Quel écart d'âge entre deux enfants ?

13/11/2015

Photo sathyiatripodi/Pixabay.com cc

 

Domitille Meyer-Bisch est psychologue en région parisienne. Elle reçoit notamment parents et enfants pour des problématiques familiales. Entretien.

 

Zélie : Quel est le moment idéal pour démarrer une nouvelle grossesse ?

Domitille Meyer-Bisch : Le moment « idéal » est celui où le père et la mère portent tous les deux un désir d’enfant, se sentant prêts à tenir le rôle de parents.  C’est souvent le moment où ils se disent que toutes les « conditions » sont réunies pour accueillir un enfant. Quand on les interroge sur ces conditions, les parents évoquent la sécurité matérielle, la stabilité dans leur vie de couple, une bonne santé physique et psychologique qui leur permet de penser qu’ils seront de bons parents, et enfin, ce sentiment qui leur fait penser que « c’est le moment » ! 

 

Si des enfants sont plus rapprochés (2 ans ou moins), risquent-ils d’avoir du mal à trouver leur place ? L’enfant qui a trouvé sa place est celui qui se sait aimé pour ce qu’il est, qui se sent exister aux yeux de ses parents, avec son tempérament, ses capacités, ses qualités, ses difficultés, ses chagrins, ses craintes etc. Chaque enfant, quelle que soit sa place dans sa fratrie, compose « en fonction » de sa place. Pour des frères et sœurs très rapprochés, c’est exactement pareil, excepté peut-être que la comparaison est plus tentante… Aux parents alors de veiller à considérer chacun pour ce qu’il est, à passer des moments avec chacun, et à ne pas les élever en « miroir ». Avoir un frère ou une sœur rapprochée nécessite un ajustement parfois plus délicat, mais ce n’est pas une fatalité !

 

Lorsque des enfants ont un écart d’âge important (5 ans ou plus), peuventils avoir une vraie complicité ? La complicité est définie comme une connivence. Pour se créer entre deux personnes, elle nécessite de « partager » des moments, des souvenirs, des points communs etc. Dans le cas des frères et sœurs, la complicité émane souvent naturellement de liens familiaux, de lieux de vie communs, d’une enfance commune, de l’attachement aux mêmes personnes, des joies et des peines partagées. Certains frères et sœurs ont passé peu de temps sous le même toit. Il n’est pas si rare qu’un ado quitte le foyer familial pour ses études, tandis que le petit dernier achève à peine sa maternelle. Là encore, il n’y a pas de fatalité. Leur complicité est évidemment différente de deux frères et sœurs rapprochés, mais elle peut exister ! S’ils ne vivent pas ensemble, elle peut passer par des petites attentions, des moments privilégiés comme un cinéma, un restaurant. Ce sont des moments « magiques » qui peuvent réunir petits et grands. S’ils vivent ensemble, les confidences, les conseils sont tout autant de choses à partager qui feront naître une complicité. Là où il y a de l’échange, quel que soit l’écart d’âge, la complicité est possible !

 

Peut-on se fier au désir d’enfant dans sa composante « irrationnelle »? (nostalgie de la grossesse, désir de nouveauté, sur-investissement du rôle maternel) Je dirais que dans tout désir d’enfant il y a plusieurs composantes, dont celles « irrationnelles » dont vous parlez. Par « irrationnelle », vous entendez certainement imaginaire, fantasmatique. Le désir d’enfant contient toujours une grande part de symbolique, et c’est normal ! La question que la mère peut se poser, c’est celle de savoir si elle désire vraiment cet enfant pour lui, pour l’aimer, ou bien si c’est un désir uniquement auto-centré. Je crois qu’à cette question c’est à chaque mère de répondre et la réponse serait sans doute différente pour chaque enfant. Cela touche le cœur de la maternité de chaque femme, et il semble délicat de valider ou d’invalider ce désir d’enfant.

 

Pourquoi les catholiques ont-ils des enfants souvent rapprochés ? Les couples chrétiens sont invités à une sexualité « généreuse et responsable ». Donner la vie généreusement tout en régulant les naissances, voilà l’appel de l’Eglise. Et on le voit bien, les familles catholiques sont le plus souvent des familles nombreuses. Les configurations sont différentes, certains parents ont choisi d’élever des enfants « rapprochés », d’autres se sont mariés plus tard et ont dû être généreux en peu de temps ! Il y a aussi ceux qui ont eu à accueillir un enfant « cadeau », et il a pu être parfois difficile qu’il soit aussi proche du précédent. Il est clair que l’ouverture à la vie à laquelle nous invite l’Église demande aux parents d’accueillir un enfant en dépit du désir d’enfant. La question du désir d’enfant est en effet une question de notre époque contemporaine, où il devient impensable de mettre au monde un enfant qui n’aurait pas été désiré, ni programmé. Eh oui ! La fameuse histoire du projet parental…Il est devenu aujourd’hui une nécessité, et même, une condition préalable à l’accueil d’un enfant. Cela me permet de finir de répondre à votre première question : quand bien même il y aurait un moment « idéal » pour démarrer une grossesse, cela n’empêche pas les couples d’accueillir la vie, même lorsque le moment ne leur semble pas idéal ! • Propos recueillis par S.P.

 

 

Une chose est sûre : l’écart d’âge entre les enfants d’une fratrie est rarement conforme à une planification au début du mariage. Entre l’enfant qui se fait attendre, celui qui s’invite, l’arrivée de jumeaux, les fausses couches, les contraintes financières, professionnelles ou médicales ou encore l’âge de la maman, il est rare que les enfants arrivent à un rythme quasi militaire. Cependant, certains parents ont trouvé l’écart qui leur convient... ou que la vie leur a imposé.

 

18 mois
« Mon aîné a mis 10 mois à faire ses nuits : je me disais que je ne voulais pas d’autre d’enfant... Aujourd’hui, nous avons 9 enfants âgés de 7 mois à 17 ans, le dernier étant arrivé quatre ans après les autres. Nous suivons les méthodes naturelles de régulation des naissances et nos enfants ont tous été désirés. Avant de démarrer une nouvelle grossesse, je pense qu’il faut être en bonne forme physique et avoir un équilibre. Certes, je suis fatiguée, mais je découvre des ressources que je n’imaginais
pas et je reçois de la joie ! L’écart de 18 mois permet d’éduquer les enfants ensemble ; ils jouent ensemble - pas besoin de chercher des activités -, créent une émulation et une exemplarité entre eux. Les grands sont contents de s’investir auprès
des plus jeunes. Mais la priorité reste au couple : nous nous levons en même temps le matin et nous faisons du sport ensemble. » Isabelle, 41 ans (Hauts-de-Seine)

 

2 à 3 ans
« Nous avons trois garçons de 5 ans et demi, 3 ans et demi et 10 mois. S’il doit y avoir un jour un quatrième enfant, nous laisserions au moins 3 ans entre lui et le précédent. Entre l’aîné et le deuxième nous voulions ne laisser que 20 mois,
mais j’ai eu un dérèglement de la thyroïde et le médecin m’a conseillé d’attendre un an pour que mon corps se remette. Finalement, c’était très bien, car notre aîné était un peu autonome. Les 3 ans d’écart entre le deuxième et le troisième sont vraiment appréciables, car il y a une vraie complicité et le deuxième est autonome pour beaucoup de choses. Je sais en mon âme et conscience que d’un point de vue physique et psychologique, je serais incapable de gérer deux enfants avec moins de 2 an- 2 ans et demi d’écart. » Charlotte, 29 ans (Moselle)

 

3 à 6 ans
« Je suis l’aînée et mes parents ont eu les 5 premiers en 6 ans. Ma mère a été « emportée » dans sa maternité et n’a pas eu le temps de se poser les
questions de son propre désir en tant que femme. Je n’ai pas voulu reproduire ce schéma car j’ai un peu souffert d’être la grande soeur qui doit être la petite maman de substitution. Aujourd’hui, nous avons trois enfants de 11 ans et demi, 8 ans et 16 mois. Après le premier, nous avons eu une petite fille décédée in utero à 5 mois de grossesse. Suite au deuxième fils, la vie a fait que plus rien n’est venu... jusqu’au jour où le dernier est arrivé, comme un cadeau du Ciel ! L’écart de plus de 3 ans permet de profiter de chaque enfant sans être submergée, de laisser le corps de la mère se reposer... Mais il faut accepter de replonger dans les nuits blanches et les couches ! »  Agnès, 37 ans (Essonne)

 

 

Ce que nous dit l’Église
« Les époux savent qu’ils sont les coopérateurs de l’amour du Dieu Créateur et comme ses interprètes. Ils s’acquitteront donc de leur charge en toute responsabilité
humaine et chrétienne, et, dans un respect plein de docilité à l’égard de Dieu, d’un commun accord et d’un commun effort, ils se formeront un jugement droit : ils prendront en considération à la fois leur bien et celui des enfants déjà nés ou à naître ; ils discerneront les conditions aussi bien matérielles que spirituelles de leur époque et de leur situation ; ils tiendront compte enfin du bien de la communauté familiale, des besoins de la société temporelle et de l’Église elle-même. Ce jugement, ce sont en dernier ressort les époux eux-mêmes qui doivent l’arrêter devant Dieu. (...)
Parmi ceux qui remplissent ainsi la tâche que Dieu leur a confiée, il faut accorder une mention spéciale à ceux qui, d’un commun accord et d’une manière réfléchie, acceptent de grand coeur d’élever dignement même un plus grand nombre d’enfants.»
Concile Vatican II, constitution pastorale Gaudium et Spes, N.50

 

EN CHIFFRES
3 ans et 11 mois L’écart d’âge moyen entre les deux premières naissances en France en 2010 (source Insee). L’écart moyen entre le deuxième est le troisième pour les mères concernées est de 4 ans et 3 mois.


Entre 18 mois et 5 ans La fourchette d’écart d’âge entre deux enfants qui comporte le
moins de risques pour le deuxième bébé. Avant 18 mois, les risques de complications telles qu’une naissance prématurée ou un sous-poids sont plus importants. Ces risques reprennent après 59 mois (5 ans). Source : une étude relayée par le site Babycenter. •

 

Article paru dans Zélie n°3 (novembre 2015)

Please reload

Derniers articles

16/06/2020

Please reload

  • Facebook
  • Instagram
  • Podcast Soundcloud

© 2015-2020 By Magazine Zélie