Habiter son corps

9/1/2016

 

 

La majorité des Françaises n’aiment pas leur corps, révèlent régulièrement les sondages. Il est nécessaire de restaurer l’unité entre le corps et l’âme, grâce à une meilleure connaissance de soi, un enrichissement de la perception et la conviction que le corps parfait n’existe pas.

 


Trop grosse, trop maigre, trop petite, trop grande, marquée par la grossesse ou encore par l’âge... Les femmes ont du mal à accepter leur corps, comme le montrent régulièrement les sondages : 53 % des Françaises n’aiment pas leur corps, soulignait une enquête de 2012 réalisé par la société Solta Medical. Le succès des régimes et de la chirurgie esthétique témoigne de cette tension vers un corps considéré comme parfait, mais montre également combien on cloisonne le corps et l’esprit, alors que ceux-ci sont profondément liés : on ne dit pas « Mon corps a mal » mais « J’ai mal ». La tradition platonicienne, selon laquelle le corps est le tombeau de l’âme (sôma sema), marque encore les esprits, et certains mouvements comme le jansénisme au XVIIe siècle ont contribué à une sorte de mépris du corps.


L’enseignement du Christ et de l’Église montre au contraire l’importance du corps, créé et voulu par Dieu : le christianisme est la religion de l’Incarnation. « Lorsque le Verbe s’est fait chair, le corps est entré dans la théologie par la grande porte » affirmait le pape Jean-Paul II en 1980 lors de l’une des 129 catéchèses du mercredi pendant lesquelles il a enseigné la théologie du corps, durant cinq ans. Saint Paul le rappelle : « Ne savez-vous pas que votre corps est le Temple du Saint-Esprit, qui est en vous, et que vous avez de Dieu ? » (1 Co 6, 19).

 

Benoît XVI est clair sur ce sujet dans son encyclique Deus caritas est parue en 2005 : « L’’homme devient vraiment lui-même, quand le corps et l’âme se trouvent dans une profonde unité [...] Si l’homme aspire à être seulement esprit et qu’il veuille refuser la chair comme étant un héritage simplement animal, alors l’esprit et le corps perdent leur dignité. » (N.5)

 

Un premier pas pour parvenir à cette unité est de mieux connaître son corps, notamment sa morphologie propre – la rubrique « Mode » de Zélie n°4 (décembre 2015) récapitulait les différents morphotypes. « Le problème est que les marques ne véhiculent généralement que l’image d’un morphotype en sablier (certains disent en X, ndlr) : la taille fine, les épaules et les hanches alignées, sans rondeur » affirme Maritza Desjonquères Añazco, coach en image de soi dans le Puy-de-Dôme, et présidente de la section française de l’Association internationale des conseillers en image. À l’inverse, la morphologie en 8 – avec des courbes – est davantage plébiscitée en Italie ou en Amérique du Sud.


La coach a créé une campagne nommée « Beauté responsable » : « Ce projet est fondé sur l’encouragement à changer la communication actuelle véhiculée par les publicités pour les parfums et la mode en général. Cette communication envoie au consommateur des images formatées à base de photos retouchées. Elle vend des fictions comme des réalités, associant systématiquement stars, beauté parfaite et femme-objet : largement dénudée, porteuse de désir sexuel, qui éveille la pulsion d’achat. » Maritza Desjonquères affirme : « Il n’y a aucune morphologie parfaite ! Nous sommes simplement différentes les unes des autres, en fonction de notre génétique, de notre alimentation et du sport que nous pratiquons. Il faut éviter de se comparer. D’ailleurs, certaines femmes enceintes se sentent très épanouies durant leur grossesse car, en ne se comparant plus aux modèles habituels, elles perdent ce jugement sur leur corps. » Tout comme adapter ses vêtements à sa morphologie pour mettre son corps en valeur, porter des couleurs qui conviennent au teint, mais également qu’on aime, est important.


Il est essentiel de connaître son corps depuis les parties les plus visibles comme le visage – le type de peau par exemple –, jusqu’aux plus cachées. Parmi les zones de leur corps, il en est une que les femmes semblent moins connaître : le bassin. « Dans la tête de beaucoup de femmes, leur corps est un puzzle, raconte Lucie Espinasse, sage-femme. Leur anatomie gynécologique notamment est une zone floue. Certaines femmes ont envie de s’approprier leur corps, mais pour d’autres, il y a un malaise. » Marie Bareaud, sexothérapeute en région nantaise, confie : « Quand je reçois des patientes, je commence par leur montrer un bassin en 3D. Les organes du petit bassin ne sont pas assez connus. »


Les ateliers CycloShow proposent justement des ateliers qui rassemblent les mères et leurs filles de 10 à 14 ans pour mieux comprendre l’anatomie féminine, le cycle féminin, les changements du corps à la puberté et la conception d’un enfant jusqu’à sa naissance. Certaines sage-femmes proposent également une séance sur ce sujet pour les adolescentes au moment de leurs règles. Mais cette éducation commence avant, comme l’explique Marie Bareaud : « Il est important de parler de leur sexe aux enfants dès tout petit, au même titre que les autres parties de leur corps. » L’éducation sexuelle et affective se fait progressivement et avec délicatesse.


S’informer sur la sexualité et investir le sujet même avant de commencer à avoir des unions physiques est capital, comme l’explique la sexothérapeute : « Quand on veut faire de la bonne cuisine, on n’attend pas que cela nous tombe du ciel ! Il est important de se documenter, de lire – je conseille notamment Femme désirée, femme désirante de Danièle Flaumenbaum –, de discuter avec des sage-femmes, des thérapeutes, avec des personnes que l’on connaît, tout en respectant l’intimité de chacune. » Se former à la théologie du corps est également une possibilité, notamment via les forums Wahou! qui proposent depuis 2014 des week-ends sur ce thème dans plusieurs villes de France.


La clef pour accepter son corps, s’accepter et avoir confiance en soi est de puiser dans son être – créé par Dieu par amour. « Trop souvent, on se valorise à partir du « faire », déclare Maritza Desjonquères, qui a créé une méthodologie de coaching nommée CERCA. On demande souvent : « Que fais-tu dans la vie ? », et non « Qui es-tu ? » Il faut d’abord valoriser son être, puis harmoniser le paraître avec l’être. Ensuite, « faire », et enfin aller vers les autres. On va de l’intérieur vers l’extérieur. Si je n’apprends pas à m’aimer et à me respecter, je ne peux aimer et respecter les autres. » Selon la coach, certaines femmes aiment se maquiller – quel que soit leur âge – pour se sentir en valeur et en cohérence avec leur style ; d’autres ne se maquillent pas, parce qu’elles auraient l’impression de se déguiser. De fait, la moitié des femmes se font belles pour elles-mêmes, pour se donner confiance en elles, contre 16 % seulement pour plaire et séduire, selon un sondage Madame Figaro/CSA de 2014.

 

L’essentiel est qu’il y ait une harmonie entre leur être et leur paraître. Lorsque le corps vieillit ou est touché par la maladie, c’est le travail sur cette unité qui va permettre de se sentir toujours belle. Maritza Desjonquères a lancé fin 2015 un parfum, Madame Desjonquères, pour porter son message, et qu’elle présente comme un outil de confiance en soi : « Si je m’aime, je valorise ma personne. Mes bijoux, maquillages, accessoires, parfums se mettent au service de ma personne. »


Sur son blog, la sexothérapeute Thérèse Hargot met également en garde contre la négligence vis-à-vis de son apparence : « Les vêtements informes, l’absence de style, de coiffure, de maquillage, de couleurs forment, en réalité, un déguisement derrière lequel se cacher. Sous prétexte de ne pas vouloir paraître pour quelqu’un de superficiel, on empêche les autres de connaître sa véritable identité. » Cela est vrai pour les femmes comme pour les hommes.

 

Au quotidien, comment se réconcilier avec son corps et en avoir une perception positive ? Pour Marie Bareaud, il faut renouer avec ses perceptions et utiliser ses cinq sens : « Prendre le temps de savourer en laissant fondre le carré de chocolat dans notre bouche plutôt que de le croquer. Ou faire un arrêt sur image quand on sent le soleil caresser son visage. » On peut également s’arrêter un instant sur ses perceptions au moment où un proche nous prend dans ses bras. L’activité physique qu’on aime, le chant, la danse sont de bons moyens pour se sentir vibrer. La sage-femme Lucie Espinasse recommande la gym Pilates : « C’est une gym douce qui considère le corps dans sa globalité et se fonde sur la respiration. Elle fait tout partir du centre de gravité, situé entre le nombril et le pubis, et permet de mieux sentir le périnée, sur lequel les femmes poussent malheureusement souvent sans le savoir. » Des exercices de « yoga du rire » (voir ci-dessous) peuvent également aider à unifier corps et mental.


Être attentive à l’eau chaude qui ruisselle sur sa peau, de la tête aux pieds, se masser avec une huile, aller se faire masser dans un salon professionnel peut permettre de se réapproprier son corps et mieux en sentir les contours. Se faire un masque pour le visage ou une manucure procède de la même démarche de connaissance et de soin de soi. Cela conduit à l’émerveillement et à la gratitude : « En cours de dessin, j’ai dessiné des nus ; décortiquer le corps, se rendre compte de sa complexité, c’est beau ! » raconte Marie Bareaud.


Elle explique comment mieux habiter son bassin : « D’abord y penser, le faire sien, penser à ce bassin qui accueille la vie, vie qui nous régénère dans la relation intime ; et faire redescendre la respiration dans le ventre et pas uniquement dans la poitrine. » Autre exercice : emmener mentalement un sourire dans les zones de son corps qu’on aime moins. « Une femme qui porte de jolis sous-vêtements, même si personne ne les voit, va se sentir plus confiante en elle ! » note la sexothérapeute.


Quand elle va diffuser son programme « Beauté responsable » dans les écoles, Maritza Desjonquères demande à chaque élève de dire : « Je m’appelle [prénom]. Je suis unique et différente. » Souriez, vous êtes belle ! • Solange Pinilla

 


S’alléger avec le « yoga du rire »
     Respirer, s’étirer, s’ouvrir, jouer et rire pendant une heure : quoi de mieux pour se sentir bien dans son corps ? Le docteur Kataria, médecin généraliste indien, a créé le yoga du rire il y a une vingtaine d’années, après avoir remarqué que les patients ayant un état d’esprit positif guérissaient plus vite. « Chacune de nos séances se déroule en trois temps de vingt minutes chacun, explique Florence Peltier, qui anime des séances de yoga du rire à Antony (Hauts-de-Seine). D’abord on ouvre et on réveille le corps grâce à des gestes doux. On provoque des rires grâce à des situations, qui deviennent rires spontanés, car le rire est contagieux ! Enfin on retourne au calme notamment grâce à la visualisation. »

     Le yoga du rire permettrait de favoriser un bien-être général et d’agir sur le mental et le psycho-somatique. « Je suis plutôt pessimiste, confie Florence Peltier, et le yoga du rire me fait énormément de bien ; le lendemain de ma séance je me surprends à rire toute seule en voiture ! » Conseillère conjugale, chrétienne, elle recommande le yoga du rire aux couples : « C’est un moment où on ne se parle pas mais où l’on se regarde, une occasion de retravailler la complicité et le lien. » Différent de la rigologie, le yoga du rire est pratiqué dans de nombreuses villes de France. S.P.

 

 

Article paru dans Zélie n°5 (Janvier 2016) - Crédit photo : luxstorm/Pixabay.com cc

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