Être dominicaine en 2016

15/4/2016

© Fédération Notre-Dame des prêcheurs

 

Portrait de famille

 

L’Ordre des prêcheurs (ou o.p. pour Ordo praedicatorum), créé à Toulouse en 1215 par saint Dominique et approuvé par le pape Honorius III en 1216, se fonde sur la règle de saint Augustin, et sur ses propres Constitutions. La première communauté fondée par saint Dominique fut d’ailleurs un monastère de femmes, à Prouilhe, près de Fanjeaux dans l’actuelle Aude. En France, il existe deux provinces : celle de France et celle de Toulouse.

 

800 ans après sa fondation, ce qui impressionne quand on détaille la famille dominicaine, c’est la diversité de ses rameaux. Si l’on s’en tient aux femmes, on découvre deux principales branches : les moniales et les sœurs. Les moniales ont une vocation contemplative : en 2013, elles étaient plus de 2 700 moniales professes dans le monde et vivaient dans 219 monastères. Il existe 13 monastères francophones réunis au sein de la Fédération Notre-Dame des Prêcheurs, soit près de 200 soeurs. Ce sont les monastères de Beaufort (département 35), Chalais (38), Dax (40), Estavayer (Suisse), Langeac (43), Lourdes (65), Lunden (Norvège), Orbey (68) (en photo), Paray-le-Monial (71), Prouilhe (11), Saint-Denis (La Réunion), Saint-Maximin (83) et Taulignan (26).

 

« S’établir d’un seul cœur dans la perpétuelle mémoire de Dieu, tel est le but auquel toute la vie des moniales est ordonnée » précise le Livre des Constitutions des moniales dominicaines. Ces femmes consacrées vivent dans la prière, l’étude, le travail, la vie commune et l’accueil.

 

La seconde branche des dominicaines, beaucoup plus importante en nombre, rassemble 35 000 sœurs apostoliques dans le monde réunies en 150 congrégations, dont une trentaine francophones, rappelle le site des dominicains de la province de Toulouse. On les retrouve notamment en service dans l’église, dans des écoles ou encore des hôpitaux. « Ces congrégations, dont l’appartenance dominicaine est reconnue par le Maître de l’Ordre, gardent différents degrés d’indépendance et d’autonomie. Presque toutes font partie des Sœurs Dominicaines Internationales (DSI) » rappelle l’Ordre des prêcheurs.

 

Parmi les congrégations francophones, on compte par exemple les Dominicaines de la Présentation (voir portrait de Sœur Anne Lécu, page suivante), les Dominicaines du Cœur immaculée de Marie ou encore les Dominicaines de Béthanie, fondées respectivement en 1695, 1860 et 1866. Les dominicaines de Béthanie ont vocation à accueillir dans la vie religieuse d’anciennes détenues et d’ex-prostituées ; la seule à connaître le passé de chacune est la prieure générale.

 

A toutes ces communautés, concernant les femmes, il faut ajouter les fraternités laïques, qui rassemblent des milliers de membres.  Il existe également des Instituts séculiers dominicains, ainsi qu’une Société de vie apostolique : l’Institut des Dominicaines du Saint-Esprit, rassemblant des vierges consacrées vivant en commun, gérant actuellement six écoles, notamment à Pontcalec (56) et Draguignan (83), et suivant pour leur part la forme extraordinaire du rite romain.

 

Les moniales et sœurs dominicaines portent l’habit et le scapulaire blancs de l’ordre, avec un voile noir ; certaines portent une guimpe et un bandeau et d’autres non. D’autres encore sont en civil. Au-delà de l’habit, c’est la principale devise de l’Ordre dominicain qui unit toutes ces femmes : contempler, et transmettre la vérité contemplée... pour le salut des âmes.Solange Pinilla

 

 

Portrait Sœur Anne Lécu, médecin en prison et écrivain

 

 

Dominicaine de la Présentation, Sœur Anne Lécu, 48 ans, a embrassé cette vocation après des études de médecine. Elle a rencontré les dominicains par l’association Chrétiens & sida, alors qu’elle préparait une thèse sur le sida : « Je me sentais chez moi avec mes frères et sœurs dominicains, je n’ai jamais cherché ailleurs ! » Elle a donc prononcé des vœux d’obéissance, de chasteté et de pauvreté au sein des Sœurs de la charité dominicaines de la Présentation, congrégation fondée en 1695 par la bienheureuse Marie Poussepin, qui fait partie de l’Ordre des prêcheurs. 

 

Sœur Anne Lécu habite Paris et est médecin depuis bientôt vingt ans à la prison de femmes de Fleury-Mérogis. « Je suis payée par l’hôpital public pour un service public, précise-t-elle. Quand je suis en situation de prêcher, je suis en habit, et sinon en civil. Lorsque les personnes rencontrées dans mon milieu professionnel savent que je suis religieuse, cela ne les intéresse pas. Je ne me dis pas « Je vais annoncer l’Évangile » , c’est le fait de travailler en prison qui va me faire lire la Bible et croire différemment. La prison est le lieu où les faux-semblants tombent, où la Parole de Dieu prend toute sa résonance. Les détenus sont dans la même situation que Jésus : condamnés et jugés. »

 

Aux éditions du Cerf, maison gérée par l’ordre dominicain, Sœur Anne Lécu a publié cinq livres. En 2005, elle a fait paraître Où es-tu quand j’ai mal ?, écrit avec le frère dominicain Bertrand Lebouché, puis en 2012 Des larmes, où elle explique que les larmes apportent - dans un monde de transparence - le trouble, la complexité, le mystère. Marcher vers l’innocence, sorti début 2015, évoque cette lutte, en prison, contre le fatalisme qui réduit la personne à ses actes, afin de cheminer vers l’innocence, comme image et ressemblance de Dieu. Son dernier ouvrage, Tu as couvert ma honte, paru en février 2016, parle de la miséricorde : ce qui intéresse Dieu, c’est nous et non notre péché. Sœur Anne a également fait une thèse de philosophie pratique qui a donné lieu à un livre : La prison, un lieu de soin ? (Belles Lettres).


Sœur Anne a collaboré à « Psaume dans la ville », une proposition de méditations en ligne lancée par les dominicains du couvent de Lille, ainsi qu’à « Signe dans la Bible », une newsletter de méditation biblique qui a rassemblé 46 000 inscrits. « Prêcher, c’est donner la Parole à d’autres, mettre des mots sur son expérience de foi » explique Sœur Anne Lécu, qui a apprécié collaborer avec les frères. à celle qui se poserait la question de la vocation au sein de la famille dominicaine, elle dit : « Viens et vois ! Il faut être consciente que ce n’est pas une vie idéale, que la vie religieuse est souvent âgée, il faut tenter, discuter ! » • S.P.     

Photo © Pèlerinage du Rosaire

 

 

Sainte Catherine de Sienne, la maternité spirituelle 

 

 

Ce 28 avril 2016, un spectacle de Paul de Larminat et Martine Loriau, avec Camille Dequidt et la participation de Michael Lonsdale, va présenter « Les Dialogues de Catherine de Sienne » au couvent dominicain du Saint-Nom de Jésus à Lyon. Mais qui était cette femme ? 

 

Sainte Catherine de Sienne est l’une des figures dominicaines féminines majeures. Ce docteur de l’église et co-patronne de l’Europe et de l’Italie a vécu au XIVe siècle et devint tertiaire dominicaine à l’âge de seize ans. Consacrée à la prière, à la pénitence et au service des malades, elle conseilla de nombreuses personnes puissantes ou populaires, mais aussi des ecclésiastiques, comme le pape Grégoire XI qui résidait en Avignon et qu’elle encouragea à rentrer à Rome.

 

« Beaucoup de gens se mirent à son service et considérèrent surtout comme un privilège d’être guidées spirituellement par Catherine, a expliqué le pape Benoît XVI lors d’une audience en 2010. Ils l’appelaient « maman », car en tant que fils spirituels, ils puisaient en elle la nourriture de l’esprit. Aujourd’hui aussi l’église tire un grand bénéfice de l’exercice de la maternité spirituelle de nombreuses femmes, consacrées et laïques, qui nourrissent dans les âmes la pensée pour Dieu, qui renforcent la foi des personnes et qui orientent la vie chrétienne vers des sommets toujours plus élevés. »

 

Aujourd’hui, un monastère et plusieurs congrégations dominicaines portent son nom. Pour découvrir d’autres saintes ou bienheureuses dominicaines, le site historia.op.org créé à l’occasion du 800e anniversaire de l’ordre est un allié précieux. • S.P.    

 

Illustration : Rutilio di Lorenzo Manetti/Wikimedia commons

 

 

Jeunes dominicaines cherchent à acheter couvent

 

« Notre histoire est à la fois ancienne et récente. Ancienne car nous héritons de 800 ans d’histoire de l’ordre dominicain, et en même temps récente car nous sommes une toute jeune pousse. » Ainsi débute le clip de la campagne d’appel au dons de la Fraternité Notre-Dame des Prêcheurs. Elles sont quelques sœurs dominicaines apostoliques, situées au départ à Fribourg, puis érigées en 2009 en fraternité laïque régulière par le prieur de la Province des dominicains de Toulouse. En 2011, elles ont été accueillies dans le diocèse de Bayonne et se sont installées dans un presbytère à Pau. 


Aujourd’hui, elles ont besoin d’un véritable couvent et ont donc emménagé dans un immeuble de 1000 m2 au centre de la ville, qu’elles cherchent à acheter et à aménager ; le projet à terme comportera une bibliothèque, des salles de cours, des chambres pour accueillir de nouvelles sœurs ou encore des hôtes, une salle de conférence, une chapelle et un foyer d’étudiantes. Le coût total est de 1,8 million d’euros, à collecter avant le mois de juillet.
 

Les apostolats de ces six jeunes sœurs s’effectuent entre autres au service diocésain des vocations dans un groupe de jeunes professionnels, dans une paroisse et dans des écoles pour du catéchisme. • S.P. www.notredamedesprecheurs.org

 

Photo © Fraternité ND des Prêcheurs

 

Article paru dans Zélie n°8 (Avril 2016)

 

 

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