vivante depuis de nombreuses années. Je lui ai demandé : « à quoi cela sert-il d’être juste ? » En effet, j’avais toujours évité de doper mon cheval et je trouvais injuste que certains trichent et réussissent.»
 

Cependant, une pensée de Dieu l’accompagne : « Je suis avec toi. » Elle se rend plusieurs fois au Monastère de l’Immaculée Conception à Craon (Mayenne) et lors de la veillée de prière d’un week-end pour jeunes, elle se sent « rejointe » par le Christ : « Après dix ans de compétition, je m’étais durcie. J’ai relâché les tensions. Et j’ai senti que Jésus est réellement vivant et ressuscité ! » raconte la jeune femme. 
 

Après une période difficile où elle continue la compétition sans aucun goût, la réussite lui important peu, elle rencontre un franciscain du Couvent Saint-François à Cholet (Maine-et-Loire), qui devient son accompagnateur spirituel. L’occasion de relire sa vie à l’aune de cette parole de saint Paul : « Tous les avantages que j’avais autrefois, je les considère maintenant comme une perte à cause de ce bien qui dépasse tout : la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur. À cause de lui, j’ai tout perdu ; je considère tout comme des balayures, en vue d’un seul avantage, le Christ. » (Epître aux Philippiens 3, 8). 
 

Anne-Laure choisit de suivre une année de formation humaine et spirituelle proposée par les franciscains de Cholet, et arrête donc la compétition en 2009. « Cela a été assez violent pour moi au début, raconte-t-elle, car si dans le monde du cheval j’étais très connue, comme Anne-Laure David, ici les gens ne me connaissaient pas, j’étais juste Anne-Laure. » 
 

Tous les mercredis, les jeunes de son groupe se rendent dans une communauté de l’Arche de Jean Vanier, qui accueille des personnes ayant un handicap mental. « J’ai découvert le monde du handicap, et j’ai appris que la plus handicapée de tous, c’était moi ! Ces personnes vivaient dans la joie, alors que je cherchais un monde de perfection. Elles m’ont guérie en m'apprenant à m’aimer comme je suis. A la ferme équestre par la suite, plutôt que de sélectionner les meilleurs cavaliers, je me suis mise à aider davantage ceux qui avaient des difficultés. Les clients me disaient : « Avant, on n’osait pas venir te voir. Tu t’es ouverte ! » »
 

Anne-Laure décide de suivre une formation « équi-handi » ; elle enseigne aujourd’hui l’équitation à des personnes handicapées 9 heures par semaine, et 12 heures à des élèves valides. Elle travaille surtout avec des personnes touchées par un handicap mental ou par des troubles du comportement, en lien avec l’hôpital d’Angers, un Institut médico-éducatif ou encore des parents d’enfants en situation de handicap. 
 

L’équitation leur fait travailler la motricité et l’autonomie. « Le cheval est un compagnon qui ne va pas les juger, qui va leur apporter du calme, de la sécurité, du cadre et du plaisir, explique Anne-Laure. Moi qui montais à cheval pour gagner en perfection, je vois maintenant l’équitation comme une manière d’être dans la relation. » Le cheval l’aide également à habiter le moment présent : « Si je me déconnecte de lui en regardant mon portable par exemple, il se déconnecte de moi. »

 

La jeune femme de 35 ans refait de la compétition à petit niveau, mais ne ressent plus de vide intérieur en cas d’absence de résultats. « J’ai trouvé un équilibre de vie et je remets toutes ces rencontres dans la prière. » Parfois, il n'est pas besoin de tomber de son cheval comme saint Paul pour vivre une belle conversion du cœur. Solange Pinilla

 

 

Article paru dans Zélie n°17 (Février 2017) - Crédit photo : © La Gosnière

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